samedi 4 février 2012
« On ne peut pas vivre en pleine santé sur une planète malade. Nous allons tenter d’instaurer la transparence et la démocratie sanitaire en jouant un peu le rôle de lanceurs d’alerte », déclare Serge Oru, directeur du WWF. Ambitieux programme pour le Réseau Environnement Santé (Res), lancé le 3 mars, avec le soutien d’ONG (voir encadré), de professionnels de santé et d’associations de malades.
Au sommaire de la première campagne : le Bisphénol A, une substance chimique utilisée dans la composition de certaines matières plastiques et que l’on retrouve dans les biberons, les conserves, les cannettes, les récipients pour micro-ondes, les fontaines à eau...
« Nous demandons l’interdiction du Bisphénol A dans les plastiques alimentaires, affirme André Cicolella, porte-parole du réseau. C’est un perturbateur endocrinien qui modifie le fonctionnement du système hormonal et de nombreux travaux scientifiques montrent qu’il pourrait être impliqué dans le cancer du sein, de la prostate, des testicules et dans les problèmes d’infertilité. C’est également un génotoxique qui pourrait intervenir dans les troubles du comportement, notamment l’hyperactivité ».
Des dosages urinaires réalisés aux Etats-Unis sur 2 500 personnes indiquent que 93 % de la population est imprégnée, les enfants encore plus que les adultes. On trouve le Bisphénol A dans le lait des femmes, le sang, la salive, le liquide amiotique.
Plus l’imprégnation de l’organisme est forte, plus le taux de maladies cardiovasculaires, de diabète et de troubles hépatiques est élevé. Mais ce sont les jeunes enfants qui sont les plus exposés. En effet, 90 % des biberons en plastique contiennent du Bisphénol A. Or, on sait que sous l’effet de la chaleur, ce toxique migre dans le lait ou les aliments contenus dans le biberon.
Interdit au Canada mais sans risque en Europe ?
Par précaution et en s’appuyant sur le Programme national de toxicologie des Etats-Unis, en octobre 2008, le Canada a interdit la commercialisation des biberons contenant du Bisphénol A.
Ici, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (Efsa) affirment qu’en dessous du seuil de sécurité fixé, il n’y a pas de risques.
Pourtant, des études ont montré que, même à très faibles doses, les perturbateurs endocriniens pouvaient avoir des répercussions sur la santé et ce d’autant plus que nous ne sommes jamais exposés à un seul produit mais à plusieurs.
« En maintenant des normes de sécurité obsolètes, les agences sanitaires qui sont là pour protéger la population, ne jouent pas leur rôle, souligne André Cicolella. Elles n’assurent pas non plus leur mission d’expertise puisqu’elles écartent systématiquement de leur évaluation toutes les études contradictoires sous prétexte de faiblesse méthodologique ».
Une pétition pour l’interdiction du Bisphénol A
Dans les mois qui viennent, une campagne de biomonitoring destinée à mesurer le Bisphénol A dans les urines des femmes enceintes va être lancée via les médecins généralistes.
Par ailleurs, le Res fait circuler une pétition sur son site demandant l’interdiction du Bisphénol A au ministre de la Santé.
En attendant, si vous voulez savoir si vos plastiques alimentaires contiennent du Bisphénol A, regardez s’ils portent le n° 7 dans un petit triangle, c’est le code de recyclage qui les identifie. Et pour les parents inquiets, sachez que de plus en plus de biberons en plastique sans Bisphénol A sont mis vendus et que les biberons en verre reviennent au goût du jour...
[04.03.09]
Brigitte Bègue
Voir le site du réseau :
www.reseau-environnement-sante.fr
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