Social / Metaleurop/Métal blanc

Après des années de lutte, le plomb est toujours là

L’une recycle des batteries dans les Ardennes, l’autre fabrique du plomb dans le Pas-de-Calais. A Bourg-Fidèle, l’usine continue à polluer en toute impunité tandis qu’à Noyelles-Godault dépollution se conjugue enfin avec concertation.

Des petites maisons fleuries sagement alignées, quelques troupeaux de vaches qui broutent au loin et une odeur âcre qui enveloppe ce paysage de carte postale. Dans le petit village de Bourg-Fidèle (Ardennes), la présence de l’usine Métal Blanc, spécialisée dans le recyclage de batteries, plombe l’atmosphère.
« Nos enfants sont empoisonnés et nos animaux meurent un à un », se désespère Denise Schneider, présidente de l’Association de défense de l’environnement de Bourg-Fidèle. Sur sa table de cuisine, les dossiers s’entassent : expertises médicales, pétitions, rapport de la Ddass, analyses de l’Inserm, arrêtés préfectoraux... Les conclusions sont terrifiantes : des poussières récoltées en face de l’usine présentent un taux en plomb 12 fois supérieur au seuil admis. Un rapport de gendarmerie indique que l’eau prélevée dans un bassin jouxtant l’usine et s’écoulant dans la nature contient du plomb (taux 25 fois supérieur à la norme), du cadmium (16 fois), mais aussi du nickel, du cuivre, du zinc ou encore de l’arsenic.
Depuis le début de l’année, les éleveurs du secteur ont perdu une cinquantaine de vaches et autant de moutons. Tous morts de la même façon : « D’abord les bêtes commencent à maigrir, puis elles ne mangent plus. Jusqu’au jour où elles ne peuvent plus se lever et meurent », raconte un éleveur.

Interdiction de manger les produits du potager
Raymond Beroudiaux et sa femme, Marie-Paule, sont atteints de saturnisme. Salarié de Métal Blanc, Raymond est tombé malade en 1984. Après plus d’un mois d’hospitalisation, il reçoit un courrier laconique du Pdg de Métal Blanc, Jean-Louis Bourson, lui signifiant son licenciement pour saturnisme.
Après quatorze ans de chômage, Raymond est aujourd’hui à la retraite. Une retraite au goût bien amer. « Notre fille et nos petites-filles ont préféré quitter le village, tout comme une dizaine d’autres familles. Nous avons nous aussi mis notre maison en vente. Mais qui en voudrait ? Un arrêté municipal nous interdit de consommer les légumes et les fruits des jardins », explique, épuisée, Marie-Paule.
Jean-Louis Bourson, le Pdg de Métal Blanc, mis en examen en mai 1999 pour mise en danger de la vie d’autrui, administrations de substances nuisibles ou toxiques, crie à la diabolisation. « Mon entreprise est en totale conformité. Métal Blanc est même à l’initiative d’un plan de progrès signé par l’ensemble des sociétés françaises de recyclage des accumulateurs plomb-acide. Ce plan permet d’assurer la meilleure protection de l’environnement et de la santé des employés et des riverains. » Pourtant la Drire constate, lors de ses différents relevés, de nouveaux pics de pollution, qu’elle qualifie « d’incidents totalement ponctuels ». Du côté des victimes, le sentiment d’abandon est total et l’impatience grandit.
A Noyelles-Godault (Pas-de-Calais), la pollution autour de l’usine Metaleurop, dénoncée il y a dix-huit ans par un agriculteur, Gérard Debreyne, qui voyait mourir ses bêtes, n’a pas vraiment en traîné une levée de boucliers. « La prise de conscience du danger a été très progressive », reconnaît Christian Fagniard, adjoint au maire de la ville voisine d’Auby et vice-président de l’association Eda.

Une pollution « historique » dangereuse
Des études épidémiologiques réalisées auprès des enfants de 6 ans ont révélé que 14 % d’entre eux avaient une plombémie excessive. Des chiffres qui n’ont guère bougé en quinze ans alors qu’entre-temps l’usine, d’abord sous la contrainte, aujourd’hui volontairement, a fait d’énormes efforts pour diminuer ses rejets. C’est donc désormais à la pollution « historique » des sols qu’il faut s’attaquer.
Pour cela, l’association Eda, les collectivités locales et l’entreprise Metaleurop se retrouvent aujourd’hui partenaires au sein de l’Espace biotique où l’on expérimente la phytoremédiation, c’est-à-dire l’absorption des métaux lourds par des plantes. Un processus que l’usine vient de s’engager à introduire dans sa production.

 

-  [11.03.03]   Emmanuelle Deleplace

envoyer l'article par mail     

 

Décryptage

Pourra-t-on continuer à se soigner  ?

Avec la création de la Sécurité sociale, en 1945, nous nous sommes dotés d’un système de protection sociale à vocation universelle. Mais aujourd’hui, de nombreux Français ne peuvent plus se soigner. Les raisons sont financières, mais pas seulement. (...)  [01.02.12] • Réagir

Tous les décryptages

à lire sur le même thème

Environnement

 Ogm ou pas, les consommateurs vont (enfin) pouvoir choisir

Un décret paru au Journal officiel (31/01/2012) autorise les fabricants de tous les types (...)  [02.02.12]

 L’Anses recommande de limiter la consommation de certains poissons d’eau douce à cause de la pollution aux Pcb

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) (...)  [20.01.12]

 Un risque de leucémie accru chez les enfants vivant près des centrales nucléaires ?

Une étude française menée par le Dr Jacqueline Clavel de l’Inserm montre un excès de cas de (...)  [12.01.12]

 Quatre anciens dirigeants du Comité permanent Amiante mis en examen

Dans un communiqué diffusé hier, l’Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva) se (...)  [10.01.12]

 Objectif écologie

Engagée depuis l’année dernière dans la voie du développement durable, l’Ugrm passe au crible (...)  [02.01.12]

Appel à témoins

Les fiches

 Fiches santé

 Fiches droits

 Fiches alimentation