jeudi 9 février 2012
Depuis fin janvier, à Pau, à l’appel du Réseau éducation sans frontières (Resf), la communauté universitaire est passée dans l’illégalité. 330 enseignants et administratifs ont signé un engagement à héberger Sitti Youssouf et Liouize Ali, deux étudiantes comoriennes que le préfet veut expulser. Ces jeunes filles sont hébergées chaque jour dans une famille différente.
En les plaçant sous leur protection, les signataires de l’« Appel à désobéir au préfet de Pau » acceptent « les risques d’une action illégale mais légitime ».
Il existe ainsi des centaines d’écoles, de collèges, de lycées ou d’amphithéâtres où les professeurs et les parents d’élèves acceptent de se mettre hors la loi pour défendre un sans-papiers.
Le gouvernement n’hésite pas à utiliser l’arme lourde contre ces mobilisations. En février dernier, une militante de Resf Paris a été placée en garde à vue pendant plus de treize heures, et son appartement perquisitionné. Avant elle, en février 2009, une bénévole de Terre d’errance fut mise en garde à vue pour « flagrant délit d’aide aux personnes en situation irrégulière » – en fait pour avoir organisé des distributions de repas et de vêtements aux migrants de Calais. Des dizaines de procès contre des militants associatifs ou syndicaux, des élus... sont en cours.
En criminalisant ces actions, le gouvernement ne fait que renforcer les militants de la solidarité dans leur conviction du bien-fondé de leur action. Quand les lois sont injustes au point de punir la solidarité, il faut les changer. Le 8 avril 2009, dans une centaine de villes, des milliers de personnes se rassemblaient devant les tribunaux pour affirmer : « Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis. »
[03.05.10]
Maïté Pinero
/
Brigitte Bègue
Michèle, 44 ans, bénévole à Resf en région parisienne
Michèle est assistante d’éducation et mère de deux adolescentes. Depuis trois ans, elle est bénévole au Réseau éducation sans frontières (Resf)
à Romainville, en Seine-Saint-Denis.
« Des amis m’ont demandé de parrainer une famille algérienne sans papiers, j’ai accepté », dit-elle.
Depuis, elle aide à la scolarisation des enfants de sans-papiers,
ou empêche qu’une Oqtf (obligation de quitter le territoire français) n’arrive. « Il faut tenir la permanence, constituer des dossiers, contacter les écoles, les avocats, négocier avec la mairie, rédiger des courriers, téléphoner aux familles, organiser les manifs, écrire les slogans, monter une sono, composer les tracts, les distribuer, coller des affiches… », raconte-t-elle. Il faut aussi se battre contre la municipalité, qui refuse de scolariser les enfants en maternelle. Et lutter contre les profiteurs.
« Certains avocats demandent aux familles des sommes exorbitantes en liquide en leur faisant croire qu’ils vont faire avancer leurs dossiers », s’insurge Michèle.
Son souvenir le plus marquant : un étudiant chinois de dix-neuf ans, arrêté à Paris dans le restaurant familial. « Il est arrivé menotté au tribunal et est reparti avec un mois pour rentrer en Chine, où il n’a plus de famille. »
Heureusement, il y a parfois des dénouements encourageants : des enfants que le réseau scolarise, des familles régularisées.
S’il arrive à Michèle de se sentir utile, son engagement à ses yeux n’a rien d’extraordinaire. « J’ai le sentiment de faire ce que je dois faire, car je suis révoltée de la façon dont on traite les gens. C’est une façon de laisser un monde meilleur à mes enfants. »
A table ! Deux fois par jour, cet appel a rythmé la vie de nombreuses générations. Certes, le rituel déjeuner/dîner tous ensemble est moins fréquent, mais les Français sont toujours amateurs de bonne chère. Et le repas pris en famille ou entre amis (...) [01.02.11] • Réagir