jeudi 9 février 2012
Les mutuelles de cheminots s’engagent aux côtés des associations de défense des victimes de l’amiante (qu’elles ont quelquefois contribué à créer) pour les soutenir dans leur combat. Rencontre avec des mutualistes cheminots qui se sont investis dans les luttes à Bordeaux, Dijon, Nevers, Marseille et Nantes.
René Boulet était déjà à la retraite lorsqu’un examen radiologique puis un scanner ont révélé des taches noires sur ses poumons. Jusque-là, René Boulet, même s’il éprouvait quelques difficultés à respirer, ne soupçonnait pas qu’il avait un grave problème de santé.
A partir de 1969, ce cheminot bordelais a travaillé pendant trente-trois ans à l’atelier de chaudronnerie. Sa tâche consistait à démonter et réparer les autorails : « Il y avait de l’amiante dans les cloisons, les plafonds, les peintures. Les planchers étaient floqués, les tuyauteries isolées par des bandelettes d’amiante. Nous respirions des fibres invisibles sans le savoir et sans en connaître le danger. Nous avons eu des masques à partir de 1987, mais ils n’étaient pas efficaces. »
Faute de traitement contre les plaques pleurales, René Boulet ne peut bénéficier que d’un suivi médical - examen avec scanner tous les trois ans - et doit réduire ses activités physiques : « Je fais du vélo... lentement. »
Sa souffrance est aussi morale : « Je vis avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je vois des copains de l’atelier décéder. »
« On pensait à une allergie »
Parmi eux, François Sanchez. Il a travaillé dans les mêmes ateliers, a respiré le même amiante. Parfois, il vomissait. « On pensait que c’était une allergie », raconte son épouse, Sylvette. François, qui a pris sa retraite en 1989, s’est senti fatigué à partir de 1997. En juillet 2002, épuisé, il passe une radio des poumons. Le diagnostic tombe : c’est un cancer de la plèvre, un mésothéliome. Après plusieurs mois de souffrances, François Sanchez s’éteint, le 16 mars 2003, à l’âge de soixante-huit ans.
Pour faire reconnaître leurs droits, des cheminots malades de l’amiante et leurs familles se sont regroupés dans Allô amiante, une association créée en partenariat avec la Mutuelle Aquitaine-Poitou-Charentes.
René Boulet est le cofondateur de l’association Allô-amiante, ouverte aussi aux non-cheminots. Il a fait reconnaître la « faute inexcusable de l’employeur » et obtenu 38 000 euros d’indemnisation.
« J’en veux à la Sncf et à la médecine du travail. Elles ne pouvaient ignorer les dangers de l’amiante », dit-il. Sylvette Sanchez, adhérente d’Allô amiante, attend l’évaluation du préjudice subi par son mari. « Y a-t-il pire préjudice que le décès ? Je demande des indemnisations pour que l’employeur soit plus respectueux de la vie des ouvriers », déclare-t-elle.
[03.02.06]
Bruno Vincens
Voir aussi :
En Bourgogne, avec le Caper
« Aider les victimes à constituer leur dossier »
Nantes : la mutuelle en bloc avec l’Addeva
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