lundi 21 mai 2012
Nettoyer les fesses de bébé avec des lingettes, le laver avec un gel et l’enduire de lait parfumé… Ces gestes tendres ne sont peut-être pas aussi anodins que l’imaginent les mamans.
A l’automne dernier, le Comité pour le développement durable en santé (C2DS) lançait l’alerte et demandait que les jolies boîtes remplies d’échantillons de cosmétiques offertes dans les maternités aux femmes qui viennent d’accoucher soient interdites. Motif ? Ils contiennent des substances toxiques – 8 à 15 dans un seul produit –, donc potentiellement dangereuses pour la santé des enfants.
Pour arriver à cette conclusion, le C2DS a analysé la composition des marques les plus connues : lingettes Pampers, crème Nivea Baby, fluide nettoyant Mustela, gel corps et cheveux Mixa Bébé, etc. « Certaines lingettes renferment six parabènes différents, qui sont des conservateurs puissants, souligne Olivier Toma, président du C2DS et directeur de la clinique Champeau à Béziers. Nous devons en informer les parents et les équipes soignantes. Le milieu hospitalier a une autre vocation que celle du marketing. »
Le C2DS n’est pas le seul à tirer la sonnette d’alarme. Anne-Corinne Zimmer, journaliste et auteure du premier livre d’investigation sur l’environnement chimique des enfants*, s’interroge elle aussi : « Le plus préoccupant concerne les perturbateurs endocriniens : ils interfèrent avec les récepteurs hormonaux et les glandes endocrines. Or un certain nombre de parabènes utilisés dans les cosmétiques font partie de cette famille. Des travaux sur les adultes ont montré que ces composants ne sont pas bien éliminés par l’organisme. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur les bébés, dont la peau est trois fois plus perméable que celle des adultes ? » Personne n’a la réponse. On sait seulement que, à long terme, les parabènes pourraient parfois avoir des effets délétères. Certains sont suspectés de favoriser l’apparition de tumeurs mammaires chez le rat, d’autres pourraient être nuisibles pour la reproduction.
Parmi les substances pointées du doigt figure aussi l’Edta, un agent capable de masquer la toxicité de certains composés et de fixer des métaux lourds comme le cadmium, le plomb, le mercure. Il est nocif pour les reins et la reproduction. Egalement visés : deux antioxydants résistants, le Bht et le Bha, dont un (le Bha) a été classé « cancérigène possible chez l’homme » en 1987 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Autre substance douteuse largement employée dans les cosmétiques pour nouveau-nés : le phénoxyéthanol, un éther de glycol qui permet une meilleure pénétration du produit mais considéré comme dangereux pour le système nerveux et le sang.
On pourrait se rassurer en pensant que les enfants ne sont exposés qu’à de faibles doses, mais, selon le toxicologue André Cicolella, « ce n’est pas la dose qui fait le poison, mais la répétition et la durée des expositions ». Autrement dit les effets combinés des crèmes ou gels-douche en tout genre utilisés chaque jour pendant des années sur un organisme en développement comme celui des enfants. Un « cocktail toxique » dont l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), chargée de la réglementation, n’a jusqu’ici pas tenu compte. L’affaire est néanmoins prise au sérieux. L’Afssaps promet, en effet, de « renforcer le contrôle du marché des produits cosmétiques destinés aux moins de 3 ans ».
Le ministère de la Santé a lui aussi annoncé des mesures. Ainsi, le risque lié à l’utilisation de cosmétiques pendant la grossesse et chez le jeune enfant va être réévalué, et une campagne d’information sera lancée par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). De son côté, l’Académie de médecine recommande de « développer une recherche appropriée et pertinente sur la résorption percutanée, le métabolisme, l’excrétion et la toxicité des ingrédients composant les cosmétiques pour jeunes enfants ». Et elle demande de limiter au minimum le nombre de substances qui entrent dans leur fabrication.
En attendant, que faire ? « Eviter tout ce qui n’est pas indispensable », conseille Elisabeth Robert-Gnansia, de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset). Laver son bébé à l’eau et au savon, par exemple, ou sinon, préférer les cosmétiques bio.
* Polluants chimiques, enfants en danger : les gestes qui sauvent, éditions de l’Atelier, 19 euros.
A noter : Afin de limiter l’exposition des femmes enceintes aux produits chimiques, Roselyne Bachelot envisage de faire apposer un logo sur certains produits cosmétiques qui en déconseillerait l’usage aux femmes enceintes, protégeant ainsi le fœtus. A bannir, notamment : les crèmes antivergetures.
[05.02.09]
Brigitte Bègue
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