Régions / Halte santé de Toulouse

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Accueillir et soigner les grands précaires

Midi, un jour de janvier. La halte santé s’anime. La pièce principale, où la table est dressée, scintille des guirlandes de Noël pas encore décrochées. Roger, qui fut comptable dans une autre vie, apporte comme chaque jour de la charcuterie donnée par un de ses anciens clients.
Dans quelques jours, il partira en maison de retraite, après des années passées à la rue. José s’entretient en portugais avec Paola, qui vient de trouver une place en foyer d’hébergement. Audrey, l’une des trois infirmières présentes ce jour-là, s’inquiète pour Christophe, qui n’a pas donné signe de vie depuis deux jours, et pour un couple d’Albanais âgés parti subrepticement la veille.
Ainsi va la vie de la halte santé, à Toulouse, où chacun évolue à son rythme. La matinée est consacrée aux soins et au ménage, auquel tous participent. Les repas sont pris, pour ceux qui le veulent, à heure fixe. Seuls devoirs : la consommation d’alcool – et de drogues – est interdite dans l’enceinte de la halte et les portes ferment à 20 h 30.
Jeunes ou moins jeunes, vivant dans l’errance et dans la rue, Français ou étrangers demandeurs d’asile politique… : la halte santé accueille pour deux ou trois semaines, en moyenne, des hommes et des femmes malades sans résidence stable, mais dont l’état de santé ne nécessite toutefois pas d’hospitalisation. La souffrance physique et, surtout, psychique est le point commun des résidents de ce service médico-social géré par le Chu de Toulouse.
Coordonnée par le Dr Pascale Estecahandy, l’équipe de la halte santé est composée d’une «  maîtresse de maison  », d’un assistant social, d’infirmières et de veilleurs de nuit. Deux médecins de ville y assurent des vacations quotidiennes. Yves, l’assistant social (debout sur la photo), croule sous le travail administratif depuis que sa collègue est partie et en attendant qu’elle soit remplacée. Beaucoup de résidants se sont mis à l’écart des services sociaux et n’ont pas fait valoir leurs droits au Rsa, à la Cmu, au minimum vieillesse… «  Le personnel est très motivé  ; on n’arrive pas ici par hasard  », souligne Yolande, infirmière.
«  La richesse du lieu, c’est sa grande diversité et la tolérance qu’elle génère  », ajoute Virginie, également infirmière.
Dotée de quatorze lits – deux de plus ont été demandés –, la halte ne peut répondre à tous les besoins, d’autant que certains résidants ont besoin de plus de temps pour être «  remis sur pied  ». «  Environ un tiers repartent à la rue, un tiers la quittent pour un centre d’hébergement, une famille d’accueil, un logement autonome, etc., et un tiers intègrent une structure de soins. Nous essayons toujours de maintenir le lien avec eux. Beaucoup reviennent boire un café, prendre un repas avec nous  », constate Yves.
La halte santé a emménagé voilà quel­ques mois sur le site de La Grave, dans le pavillon Sainte-Germaine, ancien hôpital de long séjour, grâce à la mobilisation du comité de défense de l’hôpital public de la Haute-Garonne. «  Les locaux implantés dans le quartier de la gare n’étant plus aux normes, nous avons bataillé auprès de la mairie et de la direction du Chu pour que la halte reste en centre-ville et n’aille pas en périphérie, là où son public n’aurait pas suivi  », rappelle Michel Lapierre, président du comité de défense et également de la mutuelle Mutami.

 

- [01.02.12]   Karine Pollet

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