Santé

Antibiotiques, les bactéries font de la résistance

S’il devient parfois difficile de traiter une infection banale, c’est que, depuis quelques années, certaines souches de microbes résistent à un ou plusieurs antibiotiques. Pour remédier à l’utilisation massive de ces médicaments, un nouveau plan vient d’être lancé par le ministère de la Santé.

Avec son nouveau slogan, « Les antibiotiques, si on les utilise à tort, ils deviendront moins forts », l’assurance-maladie enfonce le clou auprès du grand public.

Cette nouvelle campagne vise à expli­quer pourquoi modifier les comportements face aux antibiotiques est important. Car un phénomène s’accélère depuis quelques années : la résistance bactérienne. Il n’est pas rare désormais qu’un médecin doive prescrire deux ou trois traitements différents pour venir à bout d’une infection courante, comme l’otite du nourrisson ou la cystite. Le taux de résistance aux antibiotiques de la classe « fluoroquinolones » de la bactérie Escherichia coli, responsable de la plupart des infections urinaires, a augmenté de 90 % entre 2004 et 2008.

On a prescrit pendant longtemps (y compris aux animaux) de façon abusive et inappropriée des antibiotiques, pour soigner des infections virales, par exemple, contre lesquelles ils sont pourtant inefficaces. Résultat : les microbes ont appris à se défendre.certains rendent inoffensif le médicament ou le détruisent, alors que d’autres deviennent résistants à un ou plusieurs antibiotiques en récupérant l’Adn de bactéries déjà résistantes. Ces échecs thérapeutiques peuvent parfois être fatals : 25 000 personnes décèdent chaque année en Europe à la suite d’une infection liée à des bactéries multirésistantes qui n’a pu être traitée faute de molécules efficaces. En utilisant mal les antibiotiques, on prend donc le risque qu’ils soient sans effet le jour où l’on en aura réellement besoin.

En effet, comme tous les microbes, les bactéries résistantes se transmettent et peuvent se propager à des personnes «  saines  » ou n’ayant pas pris d’antibiotiques. Certaines études montrent même que la surconsommation d’antibiotiques, en perturbant la flore intestinale, pourrait augmenter le risque d’apparition de l’obésité, de l’asthme ou encore du diabète de type 1. Plus grave encore, la ressource d’antibiotiques s’épuise. Peu rentable pour les laboratoires pharmaceutiques, la recherche de nouveaux médicaments est délaissée : 40 nouvelles molécules ont été brevetées entre 1983 et 1997, contre 10 entre 1997 et 2004. Et il n’y aura aucun nouvel antibiotique dans les dix prochaines années.

Il est donc urgent de lever le pied pour préserver notre système immunitaire. Du côté des professionnels de la santé et du côté des patients : selon un sondage Bva de mars 2010, 92 % des médecins ont déjà été confrontés à un malade insistant pour une prescription d’antibiotiques. A eux de résister maintenant…

 

-  [02.01.12]   Sylvie Boistard

Les bons gestes

Respecter la dose prescrite.

Ne pas arrêter son traitement prématurément au prétexte que l’état de santé s’améliore.

L’antibiotique doit être administré le nombre de jours indiqué.

Ne pas donner ses médicaments à quelqu’un d’autre.

Chaque antibiotique est adapté à chaque personne et à chaque maladie.

Ne pas utiliser un antibiotique plus tard, une fois le traitement terminé, en automédication. Et ce même si les symptômes sont similaires.

En cas de doute ou d’effets indésirables, demander conseil à son médecin.

Des campagnes efficaces

Les deux premiers plans lancés depuis 2001 par le ministère de la Santé ont porté leurs fruits : la consommation d’antibiotiques a baissé en France depuis 2002, notamment chez les enfants, avec un recul d’environ un tiers des prescriptions. Mais depuis 2007, cette tendance s’est inversée et la consommation est repartie à la hausse, à cause, en grande partie, de prescriptions injustifiées.

En 2009, les infections virales (de type bronchite, rhino-pharyngite et syndrome grippal) et l’angine ont ainsi représenté plus de 40 % des prescriptions d’antibiotiques réalisées en médecine de ville alors que ces médicaments n’agissent que sur les bactéries. Le nouveau plan national d’alerte sur les antibiotiques (2011-2016) se veut donc encore plus ambitieux : réduire de 25 % en cinq ans la consommation d’antibiotiques, mais aussi mieux encadrer l’usage de ces médicaments, qui pourraient alors devenir une classe à part, voire être prescrits sur une ordonnance spécifique. Dans un même temps, un plan de la Commission européenne projette de mieux sensibiliser la population au bon usage de ces médicaments particuliers.

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