Social / Protection de l’enfance

Briser les non-dits sur la pédophilie

Des associations se sont fédérées pour combattre l’inertie de la police, de la justice et des hommes politiques. A Metz, Troyes, Châlons ou Paris, le mot d’ordre est le même : « Osons agir ! »

« Pourquoi, en 2004, en France, la pédophilie reste-t-elle un problème de société non résolu ? Pourquoi les dossiers sont-ils classés sans suite ? Pourquoi est-il si difficile d’y avoir accès ? Pourquoi, depuis dix ans, une centaine d’entre eux moisissent-ils au fond des placards des juges ? » Samia Djamaa cache difficilement sa colère. Pour la présidente de la fédération Osons agir et de l’association messine Entre nous, les réponses sont évidentes. « L’enfance maltraitée est un business. Il y a trop de personnes à protéger pour que l’on ose s’attaquer au problème... En France, on est capable de lutter contre le sida, le cancer, les accidents de la route, mais pour nos enfants, rien n’est fait ! »
Alors qu’en Belgique le procès Dutroux est en cours, il est vraisemblable que sera mise en lumière l’existence de réseaux pédophiles à grande échelle. « En France, quand ça touche un boulanger ou un curé, l’affaire est dénoncée et jugée, mais quand il s’agit d’un homme politique ou d’un magistrat... », lance avec dégoût Philippe Glorioso, porte-parole de Chasseurs d’enfants.com, un collectif d’artistes qui a fait de la lutte contre la pédophilie son cheval de bataille.
En ce début d’année, les associations de lutte contre la pédophilie, comme Miesgui à Châlons-en-Champagne ou Entre nous à Metz, ont décidé d’agir, de dire la vérité, de crier bien fort le slogan « Touche pas à mon corps ». « Nous voulons fédérer au niveau national toutes les personnes qui ne veulent plus de ce silence. Avoir un poids pour informer, sensibiliser dans l’ensemble des régions, être entendus par les députés, les sénateurs, les conseillers généraux, les maires... Nous voulons travailler en collaboration avec la police et la justice, et non plus en parallèle. Avec la fédération Osons agir, nous voulons mettre en place un outil qui fonctionne », poursuit Dolorès Passemart, de l’association Miesgui.

Les textes de loi sont là, il faut les appliquer
Pourtant, les acteurs d’Osons agir sont formels : les textes de loi français pour lutter contre la pédocriminalité sont efficaces. Malheureusement, ils ne sont pas appliqués. « Les plaintes ne sont pas reçues, les agresseurs restent en liberté, et, quand ils sont jugés, les peines sont toujours inférieures à ce que prévoit le Code pénal, déplore avec amertume Samia Djamaa. Nous voulons que les entretiens avec les enfants agressés soient filmés, que les expertises médicales soient ordonnées dès le dépôt de la plainte, que les expertises psychologiques soient faites par des professionnels neutres et impartiaux, que les procureurs cessent de classer les premières plaintes au motif que l’infraction est insuffisamment caractérisée et, pour les cas d’inceste, nous réclamons que soit observé le principe de précaution qui oblige, dès la première plainte, l’agresseur à quitter le foyer parental. »
La liste n’est pas exhaustive, et le combat d’Osons agir, parrainé par l’acteur Bruno Solo, s’annonce semé d’embûches. « Nous n’avons pas de subventions, et les pressions vont continuer, mais, aujourd’hui, il est temps de se mobiliser, d’agir, pour briser le silence, assure, déterminée, Samia Djamaa. Et si rien ne bouge, nous ferons un procès à l’Etat français pour non-assistance à personne en danger ! »

 

-  [11.03.04]   Christophe Manquillet

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