mercredi 8 février 2012
Animations, repas, réunions du conseil : le centre Marcel-Paul essaie de maintenir pour ses pensionnaires une vie sociale qui respecte leurs besoins quotidiens, même par temps de grosse chaleur...
C’est mercredi après-midi, le moment pour une vingtaine de personnes âgées et souvent dépendantes de retrouver les airs de leur jeunesse. « Dis, chéri, on voudrait Mémère, de Michel Simon. » Assis au piano, Claude Berducat exécute avec brio la commande de sa femme. Sa mère, Yvonne, cent trois ans, est la doyenne des résidants de la maison de retraite médicalisée Marcel-Paul, à Fleury-Mérogis.
Chaque semaine, ce couple sexagénaire vient faire partager son plaisir du chant. « Souvent, dans les maisons de retraite, les familles ne rendent visite qu’à leurs parents, regrette Claude. Pourquoi ne pas en faire profiter tout le monde ? » Tandis qu’il entame le Temps des cerises, Jeannine fait tourner son fauteuil roulant au rythme de la musique et chantonne des petits bouts de phrase qui lui reviennent en mémoire.
Au total, 80 personnes séjournent au centre Marcel-Paul, dans 68 chambres, simples ou doubles. « Une cinquantaine de nos résidants dépendent de l’Aide sociale. Ils ont droit à notre solidarité et à notre tolérance, indépendamment de leurs revenus », considère Jean-Pierre Cotte, le directeur de cet établissement géré par l’Union des mutuelles d’Ile-de-France (Umif).
Séances de massage à l’atelier tendresse
La plupart des résidants sont fortement dépendants. Une moyenne d’âge de 85 ans et des trajectoires à peu près similaires : urgences, établissement de soins aigus, soins de suite de moyen séjour en gériatrie et enfin maison de retraite. « On reçoit de plus en plus de personnes en perte d’autonomie, explique Jean-Pierre Fruch, le médecin. Près de la moitié sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elles ont besoin d’une prise en charge spécifique. »
Dans un savant dosage d’horaires presque immuables et de repères changeants, les journées s’organisent pour maintenir l’attention et la présence aux autres. Petit déjeuner à 8 h 30 dans les chambres, puis toilette. Vers 11 heures, animations, jusqu’au déjeuner. A midi, un premier service pour les personnes dépendantes, accompagnées par des aides-soignantes et des auxiliaires de vie, commence dans la salle à manger. A 12 h 30, deuxième service, pour les personnes autonomes.
Chaque jour, les résidants sont placés à une table différente. Mme Rose et Mimi apprécient le menu du jour : carottes râpées ou pâté de foie, purée et épinards, saumon. Les deux femmes se connaissent bien : le fils de l’une a épousé la fille de l’autre. Il y a un an, leurs enfants ont pu les placer ensemble. Alors, heureuse, Mme Rose ? « Les repas sont bons et le personnel est gentil. Hier, j’étais à l’atelier tendresse. On nous a fait des massages. Cet après-midi, c’est l’atelier floral. »
Aujourd’hui, d’ailleurs, cet atelier a attiré quelques résidants qui d’ordinaire ne participent pas aux animations. Parce que les festivités de juin sont chargées : fête des mères, de la musique, repas sur le thème de l’Italie... Animatrice depuis deux mois seulement au centre Marcel-Paul, Chantal Nocéra découvre son public petit à petit. « Ah bon, Mme Goulard, vous étiez fleuriste ? Je n’ai rien à vous apprendre, donc ! » Mais elle a d’autres activités à proposer : jeux de couleurs, de chiffres, mimes pour travailler la mémoire, peinture, pâtisserie, et enfin l’atelier coquetterie, où les dames se font maquiller et manucurer. « C’est difficile que ce soit gai, une maison de retraite, dit Marie-Jo Schillinger, la secrétaire sociale chargée des admissions et du suivi des dossiers. La solitude y est pesante. Alors on essaie de “ donner de la vie à la vie ”, comme le voulait Marcel Paul, le fondateur de la maison. »
C’est bien sûr un programme auquel adhèrent les familles. Elles participent, aux côtés de représentants du personnel et des résidants, au conseil de la vie sociale dont doit se doter tout établissement pour personnes âgées. Les réunions, trimestrielles, traitent surtout des petits riens de la vie quotidienne. Mais l’organisation d’activités pour les invalides ou de sorties à l’extérieur revient souvent sur le tapis. Autant de façons de respecter le précepte de la charte des droits de la personne âgée, affichée dans tous les couloirs : « Toute personne âgée dépendante garde la liberté de choisir son mode de vie. »
Ventilateurs et salle climatisée
L’été approche, et déjà les rideaux sont tirés dans la salle d’animation. Le personnel veille à ce que chaque résidant ait bu sa boisson fraîche de l’après-midi. « L’an dernier, au moment de la canicule, l’équipe a été très réactive. Nous n’avons eu à déplorer qu’un seul décès », insiste Christiane Bourrasseau, la surveillante générale. La maison vient de compléter son équipement en ventilateurs et, comme le recommande le plan canicule, s’équipe d’une salle climatisée. « Nous nous sommes engagés à faire ces travaux, explique Roger Gauvrit, vice-président de l’Umif. Mais on nous demande d’assurer une qualité sans nous en donner les moyens. Les Ddass ne disposent pas d’argent pour accompagner les projets. »
Reste aussi à trouver comment recruter six aides-soignantes et comment pourvoir le poste et demi manquant côté infirmières. « Nous voulons maintenir notre patrimoine de réalisations sanitaires et sociales, mais cela a un coût, conclut Roger Gauvrit. La réforme de la santé et le nouveau Code de la mutualité nous pressurent. Alors, entre assurer notre pérennité en matière de complémentaire santé et poursuivre ces réalisations, veut-on nous contraindre à choisir ? »
[22.06.04]
Marjolaine Moreau
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