samedi 4 février 2012
Alli, la pilule anti-obésité lancée à grand renfort de publicité, est en vente libre dans les pharmacies, depuis le 19 mai. Elle connaît un grand succès en France mais aussi en Europe. Aux Etats-Unis, elle est utilisée par plus de cinq millions de personnes. Retour sur un phénomène commercial avec le Docteur Frédérique Chiva, médecin nutritionniste comportementaliste - médecin du sport, à Paris.
Si le traitement du surpoids ou de l’obésité dépendait de substances médicamenteuses, on le saurait. D’ailleurs, les médicaments pour maigrir existent depuis longtemps et l’obésité n’a pas reculée. Le marché de la minceur a toujours été très lucratif.
Les problèmes de poids sont complexes et le fait de proposer des stratégies de prise en charge qui semblent faciles (sans ordonnance), accessibles à tous presque "magiques", peut se révéler inéfficace voire dangereux, car la personne peut s’auto-administrer des doses supérieures et ceci peut entraîner des effets secondaires graves ainsi que des troubles du comportement alimentaire.
Avec Alli, on pense que le surpoids viendrait uniquement d’un excès de graisses. Ainsi on pourrait éliminer ou "purger" son corps grâce à cette pilule et tout rentrerait dans l’ordre. C’est faux. La prise de poids est liée à une surconsommation calorique et à la difficulté d’ajuster son alimentation par rapport aux réells besoins que l’on a. Il ne s’agit pas de condamner un nutriment plus qu’un autre.
L’autre danger est que l’on devienne dépendant à cette substance. Le surpoids et l’obésité sont liés à des problèmes de comportements alimentaires ce ne sont pas des phénomènes qui s’insallent du jour au lendemain. Ils font appel à des mécanismes physiologiques, psychochologiques, émotionnels et biologiques. C’est global et complexe.
Déjà, il est important de faire connaissance avec la personne (ce sont le plus souvent des femmes). Pourquoi est-elle en souffrance ? Pourquoi est-elle en difficulté avec un acte vital aussi naturel et quotidien que celui de se nourrir ? Pourquoi donne-t-elle trop à son corps ?
Souvent les personnes qui viennent me voir n’ont été considérées qu’à travers leur chiffre de poids ou ce qu’il y avait dans leurs assiettes. Elles ont déjà expérimenté beaucoup de régimes et de stratégies de perte de poids.
Elles ont un jugement très personnel sur ce qu’elles devraient manger ou pas, teinté d’un fort sentiment de culpabilité.
Le fait de les prendre autrement, dans leur globalité en tant que personne avec une histoire particulière peut les aider. Elle me parlent d’elles de leurs souffrances, de leur parcours.
Elles pensent souvent que la minceur leur apportera le bonheur et résoudra tous leurs problèmes. Ce qui n’est malheureusement pas le cas.
Les grandes campagnes de prévention sur les bonnes conduites alimentaires à adopter n’ont pas donné grand choses jusqu’à présent. les chiffres de l’obésité ne sont pas en baisse. L’idée que "bien manger" assurerait une bonne santé et le bonheur pour tous ne marche pas, apparemment.
Car évidemment, le problème est beaucoup plus complexe.
Il faut se fier à soi-même et si on a tendance à prendre du poids, il y a des solutions : il faut accepter d’en parler, de se faire accompagner.
En plus une personne en surpoids peut se sentir bien dans son corps et dans sa tête. Il n’y a pas de règles.
Lire aussi : Obésité, une maladie complexe
« L’obésité chez l’enfant, s’installe progressivement », interview du Dr Lubelski, pédiatre
Obésité : Alli, la "pilule pour maigrir" n’est pas la solution
[01.06.09]
Marilyn Perioli
En savoir plus sur le site www.mangerbouger.fr
"Aider et accompagner les patients."
Qui achète Alli et quelle information dispensez-vous ?
La demande vient des femmes, pour la plupart entre 30 et 60 ans. C’est un produit très particulier car on vend une part de rêve. L’information dispensée est donc primordiale. Même s’il est vendu sans ordonnance, c’est un médicament vendu derrière le comptoir et non pas en libre-service dans l’officine. Nous avons par le laboratoire une "Guide line" avec des questions à poser sur le poids et l’Indice de masse corporelle (IMC), les habitudes alimentaires, si le patient fait un régime. Alli est un médicament anti-obésité, il s’adresse donc à une tranche de personnes particulière : il faut un IMC égal ou supérieur à 28. Je suis très vigilant quand je vends Alli, je demande la carte vitale pour m’assurer que la personne prendra le médicament dans de bonnes conditions et qu’il n’y aura pas d’interaction avec d’autres médicaments, notamment les contraceptifs oraux (pilules micro-dosées) ou certaines vitamines. Alli peut créer des déficits en vitamines ou amoindrir l’effet du contraceptif.
Que pensez-vous de la communication faite autour du produit par le laboratoire ?
C’est digne d’une grande campagne de publicité pour un parfum ou d’une machine à café. C’est en cela que ce produit pourrait être dangereux. Nous avons tous notre rôle à jouer de conseil et de prévention en tant que pharmacien. Nous avons parfois à faire à des demandes inconsidérées, de femmes surtout, qui veulent perdre deux ou trois kilos et qui réclament ce produit. Dans ce cas, ce pourrait être dangereux.
Que pensez-vous des pharmaciens qui refusent de vendre la pilule ?
C’est un parti-pris auquel je n’adhère pas. C’est pareil pour ceux qui refusent de vendre la pilule contraceptive ou celle du lendemain. Je n’ai pas à imposer mes propres règles morales ou religieuses. Je suis pour l’éducation thérapeutique. Alli n’est pas une pilule pour maigrir, c’est un médicament anti-obésité, qui réclame des précautions à prendre. D’un autre côté, je suis contre la démarche qui consiste à vendre à tout prix. On doit une information au patient, surtout dans le cas d’Alli qui est vendu sans ordonnance.
Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs. Les livres sur (...) [02.01.12] • Réagir
Mediator : perquisitions au siège de l’Afssaps et chez des cadres de l’agenceLe siège de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a été (...) [03.02.12]
Le Stablon rend accroD’après la revue indépendante Prescrire, le Stablon, un antidépresseur, accroît les risques de (...) [01.02.12]
Le Tanakan bientôt dérembourséL’efficacité du Tanakan, médicament prescrit aux personnes âgées pour les troubles de la mémoire et (...) [30.01.12]
Prescrire : pas de "Pilule d’Or" faute d’innovation thérapeutiqueCette année, la revue indépendante Prescrire n’a pas décerné de “Pilule d’or”, comme elle le fait (...) [26.01.12]
Tramadol : faut-il s’inquiéter ?Le Tramadol, un antidouleur dérivé de l’opium très efficace dans les douleurs au dos ou aux (...) [25.01.12]
L’abus de sucre est aussi mauvais que le tabac et l’alcool pour notre santéManger trop sucré est mauvais pour la santé. Une forte consommation de sucre est liée à (...) [03.02.12]
Une nouvelle étude précise comment la maladie d’Alzheimer s’étendSelon des chercheurs de l’Université Columbia, du New York State Psychiatric Institute (...) [03.02.12]
Après des mois de mobilisation, la maternité des Lilas (93) est sauvée“Puisse notre lutte servir à tous ceux qui se battent pour un système de santé publique solidaire (...) [01.02.12]
Les premières alertes sur les prothèses Pip remontent à 1996Le rapport de la Direction générale de la santé (Dgs) et de l’Agence française de sécurité sanitaire (...) [01.02.12]

Bruno Voyer : une voix pour les malades sans toitDepuis que son fils, maniaco-dépressif, a passé plusieurs mois à la rue, il se bat au sein d’une (...) [01.02.12]