samedi 4 février 2012
« Un solvant sans risque, ça n’existe pas ». C’est ce qu’a rappelé Pierre Abécassis, médecin-inspecteur régional à la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi), nouvelle appellation des directions du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle. La caisse régionale d’assurance-maladie (Cram) de Bourgogne-Franche-Comté a en effet organisé à Dijon, le 29 avril, un colloque sur les solvants et les risques qu’ils engendrent.
Cumulant risques écologiques (ils sont dommageables pour la faune, la flore, l’eau, le sol et l’air), risques physico-chimiques (incendie, explosion) et risques toxiques (touchant la santé des travailleurs mais aussi de leur entourage ou des populations jouxtant les entreprises), les solvants représentent de vastes catégories de produits et substances*, employés dans nombre d’activités humaines, chez les particuliers et, surtout, dans les entreprises.
On estime à environ 15 millions de tonnes, la quantité de solvants produite chaque année dans le monde. 15% des salariés y seraient exposés en France, notamment dans l’industrie et la construction.
Le nombre de personnes exposées a augmenté assez notablement entre 1994 et 2003 (chiffres enquête Sumer de 2003). Or, le nombre de maladies professionnelles qui leur seraient imputables demeure ridiculement bas : quelques dizaines par an.
Des allergies aux cancers, des risques multiples sur la santé
Des allergies aux cancers (notamment celui de la vessie), en passant par les atteintes du naso-pharynx, des affections cutanées (eczémas, ulcérations, brûlures), des atteintes des muqueuses – tant oculaires que digestives selon le mode de pénétration du solvant –, ou bien des maladies pouvant toucher le cœur, le sang, les organes de reproduction ou encore le cerveau et le système nerveux : la panoplie des affections pouvant être liées à une exposition à un – ou des – solvant(s) est très large.
Mais les bonnes pratiques dans les entreprises, pour limiter ces risques sur la santé, restent elles, embryonnaires. La substitution des solvants les plus toxiques se pratique, notamment dans les entreprises de peinture, mais elle n’est pas à la hauteur de ce que l’on serait en droit d’attendre.
La Bourgogne-Franche-Comté élabore, depuis le début des années 2000, un guide de bonnes pratiques pour le choix et l’utilisation des solvants et des produits en contenant. Une démarche qui a nécessité la collaboration de départements universitaires.
L’édition 2010 du guide, mis à jour régulièrement, a aussi vu le partenariat des Cram Alsace-Moselle et Nord-Est. Elle a été présentée lors de ce colloque.
Une initiative dont s’est félicité le représentant de la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) au colloque dijonnais, observant : « Il serait bien que cette problématique solvants soit portée nationalement, un peu partout. »
A lire aussi :
Les francs-tireurs des maladies professionnelles liées aux solvants
[06.05.10]
Anne-Marie Boulet
* Grandes familles de solvants : les hydrocarbures, les alcools, les cétones, les éthers et esters, les éthers de glycol, les solvants halogénés, les solvants chlorés, les substances bromées....
Lire : Un site pour aider à la substitution des substances cancérogènes.
On peut aussi se référer à l’ouvrage collectif rédigé sous la direction de Michel Héry : Cancers de la vessie et risques professionnels. Eédité par l’Inrs, dans la collection Avis d’Experts. Prix : 42 €.
Voir site www.edpsciences.org
Sur les solvants, un dossier de référence élaboré par l’Inrs est téléchargeable sur le site www.inrs.fr
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