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Octobre 2008 - Deux fois plus de morts chez les ouvriers

Comment nos cellules s'emballent

Sylvie Boistard
Nous fabriquons chaque jour des cellules cancéreuses. Heureusement, des mécanismes de contrôle empêchent leur prolifération. Mais il arrive que ces systèmes laissent passer la cellule anormale.

1) Quand une cellule normale devient cancéreuse

Nos cellules se renouvellent perpétuellement : celles de la paroi de l’intestin le font tous les cinq jours, celles de la peau, tous les vingt-cinq jours… et ainsi de suite pour tous nos tissus. Mais il existe un équilibre constant entre le nombre de cellules disparaissant de façon naturelle et programmée (apoptose) et celui des nouvelles cellules créées pour assurer leur remplacement. Pourtant, il arrive que cette belle mécanique se grippe. « Une cellule cancéreuse va naître presque au hasard, à la suite d’une succession de mutations touchant au processus clé de la prolifération cellulaire et de ses mécanismes régulateurs, explique le docteur Erick Gamelin, cancérologue au centre Denis-Papin d’Angers. On dit qu’il faut qu’au moins neuf événements affectent une même cellule pour entraîner sa transformation en cellule maligne. »

L’Adn d’une cellule peut être altéré, par exemple. Cela arrive même des dizaines de fois par jour, sans grande conséquence puisque des systèmes de contrôle contribuent soit à le réparer, soit, lorsqu’il est en trop mauvais état, à détruire la cellule anormale.

Mais tout se complique lorsque les gènes commandant les molécules réparatrices (dont la P53, qui intervient dans la moitié des cancers) ont eux-mêmes subi des lésions : la cellule anormale peut alors se multiplier de façon autonome et anarchique jusqu’à former un amas de cellules « éternelles » au sein d’un organe. Autre étape importante : l’angiogenèse, autrement dit la vascularisation de la tumeur. En effet, pour assurer sa survie et sa croissance, celle-ci est capable de dévier la circulation sanguine afin d’y puiser tout ce dont elle a besoin pour se nourrir.

2) Le cancer se répand dans d’autres organes

Contrairement aux tumeurs bénignes, qui restent localement circonscrites, la tumeur cancéreuse a pour « stratégie » de se développer puis d’envahir l’organisme. C’est pourquoi certaines tumeurs, alors qu’elles sont encore très petites, vont très vite devenir invasives. Les métastases peuvent se fixer dans les ganglions, pour donner des métastases ganglionnaires, et/ou investir d’autres organes.

Pour ce faire, une cellule maligne va se détacher de l’amas de cellules cancéreuses et rejoindre la circulation sanguine. Sur sa route elle devra échapper aux cellules immunitaires, programmées pour la détruire. Mais le contrôle du phénomène métastatique est de courte durée. Dès qu’une cellule maligne parvient à passer entre les mailles du filet, elle se fixe dans un nouvel organe pour proliférer et donner une nouvelle tumeur cancéreuse.

Curieusement, sans que l’on sache trop pourquoi, les cellules cancéreuses vont « cibler » les organes pour y développer des métastases en fonction de la nature du cancer. Ainsi celui de la prostate va plutôt métastaser dans les os ; celui du sein, dans le foie, les poumons et les os. Les métastases du cancer du côlon préféreront le foie puis les poumons.

3) Un équilibre se rompt, et le diagnotic tombe

« Le cancer est insidieux, car un équilibre entre l’hôte et le cancer s’établit et peut persister pendant des années, durant lesquelles le malade ne s’aperçoit de rien alors que la tumeur poursuit inlassablement son objectif d’invasion de l’organisme », souligne le docteur Erick Gamelin.

Puis un jour cet équilibre se rompt, le patient commence à ressentir des douleurs, se met à cracher du sang, se casse une jambe sans véritable raison. Le diagnostic tombe. C’est un cancer, parfois à un stade déjà avancé.

« D’où l’intérêt de participer au dépistage, car l’on peut détecter une tumeur à un stade où le cancer n’a pas eu encore le temps de se disséminer dans l’organisme », insiste le cancérologue.

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