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Médicaments

Cholestérol : est-il nécessaire de prendre des statines ?

Brigitte Bègue
En France, environ 7 millions de personnes prennent des statines tous les jours pour diminuer leur taux de cholestérol. Or, ces médicaments ne sont pas forcément utiles chez les personnes sans antécédents de maladies cardio-vasculaires.

Les statines sont une classe de médicaments destinés à faire baisser la concentration de cholestérol dans le sang. Selon la Haute Autorité de santé (Has), elles permettraient de réduire de 10 % le risque de décès par maladie cardio-vasculaire. Mais si leur intérêt est justifié en prévention secondaire – elles diminuent les récidives d’infarctus –, il est controversé en prévention primaire chez les personnes n’ayant pas d’antécédents cardio-vasculaires.

En 2010, une méta-analyse portant sur 65229 patients de pays occidentaux ayant pris des statines pendant 3,7 ans n’a pas démontré de corrélation entre la réduction du taux de mauvais cholestérol (Ldl) et celle des décès. « Un recours plus large aux statines, particulièrement dans le cadre d’une prévention primaire chez les patients à faible risque, est peu susceptible, au moins à court terme, d’avoir un impact majeur sur la baisse de mortalité », constatent les auteurs. La même année, une autre étude menée sur des patients ayant pris des statines tous les jours pendant six ans a montré que ces médicaments n’ont quasi aucun effet préventif sur la survenue d’un infarctus ou d’un accident vasculaire cérébral (Avc).

Les Prs Philippe Even et Bernard Debré, qui, après leur Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux (éd. le Cherche-Midi, 23,80 e), vont publier un livre sur le sujet fin janvier, sont radicaux : 90 % des prescriptions de statines ne servent à rien. « Un traitement est utile en cas d’hypercholestérolémie familiale ou quand le cholestérol dépasse 2,5 g/l et qu’il y a des antécédents cardiaques ou d’Avc, mais il ne l’est pas pour les gens qui ont un cholestérol quasi normal et qui n’ont ni diabète ni hypertension ou obésité associés », affirme le Pr Debré. Quant à la Has, elle recommande que le bénéfice des statines en prévention primaire soit évalué « plus précisément ».

Le cholestérol, pas si coupable

On nous l’a répété : le cholestérol est dangereux car il provoque l’apparition de plaques de graisse sur la paroi des artères (athérosclérose). Faux, rétorque le Dr Michel de Lorgeril, auteur de Cholestérol, mensonges et propagande (éd. Thierry Souccar, 21,20 e). Pour ce cardiologue, chercheur au Cnrs, le cholestérol n’est pas l’ennemi n° 1 du système cardio-vasculaire. « Si les statines sont efficaces, pourquoi n’arrive-t-on pas à enrayer ce qui est la première cause de mortalité dans le monde? » interroge-t-il. L’idée que, plus le taux de cholestérol est élevé, plus sa toxicité est grande ne repose sur aucune rationalité scientifique, démontre-t-il dans son livre. Plus étonnant : des études ont montré que des personnes ayant un taux élevé de cholestérol n’ont pas les artères plus bouchées que celles dont le taux est normal, voire bas, et que cela n’a aucune incidence sur leur espérance de vie.

En effet, un infarctus est causé par l’occlusion totale d’une artère coronaire, due le plus souvent à la formation d’un caillot de sang dont le point de départ est l’agrégation des plaquettes. Or, selon le Dr de Lorgeril, le cholestérol ne joue aucun rôle dans la biologie des plaquettes, ni dans le phénomène qui contribue à les « enserrer dans un îlot très solide ». Et il ne serait responsable que de 10 % de l’athérosclérose qui obstrue les artères, lentement, partiellement, mais jamais complètement. « Diminuer le cholestérol n’empêche ni le caillot ni l’infarctus », écrit-il. Les vrais criminels, pour lui, sont les acides gras saturés qui stimulent la coagulation et les risques de formation de caillots, ou encore la sédentarité et le tabagisme.

Des effets indésirables

Par ailleurs, les statines entraîneraient dans 10 à 15 % des cas des effets indésirables, notamment des douleurs musculaires, ligamenteuses et digestives, parfois importan-tes. Une enquête récente sur des patients de plus de 65 ans indique que 25 % d’entre eux abandonnent le traitement dans les six premiers mois, et 50 % après deux ans. Si on leur en prescrit une autre marque, les douleurs réapparaissent chez 80 % d’entre eux. De plus, ces douleurs musculaires contraignent certains patients à moins bouger. Un effet pervers, quand on sait que chez les diabétiques ou les insuffisants cardiaques, ou encore chez les personnes en surpoids ou obèses, les risques de complications cardio-vasculaires sont inversement proportionnels à l’assiduité à la pratique d’une activité physique.

On observe également dans plusieurs études sur les seniors que le nombre de décès par cancer est un peu plus important dans le groupe de ceux qui prennent des statines que dans celui de ceux qui n’en prennent pas. Des données qui demandent à être étayées mais qui, pour l’heure, sont restées sans écho. Et, en réduisant le cholestérol, dont la synthèse est essentielle au bon fonctionnement des neurones, les statines pourraient jouer un rôle dans le déclin cognitif et l’apparition de démences. Aux Etats-Unis, des médecins ont constaté que de plus en plus de personnes, surtout des femmes, se plaignent de trouble de la mémoire.

Un marché colossal

Commercialisés depuis les années 1990, les médicaments anticholestérol rapportent environ 25 milliards de dollars par an aux trois principales firmes qui les vendent (Pfizer, Msd et AstraZeneca), dont 2 milliards en France (900 millions pour les seules statines). Soit autant que les anticancéreux et plus que les antibiotiques. Le marché est énorme puisqu’on estime qu’actuellement 20 % des plus de 50 ans prennent des statines. Pour Philippe Even, ce chiffre ne doit rien au hasard : « L’industrie a fabriqué une nouvelle maladie, la préhypercholestérolémie, en faisant croire qu’il fallait traiter le cholestérol à partir d’un taux de 1,6 g/l à 2 g/l, alors qu’en dessous de 2,5 g/l, cela ne se justifie pas en l’absence de facteurs de risques particuliers. On a créé une psychose collective mondiale autour du cholestérol, qui est une non-maladie. »

En 2008, l’Académie américaine de pédiatrie est allée jusqu’à recommander le dépistage du cholestérol chez les enfants à partir de 2 ans et le traitement par statines dès 8 ans. « Le problème, affirme Philippe Even, est que beaucoup de médecins prescrivent ce que l’industrie leur dit de prescrire, car ils sont influencés par les publications triomphalistes qu’elle finance, signées de leaders d’opinion qu’elle emploie. » Ainsi, une étude réalisée par le laboratoire AstraZeneca et publiée en 2008 concluait aux bénéfices des statines pour les plus de 70 ans, mais 9 des 14 auteurs avaient des liens d’intérêt avec le laboratoire...

Vos commentaires

Félicitation pour votre article qui fait une large place aux travaux du dr michel de Lorgeril et qui ne se contente pas d'une critique sur l'utilisation abusive des statines et leurs effets secondaires parfois grave (pour ce qui me concerne:une capsulite de l'épaule droite il y a un dix mois et une déchirure musculaire au mollet gauche il y a quatre mois avec un énorme hématome drainé par intervention chirurgicale) mais qui désigne clairement la seule véritable prévention par la diète méditerranéenne ,l'exercice physique régulier et l'évitement des toxiques (tabac ,pesticide et autres produits chimiques ,pollution ....)
Ayant eté plutot mal reçu lors d'une conférence à la demande de mutuelles,à Paris dernièrement ,je me suis permis de lui signaler votre article sur son blog

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