lundi 21 mai 2012
Détectés alors qu’ils mesurent moins de 2 centimètres, les cancers du sein peuvent le plus souvent être soignés. C’est aujourd’hui le cas d’une tumeur sur deux. Le dépistage organisé et gratuit, généralisé sur tout le territoire depuis 2004, devrait renforcer encore ces résultats. Mais il n’est accessible qu’aux femmes de 50 à 74 ans, et d’aucuns voudraient l’élargir aux femmes plus jeunes.
Comme on ne peut pas prévenir le cancer du sein, il faut le dépister. 42 000 femmes sont touchées chaque année, deux fois plus qu’il y a vingt ans, et 12 000 en meurent. C’est trop, beaucoup trop. D’autant que, détecté tôt, quand la tumeur mesure moins de 1 centimètre, ce cancer a toutes les chances d’être guéri. Partant de là, la France, comme d’autres pays occidentaux, a mis en place un dépistage organisé : il permet à chaque femme de 50 à 74 ans de passer gratuitement une mammographie tous les deux ans. Généralisé depuis 2004, ce dispositif devrait faire baisser la mortalité, à condition que 70 % de femmes y participent. Malheureusement, on est encore loin du compte : l’année dernière, seulement 45 % des Françaises ont répondu à leur convocation. Si les femmes boudent le dépistage, c’est que le cancer fait peur. La crainte de subir un examen douloureux, le manque d’information, le fatalisme (« il faut bien mourir de quelque chose »), les facteurs sociaux et culturels (certaines femmes n’osent pas ou ne veulent pas montrer leurs seins), la méfiance à l‘égard d’un examen gratuit qu’elles croient, à tort, réservé aux plus démunies sont d’autres raisons qui font que le dépistage organisé a du mal à décoller.
Les médecins à la traîne
Mais les médecins n’y mettent pas non plus toujours du leur. Une enquête, réalisée en 2003 par l’Institut national de la consommation (Inc) auprès de 32 médecins généralistes et gynécologues, a montré que la moitié d’entre eux reconnaissent l’intérêt de cette campagne mais que 75 % prescrivent une mammographie de dépistage individuel à leurs patientes...
On n’opère pas pour rien
Une polémique récente risque en outre de semer le doute. En mai dernier, en effet, après avoir épluché tous les essais cliniques sur le sujet, la très sérieuse revue Prescrire annonçait que le dépistage organisé ne permet pas de réduire la mortalité des femmes de 30 %, comme prévu, et qu’il conduit à diagnostiquer 10 % de cancers naissants, dits in situ, qui, selon les auteurs, n’évolueront pas. Mais comment savoir ? La vraie question est là. « On ne peut pas laisser une femme dans la nature avec un doute. Pour le moment, nous n’avons pas les moyens de savoir si le cancer est grave ou non avant d’opérer, affirme le Dr Brigitte Séradour, coordinatrice de la campagne nationale. Seules 2 % des femmes qui pratiquent un dépistage sont surveillées après leur mammographie, et elles ne sont pas plus de 0,7 % à subir une intervention. Nous n’opérons pas pour rien. »
Une chose est sûre : le dépistage n’évite pas le cancer, encore moins celui qui se déclare entre deux mammographies, et il ne garantit pas la guérison, car, malheureusement, il y aura toujours des femmes qui en présenteront d’emblée une forme grave, il y aura toujours un petit pourcentage de « faux négatifs » (cancers non détectés) et de « faux positifs » (dont les fameux cancers in situ).
15 % de décès en moins
« Le dépistage permet seulement de déceler un cancer plus tôt. On trouve actuellement 40 % de tumeurs de moins de 1 centimètre, contre 25 % avant : c’est autant de chances d’améliorer la survie », précise le Dr Brigitte Séradour. En France, il est encore trop tôt pour savoir combien de vies vont être sauvées grâce au dépistage organisé, mais, à en croire les spécialistes, il vaut mieux miser sur une baisse de la mortalité de l’ordre de 15 %, plutôt que de 30 %, comme on le croyait au départ. Surtout, il devrait permettre de réduire les inégalités sociales et de prendre en charge les 30 % de femmes qui ne vont jamais chez le gynécologue et qui passent à travers les mailles du filet du dépistage individuel. Selon l’observatoire régional de la santé (Ors), en 1999, dans la Région Paca, les femmes qui mouraient du cancer du sein étaient en majorité celles qui étaient dans la précarité. On sait aussi que celles qui participent le plus volontiers au dépistage de masse aujourd’hui n’ont pas le bac. Elles ont raison car, malgré ses limites, sa qualité est rigoureusement contrôlée. Ce qui n’est pas le cas du dépistage individuel. Alors, promis, vous répondrez à l’invitation ?
Lire aussi : Dépistage du cancer du sein : sur le marché, à Rennes, il faut convaincre les femmes
Cancer du sein : dépistage, mode d’emploi
Pourquoi tant de cancers ?
Cancers du côlon, de la prostate..., on peut les dépister aussi
[05.10.06]
Brigitte Bègue
Les mutuelles à la pointe
Convaincues qu’il faut inciter les femmes à y participer, vos mutuelles prennent une part active à toutes les initiatives concernant le dépistage organisé : campagnes d’information, débats, conférences, remboursement des examens complémentaires, cofinancement des structures de gestion (celles qui vous envoient la convocation, etc.)... Vous trouverez des informations sur ce qu’elles font ce mois-ci dans nos pages « Ça bouge chez vous ».
Le témoignage du Pr Jean-Louis Lamarque, sénologue et pionnier du dépistage organisé du cancer du sein dans l’Hérault.
Quel bilan tirez-vous du dépistage organisé – que vous avez été le premier à mett re en place ?
Nous avons démontré qu’une structure unitaire, centralisée, respectant les contrôles de qualité, pouvait sauver des vies humaines. En dix ans, nous en avons sauvé 400 – cancers guéris, s’entend –, soit 40 femmes par an. Ce n’est pas rien. On a pu toucher beaucoup de femmes qui ne connaissaient pas le dépistage auparavant, surtout en milieu rural, où on consulte toujours très tard car on n’a pas la culture de la prévention. Mais je persiste à dire que le dépistage devrait commencer dès 40 ans. Dans le département, 24 % de cancers du sein affectent des femmes de 40 à 50 ans et, dans cette tranche d’âge, ils sont souvent plus agressifs.
Contact : Association Montpellier Hérault pour le dépistage du cancer du sein, 209, rue des Apothicaires, parc Euromédecine, 34196 Montpellier Cedex 5. Tél. 04 67 61 00 88.
Site Internet : www.mammobile
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