Santé

Amalgames dentaires : pas si inoffensif, le mercure

En France, les autorités sanitaires considèrent que les amalgames dentaires sont sans risques pour la santé. Pourtant du mercure peut s’en échapper et atteindre le cerveau. Certains pays les ont déjà interdits.

On les appelle plombages. Erreur : il n’y a plus de plomb dans les amalgames dont les dentistes se servent pour obturer les caries, mais 50 % de mercure. Un métal connu pour être un perturbateur endocrinien et un dangereux neurotoxique qui peut faire des ravages dans le cerveau. En juin 2011, le Conseil de l’Europe a adopté une résolution invitant à «  la restriction, voire à l’interdiction des amalgames comme matériaux d’obturation dentaire  », mais certains pays, tels la Norvège – qui les a interdits dès 2008 –, la Suède et le Danemark, n’ont pas attendu cette décision pour les supprimer. Le Canada en a réduit l’usage, les Etats-Unis aussi. En avril 2011, l’administration Obama s’est même officiellement prononcée pour un arrêt progressif des amalgames dans le monde. En France, 15 à 17 tonnes de mercure sont utilisées chaque année pour boucher nos dents. Un record en Europe  ! Et apparemment, pas question de changer. Lors des négociations internationales visant à limiter les différentes utilisations du mercure qui se sont tenues à Nairobi (Kenya) à l’automne dernier, la France a réitéré son opposition à l’interdiction des amalgames dentaires.

Le cerveau en première ligne

Ils représentent pourtant la principale source d’exposition au mercure de la population. Car les plombages ont beau être étanches, le mercure libère au fil des années des vapeurs que nous inhalons et qui passent des poumons au sang, puis arrivent au foie, aux reins et surtout au cerveau. Divers troubles en lien avec ce produit ont été repérés, y compris chez les dentistes et leurs assistantes : insomnie, perte de mémoire, grande fatigue, dépression, etc. Des études font aussi état d’une association entre une exposition à faible dose et certaines affections neurodégénératives, maladie d’Alzheimer, de Parkinson, sclérose en plaques…

Mais le pire concerne les enfants. Le mercure traverse le placenta et se fixe dans le foie du fœtus, qui le stocke et, après la naissance, le relargue dans l’organisme. Le métal atteint alors le cerveau du nouveau-né, au risque de perturber son développement. En 1994, il a été prouvé que plus la mère porte d’amalga­mes, plus la quantité de mercure dans le cerveau du bébé et dans le sang du cordon est élevée. Or, selon Marie Grosman [1] , vice-présidente de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, «  il est démontré que le quotient intellectuel de l’enfant est inversement proportionnel au taux de mercure du cordon et qu’il existe une relation entre exposition précoce et trouble de l’attention, hyperactivité et syndrome autistique  ». On sait aussi que la pose d’amalgames en début de grossesse multiplie par quatre le risque que le bébé ait un bec-de-lièvre à la naissance. «  Il n’y a pas de seuil d’exposition, c’est variable d’une personne à une autre, explique Marie Grosman. On peut être intoxiqué avec deux amalgames et pas avec dix, tout dépend de notre susceptibilité génétique et de notre capacité à éliminer le mercure.  »

Des patients pas informés

Pour autant, les autorités sanitaires françaises se veulent rassurantes. Une expertise de l’Afssaps de 2005 conclut à l’innocuité des amalgames. Curieusement, le rapport n’est plus disponible sur le site de l’agence depuis octobre dernier pour cause de réactualisation. Plus gênant, «  parmi les dix experts, au moins trois avaient ou avaient eu un conflit d’intérêts avec un fabricant d’amalgames, pointe Marie Grosman. En réalité, l’Afssaps s’appuie sur un rapport du lobby dentaire international de 1997, déguisé en rapport de l’Organisation mondiale de la santé, qui affirme qu’il faut porter plus de 530 amalgames pour qu’il y ait un problème de santé. Ce chiffre invrai­sem­bla­ble fait fi des nombreuses études montrant des risques à faibles doses. Et puis, il faudrait nous expliquer pourquoi les amalgames sont interdits de poubelle mais pas de bouche  ».

En effet, les déchets retirés de la bouche des patients sont classés très dangereux par l’Union européenne, la réglementation impose donc aux dentistes de ne plus les jeter dans les poubelles mais de les stocker dans des contenants hermétiques confiés ensuite à une société agréée. Autre paradoxe : les fabricants d’amalgames fournissent des fiches de sécurité aux professionnels pour les prévenir d’éventuels risques pour le fœtus , mais, bizarrement, aucune information n’est donnée aux patients… En mars 2012, l’Union européenne devra se prononcer sur sa stratégie concernant le mercure, et un traité international devrait être adopté en 2013 où il sera question des amalgames. Les pays africains ont déjà prévenu qu’ils ne voulaient pas être «  le dépotoir de l’amalgame dentaire  », alors que, avec la prévention des caries, le marché décline dans les pays riches.

 

-  [01.02.12]   Brigitte Bègue

[1] Auteure avec Roger Lenglet de Menaces sur nos neurones, éd. Acte Sud, 22 euros.

Les produits de remplacement

L’idéal est la céramique, mais son coût est élevé. Deux autres matériaux peuvent être utilisés : le composite polymère et le ciment verre ionomère (Cvi). «  Le problème est que le premier contient du bisphénol A, mais sa toxicité est sans commune mesure avec celle du mercure, précise Marie Grosman. Le Cvi a fait ses preuves dans une vingtaine de pays, et les études montrent qu’il est deux fois moins cher que l’amalgame, alors qu’il tient aussi longtemps, voire plus. Mais les dentistes français préfèrent les amalgames, qui sont plus vite posés et donc plus rentables.  » Bien qu’on n’en soit pas informé, les composites et les Cvi sont remboursés par la Sécurité sociale, il est donc possible de les choisir. Mais attention à ne pas céder à la panique. Se faire enlever des amalgames nécessite un maximum de précautions, et notamment l’utilisation d’une digue (rectangle en caoutchouc) pour éviter la projection de particules d’amalgame dans la bouche, d’un aspirateur chirurgical et d’un refroidissement à eau.

Par ailleurs, il faut éviter la pose et la dépose d’amalgames pendant la grossesse et l’allaitement, et il est déconseillé d’en placer un près d’une couronne métallique à cause des risques de corrosion. Enfin, mieux vaut éviter les chewing-gums si vous avez beaucoup d’amalgames : la mastication accentue la libération de vapeurs de mercure.

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