jeudi 17 mai 2012
La part laissée aux complémentaires santé dans le remboursement des soins croît d’année en année. Impossible aujourd’hui de pouvoir se soigner correctement sans avoir de mutuelle. Or, avec la mise en place du Rsa activité, de nombreuses personnes sont passées juste au dessus des seuils nécessaires pour être bénéficiaires de la Cmu complémentaire.
Pour ceux qui perçoivent moins de 800 euros par mois, le coût d’une mutuelle peut atteindre 10 % du revenu disponible. Beaucoup doivent y renoncer. Dans le meilleur des cas, certains peuvent contracter une mutuelle mais avec une garantie basse et peu chère. Elles sont alors mal couvertes, doivent avancer les soins et s’endetter pour assumer le coût d’une hospitalisation longue ou de prestations non remboursées.
"Dans le même temps, nous constations que dans les entreprises, les salariés, eux, se regroupaient pour négocier des contrats avantageux avec des organismes complémentaires. Pourquoi ne pas imaginer un même système en regroupant ceux qui, trop précaires pour souscrire une mutuelle, se retrouvaient exclus des soins ?" explique Huguette Boissonnat Pelsy, responsable du Pôle santé chez ATD quart-Monde.
C’est avec cette idée que le Réseau santé précarité de la ville de Nancy, la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale de Lorraine (Fnars), les responsables Atd Quart-monde et les personnes qu’ils soutiennent se sont mis autour d’une table pour définir leurs besoins en matière de complémentaire.
Première étape : définir un panier de soins
"Nous avons réfléchi à un panier de soins. La première demande que les familles nous ont faîtes était de pouvoir être enterrée décemment. On en parle rarement mais pour de nombreux foyers, les frais d’obsèques sont souvent une des causes du surendettement". Deuxième souhait : pouvoir être seul dans une chambre en cas d’hospitalisation. "Les familles du quart-monde ont souvent l’impression de gêner dans le système hospitalier et plus encore quand elles doivent partager leur chambre avec quelqu’un qui n’est pas du même milieu qu’elles".
Ensuite, seulement venaient des revendications pour une prise en charge des soins dentaires ou optiques. "Bizarrement pour les familles pauvres, ce n’étaient pas une priorité. Beaucoup d’entre elles, ont intégré le fait que l’ophtalmo et le dentiste, tout simplement on n’y va pas. Donc on n’y pense même plus. Quant au généraliste, avec le forfait de 1 euro sur chaque consultation, les personnes précaires ne peuvent y aller que jusqu’au 5 du mois".
Des tarifs à partir de 30 euros
Une fois élaboré le panier de soins élaboré, comprenant une garantie obsèques, supplément chambre individuelle, une prise en charge du ticket modérateur, un forfait optique, dentaire, tiers-payant.... Les partenaires se sont attachés à définir ce que les familles pouvaient payer. "Les personnes démunies ne sont pas opposées à participer financièrement à une complémentaire santé. Au contraire, c’est souvent l’une de leur revendication. Mais elles ne peuvent le faire qu’à la hauteur de leurs revenus".
Le montant est fixé sur la base d’une cotisation de 30 euros par mois et 50 euros pour les personnes âgées. Reste à trouver un organisme complémentaire qui accepte de jouer le jeu. Les compagnies d’assurance vont se déclarer peu intéressées par le projet mais une mutuelle, la Mucin de Lorraine (Mutualité française) dit banco et s’empare du projet avec détermination.
La Mutuelle Réseau regroupe bientôt une cinquantaine de personnes, "essentiellement des jeunes. Mais nous pensons à terme pouvoir atteindre les 2000 adhérents". Soutenue par le Fonds Cmu, cette expérience innovante pourrait être modélisée et apporter une réponse partielle à la question des inégalités d’accès aux soins.
[22.09.11]
Anne-Marie Thomazeau
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