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"A 12 ans, mon fils est déjà abîmé par l'école"

Trouver un auxiliaire de vie scolaire est, avant chaque rentrée, un parcours du combattant pour cette maman d'un collégien dyspraxique.

« Guillaume a un dossier qui porte la poisse, on pourrait dire ça comme ça… », lâche, amère, Béatrice Delaneau. Son fils de 12 ans, dyspraxique visuo-spatial, vient d'entrer au collège. Comme en CM1, comme en CM2, il devait avoir un auxiliaire de vie scolaire (Avs) à la rentrée. Comme en CM1, comme en CM2, personne ne s'est présenté.

« La dyspraxie, c'est ce qu'on appelle le handicap caché, confie sa mère. Guillaume ne peut pas appliquer deux consignes en même temps : quand il écrit, il n'entend pas du tout ce qu'on lui dit, et si on lui fait le cours à l'oral, il n'écrit pas mais il enregistre ». D'où la nécessité d'avoir une aide pour noter leçons et devoirs, ainsi qu'un projet personnalisé de scolarisation.

La demande d'Avs pour Guillaume avait été faite par un hôpital en fin de CE2.« Sauf que l'enseignante référente, qui est censée faire le lien entre l'école et les parents, n'a pas envoyé l'intégralité du dossier à la maison départementale des personnes handicapées (Mdph). Ce qui fait qu'en début de CM1, on nous a dit qu'il n'y avait personne pour lui et que son dossier avait été refusé », se souvient Béatrice Delaneau. L'année suivante, rebelotte. La Mdph accepte cette fois son dossier, lui accorde un Avs (pour six heures hebdomadaires seulement), mais « ils avaient embauché quelqu'un qui était en arrêt maladie dès le mois de septembre », assure-t-elle. Personne à la rentrée, donc.

A force de mails, coups de téléphone et courriers, une Avs est enfin envoyée auprès de Guillaume. Un mois et demi avant la fin de l'année scolaire.« Est alors arrivée une personne absolument pas habituée au handicap, regrette Béatrice Delaneau. Elle n'était pas formée en orthographe – c'est plutôt gênant – et mon fils a dû plusieurs fois lui dire de se taire pour qu'il puisse écouter ».

« S'il a une Avs en classe, je ne m'en occupe pas »

Faute de relais solide, c'est la maman qui doit, chaque année, informer les enseignants des difficultés de son fils et des aménagements à mettre en place pour lui permettre de progresser. Heureusement, elle a eu affaire à des instituteurs « très ouverts et accessibles », qui ont tout fait pour trouver des solutions adaptées (ne pas lui faire prendre de notes, lui permettre de présenter ses devoirs oralement, etc.).

Elle a décidé de quitter son emploi à plein temps pour un temps-partiel afin de s'occuper de son fils, et notamment d'assurer les trajets domicile-école, Guillaume risquant de se perdre.

Sachant les difficultés qui l'attendaient, Béatrice Delaneau a anticipé l'entrée au collège de son cadet. Elle a d'abord voulu vérifier que l'établissement de quartier l'accueillerait sans problème.« Le proviseur m'a dit : 'il serait temps que les parents comprennent que les enfants ayant un handicap ne sont pas les bienvenus au collège', confie-t-elle. La Cpe pensait qu'il devait aller en hôpital de jour et une professeur avec qui j'ai discuté m'a dit 's'il a une Avs en classe, je ne m'en occupe pas'. » Ambiance. Dans la plupart des autres collèges visités, les classes étaient trop surchargées pour un adolescent qui a besoin d'un petit groupe pour pouvoir se concentrer.

Démission

Voyant que la rentrée de 6ème se présentait sous les mêmes auspices que les précédentes – le collège n'était même pas au courant que Guillaume était handicapé, alors qu'on avait garanti à la maman qu'il aurait un projet personnalisé de scolarisation et un Avs – Béatrice Delaneau a envisagé de démissionner et de lui donner elle-même les cours, à la maison. Son intention a semble-t-il permis de bousculer les choses, puisqu'une Avs est arrivée une semaine après la rentrée.
« Je me retrouve avec un enfant abîmé par l'école à 12 ans. Qui pleure le soir et me dit qu'il veut faire grève parce qu'on lui donne trop d'informations », souffle sa maman. Donner la chance à des enfants handicapés d'intégrer l'école ordinaire est une bonne chose, selon elle. Mais l'école ne semble pas encore prête.

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