lundi 21 mai 2012
Christophe Trivalle, cinquante ans, est gériatre à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif.
Il est arrivé en gériatrie un peu par hasard, ayant suivi la mutation de son chef de service de médecine interne. Il a vite découvert qu’il s’agissait d’une spécialité avant tout sociale. Et que la prise en charge de patients en fin de vie et en soins palliatifs avait une forte dimension éthique.
Responsable de l’unité de soins de suite et de réadaptation (Ssr) Alzheimer de l’hôpital Paul-Brousse (AP-HP, Villejuif) depuis 1997, Christophe Trivalle côtoie autant les patients que leurs familles, parfois confrontées à d’inextricables difficultés financières. “A un stade avancé de la maladie d’Alzheimer, ce n’est plus tenable à la maison, pour l’aidant, souvent le conjoint, notamment quand le malade devient violent ou fugue. Je vois des aidants qui deviennent eux-mêmes malades, qui s’enfoncent dans la dépression ! Or, il faut savoir que le long séjour à l’hôpital ou dans la moindre maison de retraite, aujourd’hui, coûte 2 200 euros par mois… au minimum. Dans ce département défavorisé qu’est le Val-de-Marne, peu de gens ont ces revenus ! Ainsi, même en moyen séjour, certains patients restent longtemps”, explique le gériatre, qui intervient également dans l’unité des soins de longue durée.
Derrière son apparence calme se cache beaucoup de révolte contre le sort que l’on réserve à “nos vieux”. Est-ce que cette tranquillité vient du kung-fu qu’il pratique pour évacuer son surcroît de stress et de travail ? Sa révolte, Christophe Trivalle l’exprime de plusieurs manières. Il est l’auteur de Vieux et malade : la double peine ! [1], un “brûlot” qui renvoie à la façon dont la société voit et traite les personnes âgées, vision qui sous-tend les politiques de santé depuis plusieurs décennies. Il a travaillé sur l’institution – les hôpitaux et les maisons de retraite –, mais aussi sur ce qui se passe à domicile.
“Ce que l’on nomme maltraitance à l’hôpital est souvent lié au manque de personnel : il n’y a pas assez d’infirmières, ni d’aides-soignantes. Ainsi, certains changes ne sont pas faits en temps utile, certains malades ne sont pas levés, les douches sont rares et les repas précipités. Il s’agit donc plutôt d’une maltraitance institutionnelle liée avant tout à des raisons économiques”, explique le médecin.
Un personnel épuisé et en sous-effectif
“Dans le contexte de pénurie de personnel, la gériatrie et, en particulier, les soins de longue durée sont les plus mal lotis. La pénibilité s’est accrue, beaucoup quittent le service et c’est le terrain de prédilection des arrêts maladie pour cause d’épuisement. De nombreux secteurs sont fermés faute de personnel, y compris des unités pendant les vacances scolaires”, déplore Christophe Trivalle, qui milite au Mouvement de défense de l’hôpital public (Mdhp), emmené par le Pr André Grimaldi.
Son intérêt pour la gériatrie s’exprime également dans l’enseignement et la recherche. Il codirige le diplôme universitaire de prévention du vieillissement pathologique de l’université Paris Sud, ouvert aux médecins, internes et infirmiers. Il fait participer son unité à des protocoles de recherche, par exemple sur l’aide aux aidants ou sur l’hygiène corporelle des malades. Coordonnateur d’un ouvrage scientifique [2], il est en outre rédacteur en chef de la revue Npg Neurologie-Psychiatrie-Gériatrie. _Ses nombreuses activités n’empêchent pas Christophe Trivalle de rester proche de ses patients et de leurs familles, directement ou par le biais de l’association Vieillir ensemble, dont il a formé en partie les bénévoles qui visitent chaque semaine les malades de son unité.
[01.02.12]
[1] Vieux et malade : la double peine, Ed. L’Harmattan, 13,50 €.
[2] Gérontologie préventive. Eléments de prévention du vieillissement pathologique, éd. Masson, 38,50 €.
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