mardi 7 février 2012
Pr Louis Lejonc, ex-directeur du service de gériatrie à l’hôpital Albert-Chenevier de Créteil (Val-de-Marne),
Pourquoi avoir démissionné ?
Jusqu’à présent, à l’AP-HP, il suffisait que les quelques collègues proches du pouvoir se rendent à l’Elysée et à Matignon pour régler les problèmes. Cela ne fonctionne plus. C’est Bercy qui commande.
Le budget de l’hôpital dépendant de l’activité, chaque année on nous dit qu’il faut augmenter l’activité pour augmenter les recettes. En même temps, il faut réduire les dépenses, c’est-à-dire diminuer la masse salariale.
Dans l’ensemble du département de gériatrie nous avons 69 lits ouverts, et il faudrait 28 infirmières. Nous en avons 18,5. A cause du manque de personnel, on me demandait de muter de manière inique et arbitraire des infirmières d’un service à l’autre. Je m’y refuse.
Je suis opposé à cette logique purement comptable, qui ne prend pas en compte les objectifs médicaux et la qualité des soins.
La gériatrie n’est pas rentable ?
Avec la tarification à l’activité, ce qui compte c’est l’acte technique, facile à codifier, pas l’acte intellectuel, ni l’acte de soin. Les spécialités et affections qui exigent de passer du temps avec le patient ne sont pas rentables. Ce sont celles que l’hôpital public réalise en priorité.
Cette logique fait donc l’affaire du privé lucratif ?
A terme, le but est de faire converger public et privé vers les mêmes règles, les mêmes modalités de financement. Mais nous n’avons pas les mêmes contraintes.
Quand le malade n’est pas rentable, la clinique privée me l’envoie à l’hôpital. Moi, je reçois les urgences et je les prends sans m’occuper de savoir si la personne peut payer ou pas, si elle a une mutuelle ou pas, si elle dépend de l’aide sociale ou pas.
On va vers un système où l’hôpital public, qui reçoit les plus pauvres, s’appauvrira tandis que les cliniques privées lucratives gagneront de l’argent.
[01.03.10]
Maïté Pinero
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