A réformer de toute urgence
Urgences : débordées car mal utilisées
Les services d’urgences des hôpitaux français reçoivent chaque année 13,4 millions de patients. A l’origine, et comme leur nom l’indique, les urgences devaient accueillir les malades dont l’état de santé nécessite une prise en charge immédiate.
Dans les faits, ce n’est plus le cas. Ces services se retrouvent au cœur du dysfonctionnement du système de santé. Ils accueillent en effet de plus en plus de patients pour des soins de premier recours : soit pour raisons financières (on n’y fait pas l’avance de frais), soit à cause d’un problème de permanence de soins (le soir et le week-end, ou si le généraliste est surbooké), et pour des affections sans aucun caractère de gravité.
Hôpitaux : en crise depuis trop longtemps
86 % des Français ont une bonne opinion de l’hôpital public, et plus de 90 % jugent la qualité des soins satisfaisante. L’accueil du patient, la modernité des équipements, spécialement dans les services de chirurgie et de maternité, sont plébiscités à plus de 80 %.
En revanche, ils jugent sévèrement les délais pour accéder aux soins (55 % de satisfaction). A plus de 76 %, ils trouvent les moyens humains et techniques de l’hôpital public insuffisants. Et 55 % craignent pour son avenir.
Les Français ont raison d’être inquiets : le nombre de lits dans le secteur public et non lucratif a été divisé par quatre ces dernières années, à la suite des restructurations et des fermetures d’hôpitaux, en particulier ceux de proximité. Par manque de moyens financiers et de personnel, mais aussi en raison d’un mode de financement inadapté, l’hôpital, qui accueille chaque année 11 millions de Français, est en crise.
Source : enquête Sofres,« Les Français et l’hôpital public », pour la Fédération hospitalière de France, mars 2012.
Démographie médicale : pénurie de généralistes
Dans certaines régions, la pénurie de généralistes est devenue criante. La profession attire de moins en moins d’étudiants en médecine. Beaucoup choisissent de se spécialiser et souhaitent exercer en secteur 2. Le métier s’est aussi beaucoup féminisé.
Les jeunes diplômées optent massivement pour une activité salariée dans des régions attrayantes. Résultat, les départs à la retraite ne sont pas remplacés, et les déserts médicaux s’étendent. La difficulté pour trouver un médecin ne se rencontre pas seulement en zone rurale, mais aussi de plus en plus à la périphérie des grandes villes.
Comment réorganiser l’offre de soins dans les régions sous-dotées ? Faut-il contraindre les médecins à aller y exercer, et ainsi remettre en cause la sacro-sainte liberté d’installation des praticiens ? Les maisons de santé regroupant des professionnels de la santé pourraient-elles représenter une alternative efficace ?
C’est un véritable défi qui attend le gouvernement.
Dépendance : vieillir coûte trop cher
On compte aujourd’hui en France 31 786 lits d’Usld (unités de soins de longue durée) destinés aux personnes âgées en fin de vie. Il y en avait deux fois plus en 2005.
En 2006, les pouvoirs publics ont transféré les lits hospitaliers du secteur sanitaire vers les Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), qui relèvent du secteur social, réservant les Usld aux personnes requérant un suivi médical rapproché.
Dans les deux structures, les règles de financement sont les mêmes : les soins sont pris en charge par l’assurance-maladie, tandis que l’hébergement incombe au patient ou à sa famille (environ 80 euros par jour, soit 2 400 euros par mois).
Les patients peuvent bénéficier de deux aides financières : l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa) et l’aide personnalisée au logement (Apl). Mais elles sont loin de couvrir l’intégralité des frais, et le reste à charge pour les familles est très important.
Le dossier sur le financement de la dépendance, lancé puis stoppé net par le gouvernement sous Sarkozy, devrait être relancé.
Dépassements d’honoraires : le grand scandale
Le gouvernement décide en 1980 de créer le secteur 2, qui autorise les médecins à pratiquer des dépassements d’honoraires, afin de leur permettre de gagner plus sans plomber les comptes de l’assurance-maladie. Les surcoûts sont reportés sur les familles ou sur les mutuelles.
En trente ans, les dépassements sont passés de 900 millions à 2,5 milliards d’euros. Dans certaines spécialités et dans certaines Régions, il est presque impossible de trouver des médecins en secteur 1. Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a fait de ce problème son premier cheval de bataille.
Psychiatrie : laissée pour compte
En France, la psychiatrie est organisée en secteurs combinant hôpital et Cmp (centres médico-psychologiques) en ville. Un secteur couvre un territoire d’environ 70 000 personnes.
Mais, par manque de moyens et de personnel, la psychiatrie se porte mal. Il faut parfois plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous dans l’un des 2 000 Cmp. Et les psychiatres libéraux, pas assez nombreux et mal répartis, devraient perdre un tiers de leurs effectifs d’ici à 2020, alors que la demande de soins n’a jamais été si importante.
Forfaits : la main à la poche
En 1983 est créé le forfait hospitalier, qui se monte aujourd’hui à 18 euros (13,50 € en psychiatrie). Les mutuelles peuvent le prendre en charge. En sont dispensés les titulaires de la Cmu-c, les femmes enceintes et les personnes hospitalisées à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.
En 2005 apparaît le forfait de 1 euro sur tous les actes réalisés par un médecin, les radios et les analyses. Il est limité à 50 euros par an et par personne et ne peut être pris en charge par les complémentaires. En sont exonérés les moins de 18 ans, les femmes enceintes à partir de 6 mois de grossesse et les bénéficiaires de la Cmu-c.
En 2006 a été créée la participation forfaitaire sur les actes lourds : l’assuré paye 18 euros sur les actes médicaux à partir de 120 euros. Les complémentaires peuvent les prendre en charge. En sont exonérés les personnes en Ald, les femmes enceintes, les nouveau-nés hospitalisés, les titulaires d’une rente pour maladie professionnelle ou accident du travail, d’une pension d’invalidité, les bénéficiaires de la Cmu-c.
Enfin, en 2008 : la franchise de 50 centimes par boîte de médicaments et pour les actes paramédicaux pratiqués en ville et de 2 euros pour tous les transports sanitaires.










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