lundi 21 mai 2012
Le premier procès intenté en Belgique par des "victimes environnementales" contre Eternit, le géant de l’amiante, a eu lieu lundi à Bruxelles. Il concerne des victimes d’une même famille : l’une travaillant chez Eternit, les autres vivant à proximité d’un site industriel, dans un environnement complètement pollué.
Il a grandi à 300 mètres des usines Eternit de Kapelle-op-den-Bos, à 40 kilomètres au nord de Bruxelles. Eric Jonckheere et sa famille – ses parents et ses quatre frères – ont payé un très lourd tribut à l’amiante.
Le père, Pierre, ingénieur chez Eternit, décède en 1987 d’un mésothéliome, cancer de la plèvre typique des expositions à l’amiante. Il avait 57 ans. La mère, Françoise, découvre en 1999 qu’elle est atteinte de la même maladie, sans avoir jamais travaillé pour Eternit. Voyant poindre le danger sur ses enfants, elle fait subir des examens à ses cinq fils : les poumons de tous les cinq sont bourrés d’amiante.
« Les experts seront effarés par les quantités d’amiante ingérées par nous, les enfants », raconte Eric venu témoigner en décembre 2008, à Strasbourg, lors de la rencontre européenne autour de l’amiante, co-organisée par Mutuelles Santé Plus et Viva. Mais on sait que les enfants sont particulièrement réceptifs à ce cancérogène. « A l’arrière de notre jardin, se souvient encore Eric, s’était constituée une vaste décharge. C’était pour nous un immense terrain de jeu. »
Le combat d’une mère
C’est Françoise qui, la première dans son pays, intentera une action en responsabilité civile contre Eternit. Le groupe tente d’acheter son silence en lui proposant une indemnité de 42 000 euros, à condition qu’elle renonce à toute action en justice. Françoise refuse et entame les démarches.
La mère d’Eric décède malheureusement assez vite, en 2000. Puis deux de ses frères meurent à leur tour en 2003, puis 2007. Les trois autres – Eric, Xavier et Benoît – reprennent le flambeau et poursuivent l’action en justice. Avant de mourir, Françoise avait créé l’Association belge des victimes de l’amiante (Abeva). Parallèlement, au début des années 2000 (en 2002), un Fonds pour indemniser les victimes de l’amiante (Fiva) est créé en Belgique. Interdit partiellement en 1998, l’amiante le sera totalement, chez nos voisins belges, en 2001.
Eric raconte encore : “L’un de mes frères décédés touchait une pension de 1 500 euros. En échange, encore une fois, de renoncement à toute action judiciaire. Le débat public sur les ravages de l’amiante a toujours été éludé chez nous. Pourtant, estime le président de l’Abeva, c’est sûrement en Belgique que la consommation d’amiante par habitant a été, à une époque, la plus élevée au monde.”
Les victimes environnementales sont nombreuses, “et le suivi post-professionnel peu actif, en Belgique”, témoigne encore Eric Jonckheere qui se demande : “Qu’attend-t-on pour développer les recherches sur le mésothéliome ?”
Déni local mais urgence pour la planète
Lundi, devant le tribunal de Bruxelles, le portrait de Françoise Jonckheere était présent sur les banderoles et affiches de l’association. Cette dernière estime qu’au moins 800 personnes meurent de la fibre cancérogène, chaque année, en Belgique.
La veille du procès, l’Abeva a diffusé, lors d’une conférence, le documentaire présenté lors du procès de Turin, Poussière mortelle, cri d’alarme des victimes de l’amiante de Casale-Monferrato, en Italie. Car, pour l’association belge, si le “déni est local, l’urgence est globale”, dans le monde.
Le rendu du jugement de ce premier procès en Belgique est attendu pour le 28 novembre.
[26.10.11]
Anne-Marie Boulet
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