lundi 21 mai 2012
Catherine Fleureau, cinquante-cinq ans, est médecin anesthésiste-réanimateur à l’hôpital Haut-Lévêque à Bordeaux.
Sa spécialité ne se décline pas au féminin, mais ça ne la dérange pas ! Elle a déjà suffisamment de convictions… Catherine Fleureau est profondément attachée au service public – jamais elle n’aurait envisagé de travailler dans le privé. Ainsi renvoie-t-elle un regard interrogateur quand on lui demande si elle exerce en secteur 1 ou 2 : sans dépassements d’honoraires, cela va de soi. “En tant que praticien hospitalier, il me semble que je suis déjà bien payée”, tranche-t-elle.
Baignée très tôt dans l’idéologie et la conscience politiques, fille de fonctionnaires syndiqués, Catherine Fleureau ne se sent pas atypique, loin s’en faut : “Dans les services de réa et de chirurgie viscérale, pas ou très peu de praticiens hospitaliers ont une activité privée. J’estime que, pour une même maladie, il y a deux approches, voire deux métiers différents selon qu’on l’exerce à l’hôpital ou en clinique. Cela dit, les affections lourdes, qui coûtent cher, sont soignées à l’hôpital ! ”
Le décor est planté. Pas étonnant que bon nombre de ses pairs adhèrent au Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (Snphar-e), un syndicat militant avant d’être corporatiste ! Elle y a exercé des responsabilités pendant deux ans, mais a finalement préféré consacrer son temps à son métier. Elle est également élue depuis deux mandats à la Cme (commission médicale d’établissement).
“On ne se contente pas d’endormir les patients !”
Catherine Fleureau est responsable de l’unité d’anesthésie-réanimation en chirurgie viscérale de l’hôpital Haut-Lévêque, au Chu de Bordeaux. “Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne se contente pas d’endormir ou de soigner des malades endormis ! Certains restent plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans le service. Ils sont amenés en phase aiguë, par exemple lors d’une hémorragie digestive, mais également après une opération de chirurgie viscérale, pour une surveillance au long cours. Nous avons beaucoup de patients âgés, qui souffrent de plusieurs maladies. Quand ils restent longtemps, des liens se tissent” , explique la médecin.
Contrepartie de l’activité lourde, les liens au sein de l’équipe, entre médecins (seniors et en formation), infirmiers, aides-soignants et kinés, sont étroits. “On se serre les coudes !” Les personnels sont “fidèles”, le turnover est faible. Le service accueille de nombreux internes et jeunes médecins, ce qu’elle considère comme très enrichissant, car la formation se fait dans les deux sens.
Son unité n’est pas épargnée par la baisse des effectifs et les fermetures de lits. D’autant que le service prend en charge certaines interventions de transplantation et de suppléance d’organes très lourdes, nécessitant beaucoup de personnel. Quant aux lits des secteurs de chirurgie, réservés théoriquement aux patients légers, ils accueillent souvent des patients lourds… faute de place. Cela pèse sur les conditions de travail d’un personnel déjà insuffisamment nombreux !
Catherine Fleureau se voit bien continuer encore dix ans ce métier pourtant éprouvant, avec les nuits et les gardes. Elle a pourtant bien besoin de se défouler physiquement, comme bon nombre de ses confrères. Alors elle part nager, faire un jogging ou une partie de tennis. Et pendant les vacances, depuis des années, elle cède à l’appel du grand large et part naviguer en famille.
[01.02.12]
Karine Pollet
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