Agnès de Viaris : comment réussir sa famille recomposée

Agnès de Viaris est psychologue et auteure de "Famille recomposée. Guide de premiers secours pour une vie harmonieuse". Pour elle, vivre dans une famille recomposée peut être une véritable opportunité, en particulier pour les enfants.

Recomposer une famille, c’est compliqué ?

Ce n’est jamais simple. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut pas perdre de vue que la recomposition se fait toujours après une ou deux séparations. Et toute rupture, tout divorce, entraîne nécessairement une perte, un travail de deuil à élaborer qui n’est, quoi que l’on en pense, pas toujours abouti.

Cela peut parfois prendre beaucoup de temps, nécessiter des allers et retours vécus difficilement, même si la volonté de se séparer était bien présente. Et puis, il y a toujours ce goût amer de l’échec : l’échec du couple, d’une famille rêvée. Pourtant, il ne faut pas voir cela comme un échec. C’est la vie tout simplement. La vie n’est faite que de cela : de péripéties, de changements, de séparations. Et aujourd’hui, la famille est en pleine mutation.

Mais cela peut être passionnant… 

Bien sûr. D’abord, une famille recomposée, c’est aussi une promesse de changement. Une transformation qui peut être bénéfique si tout le monde est bien au clair sur la situation et sur sa place. Certes, les enfants subissent cette nouvelle vie, mais la plupart du temps ils ne retiennent pas ce que l’on croit.

Pour un enfant, plus que la ­situ­ation elle-même, c’est la manière dont elle est gérée qui est importante. Aussi, les parents doivent assumer leur choix. En particulier, ils doivent laisser de côté leur culpabilité.

Si des différends interviennent entre le beau-parent et les enfants, le ­parent doit faire bloc avec le beau-parent et non prendre le parti de son enfant. C’est le parent qui investit le beau-parent dans sa nouvelle fonction et qui lui donne sa place. Même si, bien sûr, il n’est pas exclu de remettre les choses à plat et de se caler entre adultes, hors des oreilles des enfants.

Pour les enfants, ce n’est pas forcément facile…

Les enfants aiment rarement les changements, c’est vrai. Ils peuvent avoir du mal à aimer ce nouveau beau-parent parce qu’ils ressentent un conflit de loyauté par rapport à leur autre parent, surtout si celui-ci n’a pas refait sa vie et s’il souffre de la séparation.

Mais la famille recomposée peut être pour eux une réelle opportunité. Un beau-parent peut apporter un ­étayage ­affectif supplémentaire à un enfant, comme une sorte de parrain qui, peu à peu, va nouer une relation singulière avec lui, ­indépendamment du parent. Bien sûr, ­partager son intimité avec un étranger n’est jamais simple. Se croiser dans la salle de bains, se soumettre à de nouvelles règles de vie, surtout si l’on doit partager avec les enfants du beau-parent, n’est jamais aisé.

Mais je dirais que c’est justement tout l’intérêt de la famille recomposée. C’est cette possibilité de se confronter aux frustrations, aux sentiments, aux limites, c’est apprendre à vivre avec l’autre. Pour moi, il s’agit presque d’une vision politique de la société. La recomposition, c’est l’intégration d’un étranger à l’échelle familiale.

Ensuite, chacun mêle sa propre histoire chargée d’émotions personnelles à celle des autres dans le chaudron familial, et si le résultat est parfois explosif, le plus souvent tous les membres de cette nouvelle famille ont tout à y gagner.

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