Société

Agent orange : trente ans après, il continue à tuer

Le 1er octobre, Paris, Toulouse, Nîmes, La Rochelle et Béziers ont vu s’envoler des ballons orange. L’Association d’amitié franco-vietnamienne soutenait ainsi les victimes de l’agent orange qui ont déposé plainte devant la justice américaine.

L’« agent orange » - ainsi nommé à cause de la couleur de la bande entourant les fûts contenant de la dioxine - a été l’herbicide le plus utilisé par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam. Il servait à défolier les forêts afin d’empêcher la guérilla vietnamienne de s’y cacher. Entre 1961 et 1971, l’armée américaine aurait déversé près d’une centaine de millions de litres d’herbicides, contenant plus de 300 kilos de dioxine, sur des centaines de milliers d’hectares, dans le sud et le centre du Vietnam, mais aussi au Laos et au Cambodge. Substance chimique extrêmement toxique, la dioxine est considérée comme l’un des polluants les plus dangereux. Elle détruit la végétation, pénètre le sol jusqu’à plus de 2 mètres de profondeur et peut rester active plus de vingt ans. Cancérigène, elle est responsable de leucémies lymphoïdes chroniques et de malformations chez les nouveau-nés.
Selon les dernières estimations, plusieurs millions de Vietnamiens y auraient été directement exposés. Mais le nombre total de victimes est sans doute plus élevé, car la dioxine se transmet par contamination de la chaîne alimentaire. Des travaux statistiques ont aussi démontré que les familles dont l’un des ascendants avait été exposé aux nuages de défoliants sont plus souvent affectées par des avortements spontanés et qu’il y naît plus d’enfants présentant des malformations congénitales. Trente ans après la fin de la guerre, il reste une quantité non négligeable de dioxine dans certaines zones du pays.
Les Etats-Unis n’ont jamais admis leur responsabilité dans les dommages causés au Vietnam. Pourtant, en 1984, les vétérans américains victimes de l’agent orange portent plainte, non pas contre le gouvernement - la loi américaine ne le permet pas -, mais contre 30 groupes industriels, dont Dow Chemical et Monsanto, pour fabrication et usage délibéré d’armes chimiques. En échange de l’arrêt des poursuites, les fabricants signent un accord à l’amiable avec les associations de vétérans et versent 180 millions de dollars à un fonds de compensation pour les 10 000 victimes américaines du pesticide.

Un procès qui ferait jurisprudence
Rompant avec des années de silence, les victimes vietnamiennes, regroupées en association, portent plainte début 2004 contre Monsanto et Dow Chemical. Mais, en mars dernier, leur plainte est rejetée. « Si, comme les vétérans américains, les victimes vietnamiennes n’ont pu attaquer directement l’administration américaine - il n’y a pas d’équivalent du tribunal administratif aux Etats-Unis -, le département de la Justice américain ne s’est pas trompé sur la cible et s’est fendu d’une mise en garde adressée au juge chargé du dossier. Cette lettre, rendue publique, soulignait le danger qu’un tel procès ferait courir à la souveraineté américaine, et les conséquences financières d’une telle jurisprudence (on estime à plus de 1 million le nombre de personnes susceptibles d’être indemnisées). Il ne faut donc pas s’étonner si le juge a rejeté la plainte », explique Minh N’Guyen, secrétaire de l’Union des jeunes Vietnamiens de France.
Les associations de victimes civiles de l’agent orange et les autorités vietnamiennes ont fait appel de cette décision auprès de la cour fédérale de l’Etat de New York. Le jugement devrait intervenir en janvier 2006 : si l’appel est rejeté, il n’y aura plus comme recours que la Cour suprême. C’est-à-dire peu d’espoir, estime Minh N’Guyen. « Nous voulons continuer à mobiliser pour que les victimes obtiennent réparation et pour aider les populations très pauvres, mal soignées. Cette politique du deux poids, deux mesures, où des victimes sont dédommagées financièrement et pas les autres, ne peut être tolérée », déclare Thérèse N’Guyen, médecin à la retraite, responsable de l’Union générale des Vietnamiens de France et de l’Association médicale des Vietnamiens de France.

 

-  [04.11.05]   Anne-Marie Thomazeau

Solidarité internationale
Des anciens combattants français, allemands, britanniques, américains, japonais, vietnamiens ont conçu le projet d’un Village de l’amitié. Il a pris corps à quelques kilomètres de Hanoi. Centre de soins pour les victimes de l’agent orange, le village accueille en permanence une quarantaine de vétérans malades et plus d’une centaine d’enfants âgés de neuf à quinze ans, fils et filles, petits-fils et petites-filles des combattants du Nord Vietnam. Outre les soins, la seconde mission du village est de permettre à des chercheurs de toutes les disciplines de venir travailler auprès des victimes et d’associer leurs efforts pour évaluer, analyser et soigner les effets de la dioxine.
Comité pour le Village de l’amitié :
2, place du Méridien, 94807 Villejuif. Tél. 01 42 11 11 11.

Un collectif se mobilise en France
Créé à l’initiative de jeunes Vietnamiens de France et du Vietnam, le collectif Vietnam Dioxine est un rassemblement de personnes et d’organisations dont l’objectif est de participer à la campagne internationale d’information sur l’agent orange. Le collectif Vietnam Dioxine vise à attirer l’attention des citoyens et des institutions (par le lancement d’une lettre ouverte, la réalisation d’un site Internet, l’organisation de conférences-débats, la projection de films documentaires, etc.) afin qu’une aide économique, sanitaire et environnementale soit fournie aux populations et aux régions les plus touchées. Le collectif apporte aussi directement sur place un soutien humain et logistique. Des actions sont régulièrement organisées en France.

Collectif Vietnam Dioxine, 16, rue du Petit-Musc, 75004 Paris. E-mail : contact@vietnam-dioxine.org
Pour plus d’informations : http://www.vietnam-dioxine.org/

envoyer l'article par mail     

 

Décryptage

Alimentation : le paradoxe français

A table  ! Deux fois par jour, cet appel a rythmé la vie de nombreuses générations. Certes, le rituel déjeuner/dîner tous ensemble est moins fréquent, mais les Français sont toujours amateurs de bonne chère. Et le repas pris en famille ou entre amis (...)  [01.02.11] • Réagir

Tous les décryptages

à lire sur le même thème

Santé publique

 Cancer du sein : la Haute autorité de santé veut favoriser le dépistage organisé

Lors d’une conférence de presse, organisée à la veille de la Journée mondiale du cancer du 4 (...)  [06.02.12]

 Mediator : perquisitions au siège de l’Afssaps et chez des cadres de l’agence

Le siège de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a été (...)  [03.02.12]

 L’abus de sucre est aussi mauvais que le tabac et l’alcool pour notre santé

Manger trop sucré est mauvais pour la santé. Une forte consommation de sucre est liée à (...)  [03.02.12]

 Une nouvelle étude précise comment la maladie d’Alzheimer s’étend

Selon des chercheurs de l’Université Columbia, du New York State Psychiatric Institute (...)  [03.02.12]

 Après des mois de mobilisation, la maternité des Lilas (93) est sauvée

“Puisse notre lutte servir à tous ceux qui se battent pour un système de santé publique solidaire (...)  [01.02.12]

Monde

 Le VIH/Sida a tué 28 000 personnes en Chine en 2011

Selon l’agence Chine nouvelle citant un rapport officiel du ministère chinois de la Santé, (...)  [24.01.12]

 La santé des migrants se dégrade

Depuis les années 2000, les étrangers vivant en France sont deux fois plus nombreux que la (...)  [17.01.12]

 Bien manger pour bien grandir

Notre département, même s’il n’est pas parmi les plus touchés, n’échappe pas au phénomène  : nos (...)  [02.01.12]

 Environnement : un livre de messages pour un monde meilleur

Un livre qui fait du bien et qui appelle à résister, histoire de bien finir l’année ou de bien la (...)  [26.12.11]

 Le paludisme a tué 655 000 personnes, essentiellement des enfants, en 2010 selon l’Oms

Le paludisme a encore provoqué 655 000 morts en 2010 – essentiellement en Afrique –, écrit (...)  [14.12.11]

Appel à témoins

Les fiches

 Fiches santé

 Fiches droits

 Fiches alimentation