jeudi 9 février 2012
Bien qu’il soit fortement concurrencé par les magazines, le livre reste le premier des supports de la lecture des adolescents, surtout chez les filles.
Nos ados lisent moins que nous, parents, ne lisions. Non parce qu’ils sont moins cultivés, mais parce que le livre est soumis à la rude concurrence des Dvd, de Msn et des jeux vidéo, qui n’existaient pas auparavant. En revanche, et contrairement à ce que l’on pense bien souvent, les jeunes sont de plus gros lecteurs de livres et de magazines que les adultes. Les 15-19 ans comptent deux fois moins de non-lecteurs que les 55-64 ans. Ils sont également quatre fois plus nombreux que ceux-ci à fréquenter une bibliothèque municipale. En moyenne, ils lisent vingt-deux livres par an, quand seulement 18 % des adultes atteignent ce score.
Les deux tiers des lectures des garçons, il est vrai, sont des illustrés (Bd et mangas), chez les filles, c’est moitié-moitié. En littérature, ils lisent d’abord ce qui leur est demandé par les professeurs, en général des classiques, comme ceux d’Emile Zola, Victor Hugo et Guy de Maupassant. Certains sont rebutés par un style et un vocabulaire qu’ils ne maîtrisent pas toujours. Mais, dans l’ensemble, et ils le disent sur leurs forums, ils sont bien conscients que les grandes œuvres font partie de la culture générale au même titre que les maths, l’histoire et la géographie. Ils disent aussi lire de la poésie, celles d’Arthur Rimbaud et de Charles Baudelaire. Et, comme nous à leur âge, ils adorent Boris Vian. Sans doute parce que l’idéal de liberté que ces auteurs véhiculent les touche.
Dans leurs lectures personnelles, ils lisent pour se distraire, pas pour s’instruire. Ils suivent les conseils de leurs amis (2 ados sur 3), avant ceux de leurs parents, de la presse ou des profs. Ils ont un faible pour les valeurs sûres comme les romans policiers d’Agatha Christie, d’Arthur Conan Doyle ou de Mary Higgins Clark, ou pour les livres à la mode, surtout lorsqu’ils sont adaptés au cinéma, tels Da Vinci Code de Dan Brown ou l’Etrange Histoire de Benjamin Button de Francis Scott Fitzgerald.
Les filles aiment les témoignages comme l’Herbe bleue ou le Journal d’une geisha, qui parlent d’histoires vraies de jeunes femmes confrontées à des événements dramatiques. Elles ne ratent aucun opus de Louise Rennison, relatant les aventures de Georgia Nicolson, ou de Meg Cabot, des livres miroirs auxquels elles s’identifient en y retrouvant une vie qui pourrait être la leur. Et puis les ados ont leurs best-sellers. Pour les filles, les livres fantastiques d’Anne Rice ; pour les garçons, les ouvrages qui ont enchanté leurs parents, comme Dune de Frank Herbert ou la saga du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, et les thrillers à suspense de Stephen King ; pour tous, les aventures des héros qui ont grandi avec eux, comme ceux des romans heroic fantasy de Philip Pullman et, bien sûr, Harry Potter et Twilight (voir encadré). En revanche, nos ados lisent peu d’auteurs français contemporains, même ceux qui écrivent spécialement pour eux. Ils ont du mal à en citer en dehors des succès du moment, comme Anna Gavalda, Daniel Pennac, Amélie Nothomb, Marc Lévy ou Guillaume Musso.
[23.12.09]
Anne-Marie Thomazeau
Sources : « Les livres ont-ils un sexe ? », enquête Virgin Megastore, février 2005. Francoscopie, éditions Larousse, actualisé chaque année.
A lire : Mes illusions donnent sur la cour, de Sacha Sperling. L’auteur a dix-huit ans. Le quotidien des ados qui sèchent les cours et fument trop, il connaît, c’est le sien. Ed. Fayard, 18 euros. Nuits d’Enfer au Paradis. Recueil de nouvelles de cinq auteures américaines : Stephenie Meyer, Meg Cabot, Lauren Myracle, Kim Harrison, Michele Jaffe. Ed. Hachette, 16 euros. Celle que je voudrais être, Vanyda. Une Bd qui raconte la vie de quatre amies lycéennes. Ed. Dargaud, 14 euros.
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