Toulouse
Azf : l’enquête sur la santé des victimes présenté au tribunal
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« Pour certaines victimes, l‘explosion de l’usine Azf représente une double peine ». Le professeur Thierry Lang, chargé du suivi épidémiologique des victimes de la catastrophe à l’Institut national de veille sanitaire (Invs), fait allusion aux habitants des quartiers dévastés et en premier lieu à ceux du Mirail, là où le taux de chômage était presque trois fois plus élevé que la moyenne toulousaine (13 % contre 5 %).
« A exposition égale, le stress post traumatique était plus marqué quand la personne était fragile, notamment pour des raisons socio-économiques. Les ouvriers, les employés, les personnes nées à l’étranger ont été les plus touchés ».
Le Pr Lang, venu témoigner au procès ce jeudi 5 mars, fait allusion aux conséquences sur la santé mentale du stress post-traumatique. Les troubles psychologiques sont en effet, avec les troubles de l’audition, ceux que l’on observe de façon durable dans le temps.
L’étude sur les conséquences sanitaires de l’explosion]]
Pour la première fois en France, un dispositif complet d’évaluation épidémiologique des conséquences sanitaires d’une catastrophe a été mis en place, dès le lendemain de la catastrophe, par l’Invs, la Cellule interrégionale d’épidémiologie Midi-Pyrénées et de nombreux partenaires*.
Deux groupes de populations en particulier sont suivies à moyen et long terme. L’un, dite « cohorte Azf » est composé des sauveteurs et travailleurs des nombreuses entreprises avoisinantes (2 500 personnes volontaires), l’autre des enfants et adolescents qui fréquentaient les établissements scolaires de la zone sinistrée.
Strss, dépression, troubles auditifs
Quatre ans après l’explosion – les derniers résultats sont attendus pour fin 2009 - 15 % des hommes et 22 % des femmes de la Cohorte AZF souffraient toujours d’un syndrome de stress post-traumatique.
Par ailleurs, 34 % des hommes et 50 % des femmes rapportaient des épisodes dépressifs. Ces prévalences sont plus importantes chez les ouvriers et artisans-commerçants que chez les cadres.
S’agissant des troubles auditifs, les résultats montrent l’importance des acouphènes et de l’hyperacousie.
Chez les enfants aussi, l’étude a révélé la persistance du traumatisme : un an et demi après, près de la moitié des parents résidant à proximité ont déclaré que leurs enfants avaient un comportement plus craintif ou des problèmes d’endormissement. Seize mois après, 21 % des élèves de sixième de la zone proche ont déclaré des symptômes dépressifs.
Plus globalement, un pic de prise de traitements psychotropes a été enregistré chez des personnes qui n’en avaient jamais pris auparavant. Dans les semaines qui ont suivi, environ 5 600 personnes ont consulté pour des symptômes de un stress aigu.
Par ailleurs, l’Invs a recensé une quinzaine d’infarctus du myocarde dans les cinq jours suivants, soit trois fois plus qu’en temps normal.
Interrogé par Maître Christophe Léguevaques sur l’augmentation du nombre de décès l’année qui a suivi la catastrophe, Thierry Lang s’est refusé à faire le lien, expliquant que la variabilité de la mortalité n’a rien d’exceptionnel.
[08.03.09]
Karine Pollet
* Direction régionale des affaires sanitaires et sociales de Midi-Pyrénées, CHU de Toulouse, Cpam de Haute-Garonne, Inspection d’Académie etc.
Du côté des assureurs...
Présente à l’audience du 5 mars, Madame Gout-Ménard, représentant la compagnie d’assurance qui a géré les indemnisations pour le compte de Total, dans le cadre du comité de suivi, a fait état de 16 800 personnes ayant subi un « préjudice physiologique ».
Elle a reconnu que des indemnisations avaient été versées à des familles pour trois décès « partiellement imputables » à la catastrophe, au vu des expertises médicales, en plus des 31 du bilan officiel. Ce qui a laissé sceptique une avocate de parties civiles, convaincue que ce chiffre des décès consécutifs est sous-estimé.
S’agissant du « préjudice spécifique » reconnu en 2003 aux victimes d’Azf, permettant de sortir des barêmes d’indemnisation habituels compte tenu de l’aspect collectif du drame, Maître Teissonnière a affirmé qu’il avait été obtenu de haute lutte. « Dans un premier temps, les assureurs de Total ont refusé d’inclure ce préjudice. Ils ont agi sous la pression judiciaire, après des procédures en référé ». Ce que Madame Gout-Ménard a refusé d’admettre.