Ardennes : Métal Blanc condamnée pour mise en danger d'autrui

Céline Lutz
Le 15 septembre dernier, l'entreprise Métal Blanc basée à Bourg-Fidèle dans les Ardennes a été condamnée par la Cour d'Appel de Paris pour mise en danger d'autrui. Un début de reconnaissance pour les villageois victimes d'une pollution par les métaux lourds.

Après la condamnation le 15 septembre dernier de l'usine Métal Blanc à Bourg-Fidèle dans les Ardennes pour mise en danger d'autrui, Denise Schneider, présidente de l’Association de défense de l’environnement de Bourg-Fidèle avoue n'être qu'à moitié satisfaite.

La société, spécialisée dans le traitement de batteries devra bien indemniser des familles de victimes, dont les enfants sont atteints de saturnisme. Au total, l'entreprise devra verser 120 000 euros de dommages.

Mais « seules les plaintes de six familles ont été déclarées recevables. Quant aux treize parties civiles (familles et associations) déclarées irrecevables, pas un mot d’explication n’apparait pour elles dans le jugement, quelle que soit la gravité des préjudices qu’elles ont subis, y compris un cancer rénal infantile fulgurant. Nous regrettons que la Cour n’ait pas étendu l’indemnisation à l’ensemble des riverains, qui ont pourtant été exposés aux métaux lourds durant toutes ces années et de ce fait ont subi un grave préjudice », déplore Denise Schneider.

Des années de lutte pour la vérité

Depuis plus de 10 ans, cette habitante de Bourg-Fidèle a entamé un bras de fer contre l'entreprise pollueuse. Dans la salle à manger de sa coquette maison les dossiers s’entassent: expertises médicales, pétitions, rapport de la Ddass, analyses de l’Inserm, arrêtés préfectoraux...

Les conclusions sont toutes terrifiantes: des poussières récoltées en face de l’usine présentent un taux en plomb 12 fois supérieur au seuil admis. Un rapport de gendarmerie indique que l’eau prélevée dans un bassin jouxtant l’usine et s’écoulant dans la nature contient du plomb (taux 25 fois supérieur à la norme), du cadmium (16 fois), mais aussi du nickel, du cuivre, du zinc ou encore de l’arsenic.

Au bilan, du bétail qui décède après une lente agonie, des légumes des potagers devenus impropres à la consommation et surtout des enfants atteints de saturnisme. A Bourg-Fidèle, les faits sont là.

En 1999, Jean-Louis Bourson, alors Pdg de Métal-Blanc est mis en examen pour mise en danger de la vie d’autrui, administrations de substances nuisibles ou toxiques. De procès reportés en procédures avortées, l'affaire Bourg-Fidèle semble s'enliser.

Les 577 000 euros de dommages-intérêts pour lesquels l'entreprise avait été condamnée par un jugement de 2005 avaient été annulés en novembre 2006 par la cour d’appel de Reims.

Du côté des victimes, le sentiment d’abandon est total et l’impatience grandit. Jusqu'à ce 15 septembre dernier.

Pour Mme Schneider et les familles de victimes, l'espoir renait : « Cette condamnation est enfin la reconnaissance du délit de mise en danger de la vie d’autrui. Cela signifie que, comme nous l’affirmons depuis plus d’une décennie, une usine peut fonctionner en mettant des vies en danger, avec la bénédiction de l’administration, et des politiques. Notre lutte contre les ravages et les fléaux générés par de tels toxiques va donc continuer ».

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