Chercheurs et lanceurs d'alerte déçus par la conférence de l'OMS sur la santé et l'environnement

Brigitte Bègue

Le 12 mars, à l'issue de la 5e conférence ministérielle sur l'environnement et la santé, organisée par l'Organisation mondiale de la Santé à Parme (Italie), une déclaration finale a été adoptée. Objectif : protéger la santé des enfants en Europe.

Pour ce faire, les Etats s'engagent à améliorer l'accès à l'eau salubre et à un meilleur assainissement, à lutter contre l'obésité et les traumatismes par des environnements sûrs, l'activité physique et une alimentation saine, à prévenir les maladies liées à une mauvaise qualité de l'air extérieur et intérieur, et aux environnements chimiques, biologiques et physiques.
« Nous avons l'intention de protéger chaque enfant contre les risques encourus par l'exposition à des substances et préparations dangereuses, l'attention étant accordée aux femmes enceintes et allaitantes et aux lieux de vie, d'études et de jeu des enfants. Nous recenserons ces risques et les éliminerons autant que possible d'ici 2015 », indique la déclaration.

Dans le même temps, la recherche sur les effets potentiellement néfastes des produits chimiques persistants, perturbateurs du système endocrinien et bio-accumulatifs sera intensifiée et des programmes nationaux d'élimination des maladies liées à l'amiante seront mis en place.

Les Etats membres se sont aussi engagés à protéger la santé et l'environnement face au changement climatique par diverses mesures : réduction des émissions de gaz à effet de serre, renforcement des systèmes d'alerte rapide, de surveillance, sensibilisation du public...

« Cesser de parler pour agir »

« Nous avons un document suffisamment bon pour commencer le travail, il faut cesser de parler pour agir », a déclaré Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l'Oms pour l'Europe.
On ne peut mieux dire : selon Genon Jensen, directrice de l'Alliance pour la Santé et l'Environnement (Heal), « La fréquence des maladies chroniques dégénératives telles que le cancer augmente chaque année et les maladies infectieuses traditionnelles sont susceptibles d'exploser avec le changement climatique. Les substances chimiques de type perturbateurs endocriniens sont identifiées comme un enjeu clé de la santé et de l'environnement aujourd'hui et présentées comme un champ prioritaire où il faut trouver des alternatives saines ».

Les perturbateurs endocriniens doivent être au cœur des débats. Pour autant, il n'en a pas été question ouvertement lors de la conférence. « Nous soutenons la déclaration finale mais nous devons constater qu'il nous faut franchir une nouvelle étape », souligne André Cicolella, président du Res (Réseau Environnement Santé) et membre de Heal.
« Avec l'explosion des maladies chroniques, la crise sanitaire doit être reconnue comme une crise écologique au même titre que le changement climatique, affirme-t-il. La question des perturbateurs endocriniens présents dans bon nombre de produits chimiques doit être au cœur des débats car nous savons qu'ils sont en cause dans l'augmentation de certaines maladies. Or, le problème a été éludé ».

De même Sacha Gabizon, directrice de l'Ong Femmes d'Europe pour un futur ensemble (WECF), reconnaît que la déclaration de Parme constitue « un pas en avant », mais elle attire l'attention sur les dangers de certaines substances : « Beaucoup de personnes meurent en Europe de l'uranium, des stocks de pesticides continuent de polluer nos enfants et l'amiante est encore présente dans certaines régions. Les pays qui ne l'ont pas encore interdit, comme la Russie, doivent le faire ».

Pour le Pr Dominique Belpomme, président d'Artac (Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse), la conférence n'aura été que de la poudre aux yeux : « On parle, on parle et on n'agit pas. On ne fait rien pour réduire la pollution à la source. Il y a un fossé entre les données scientifiques dont nous disposons et les institutions qui évitent de parler des maladies et qui ne veulent surtout pas remettre en cause notre système économique ».

En avril 2011, le cancérologue réunira des médecins et des scientifiques à l'Unesco pour lancer son 3e Appel de Paris sur les liens entre l'environnement et la santé.

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