De quoi serons-nous malades demain ?
Au travail, à l’école, au lit… bientôt, tous dopés !
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Le dopage ne date pas d’hier, mais, société de la performance oblige, il se banalise. Aujourd’hui, on se dope pour pallier une panne sexuelle,
demain, on se dopera pour ne plus dormir et être opérationnel non-stop...
Il n’y a pas que les sportifs qui se dopent. On prévoit même que, en 2025, 56 % des ménages auront dans leur pharmacie au moins un produit « permettant d’améliorer les performances physiques ou intellectuelles* ». Aujourd’hui, déjà, la tendance au dopage se généralise. En France, 1 garçon de 18 ans sur 5 et 1 fille sur 3 consomment un produit pour améliorer leurs résultats scolaires. Et pour lutter contre la fatigue et le stress, un cinquième des jeunes de 17 ans prennent des « médocs pour les nerfs ».
Une étude menée en 2004 par l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie sur 2 000 travailleurs français montre que 1 personne sur 5 a recours à un produit dopant pour être en forme au travail, et 1 sur 6 pour se détendre après le travail !
Les Français sont aussi les plus gros consommateurs européens de psychotropes : 9 % prennent régulièrement un somnifère ou un tranquillisant. Comme si, dans cette société de la performance où il faut être toujours plus efficace, plus en forme, plus jeune, plus heureux, où il faut avoir une vie sexuelle active et épanouie, une mémoire optimale, tenir coûte que coûte, voire repousser ses limites, devenait une nécessité…
Des seniors plus actifs et des enfants plus calmes
La recherche et l’industrie pharmaceutique l’ont bien compris et inondent le marché de pilules à tout faire. Internet facilite l’accès à toutes sortes de médicaments, autorisés ou non. En dix ans, plus de 30 millions d’hommes à travers le monde ont eu recours au Viagra, la fameuse pilule bleue qui permet d’améliorer les érections des patients traités pour impuissance.
Les enfants aussi sont devenus la cible privilégiée des laboratoires pharmaceutiques. Après la génération Prozac, la génération Ritaline. Depuis 1995, ce médicament, réputé assagir les enfants dits hyper-actifs, a fait son entrée en France. Apparenté aux amphétamines, il augmente la vigilance, donne un sentiment de bien-être et de puissance et diminue l’impulsivité.
Vitamines à gogo
Et demain ? Les prescriptions d’antidépresseurs seront mieux contrôlées, car selon l’assurance-maladie 1 ordonnance sur 5 ne serait pas justifiée, mais d’autres molécules de la performance vont envahir le marché. Ça a déjà commencé. Commercialisée en France sous le nom de Modiodal et aux Etats-Unis sous celui de Provigil, la molécule anti-sommeil modafinil est un succès : ses ventes ont fait gagner 575 millions de dollars à la firme américaine Cephalon en 2005.
Autres dopants en vogue : les boissons énergisantes (Red Bull, Powerade…), très prisées par les jeunes ; les compléments alimentaires, consommés régulièrement par près de 12 % des adultes. U
n petit dernier vient de sortir : le complément alimentaire de la « récupération » à base de probiotiques. « Il s’adresse à ceux qui veulent récupérer vite après une maladie et être opérationnels rapidement au travail », avance-t-on au service communication du laboratoire. Même plus le temps d’être malade !
[02.11.09]
Céline Lutz
* Médecine, objectif 2035 : ces innovations
qui vont changer notre vie, sous la direction de Paul Benkimoun, éd. de l’Archipel, 24,95 €.