mercredi 8 février 2012
Mauvaise nouvelle : les adolescentes vont mal. En dix ans, leurs tentatives de suicide n’ont cessé d’augmenter. En 1993, les 12-13 ans étaient 4 % à vouloir mettre fin à leurs jours, elles sont aujourd’hui le double. Que se passe-t-il donc ? Difficile de le savoir : si les filles ont toujours fait plus de tentatives de suicide que les garçons, le phénomène chez les préadolescentes est totalement nouveau. « On a lié, à tort, le suicide à l’adolescence en pensant qu’il n’y en avait pas plus tôt et, finalement, on n’a pas étudié le problème », explique Marie Choquet, directrice de recherches à l’Inserm.
Cependant, la chercheuse avance quelques pistes : « Je pense qu’un des déterminants importants du suicide des filles est lié aux violences sexuelles qu’elles subissent et qui, curieusement, ont augmenté dans les mêmes proportions que les passages à l’acte suicidaire. Peut-être aussi que les filles ont été les grandes oubliées de la prévention. Pour toutes les conduites à risques, les messages s’adressent surtout aux garçons.
Par ailleurs, les filles sont moins bien intégrées professionnellement que les garçons, alors qu’elles ont de meilleurs résultats scolaires. Cela a peut-être une répercussion sur elles à travers leurs mères ? » Autre gros souci : la famille. Il semble que, d’une manière générale, les filles s’entendent moins bien que leurs frères avec leur père et leur mère. « Soit les parents portent une plus grande attention à leurs fils, soit les filles vivent plus douloureusement les conflits familiaux que les garçons », note Marie Choquet.
Les adolescents ne vont guère mieux. Ils manifestent simplement leur mal-être autrement, notamment par la violence et la consommation de cannabis, pratiques qui, elles, sont en augmentation. Et quand ils décident de se tuer, les moyens sont plus radicaux que ceux utilisés par les filles ; ils se ratent donc moins souvent qu’elles.
Mais de quoi souffrent ces adolescents qui commettent parfois l’irréparable ? Une récente enquête de Marie Choquet sur les jeunes suicidants montre qu’ils ont globalement les mêmes activités que leurs copains, qu’ils sont bien entourés, mais qu’en revanche ils ont plus souvent des problèmes avec l’école et le milieu familial. Ainsi, 61 % d’entre eux trouvent que la vie à la maison est tendue, 44 % qu’elle est désagréable et 37 % carrément à fuir.
Selon une enquête Ipsos de décembre 2003, plus de 47 % des 13-17 ans estiment même que, en cas de problème grave, il leur serait difficile d’en parler à leurs parents. « Leur devenir les inquiète et ils n’arrivent pas à se situer par rapport aux adultes alors qu’ils sont en quête d’identité, souligne un psychiatre brestois. Les parents ne parviennent plus à fixer des limites. Quand ils le font c’est tout juste s’ils ne sont pas taxés de maltraitance. Or, ce qui aide un enfant, c’est qu’on lui dise non, pas oui. Oui, c’est le développement de l’angoisse. » Matures en apparence, les jeunes ne le seraient pas tant que ça, finalement. Du moins affectivement.
Et ça, les adultes ne l’ont peut-être pas bien compris. Ou bien sont-ils perdus, eux aussi ? Toujours est-il qu’ils ont leur part de responsabilité : après une tentative de suicide, le risque de récidive est trois plus élevé chez les jeunes qui trouvent leurs parents indifférents et cinq fois plus élevé chez ceux qui les jugent hostiles.
Voir également : L’adolescence est-elle une maladie ?
Des lieux ouverts pour redonner la joie de vivre
Pourquoi nos ados vont mal ?
[21.12.04]
Brigitte Bègue
Avec la création de la Sécurité sociale, en 1945, nous nous sommes dotés d’un système de protection sociale à vocation universelle. Mais aujourd’hui, de nombreux Français ne peuvent plus se soigner. Les raisons sont financières, mais pas seulement. (...) [01.02.12] • Réagir
Ouverture de l’espace santé jeunes à La Ciotat« Vous avez des questions, des doutes, des galères ? Des professionnels sont à votre écoute et (...) [01.02.12]
Illettrisme : la lutte des classesPlus de 3 millions de personnes en France ne savent ni lire ni écrire, bien qu’elles aient été (...) [01.02.12]
Bernard Kreitmann : l’indignationBernard Kreitmann, cinquante-quatre ans, est chirurgien thoracique et cardio-vasculaire à (...) [01.02.12]

Des propositions concrètes pour améliorer la formation des jeunes handicapésLa Fnaseph va remettre aux candidats à la présidentielle et au président de la République une (...) [26.01.12]

"Souscrire à une mutuelle étudiante devient un luxe""Nous serons attentifs à ce que la santé et surtout celle des étudiants soit un sujet de débat (...) [23.01.12]