Santé

Cosmétiques pour bébés : le principe de précaution n’est toujours pas appliqué

Il y a un an, des professionnels de santé regroupés dans le Comité pour le dévelopement durable en Santé (C2DS) alertaient les pouvoirs publics sur la nocivité éventuelle des cosmétiques pour bébés (lait, lingettes, gel, shampoing...) distribués gratuitement dans les maternités.
Saisies du problème, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) viennent de rendre un rapport sur les cosmétiques destinés aux enfants de moins de 3 ans.

Leur conclusion : dans l’ensemble, tout va bien. « Les analyses microbiologiques ont toutes conduit à des résultats mettant en évidence une bonne qualité microbiologique de ces produits (...) Les restrictions d’emploi concernant les agents conservateurs sont respectées (...) Les allégations relevées sur l’étiquetage ou la publicité des produits sont également dans l’ensemble justifiés (...) », indique le rapport.

Attention aux prématurés et aux lingettes
Seul bémol : l’utilisation des cosmétiques chez les prématurés est déconseillée. « Le système immunitaire de ces enfants n’est pas encore développé et la pénétration cutanée des produits est plus facile » , déclare le directeur de l’Afssaps.
L’Agence s’interroge aussi sur certains produits sans rinçage comme les lingettes nettoyantes appliquées plusieurs fois par jour notamment sur les fesses des bébés, dont l’épiderme est très fragile.
« Les ingrédients entrant dans la composition de ces produits sont susceptibles d’être appliquées sans limitation de durée dans le temps et entrent pour partie dans la double problématique générale et environnementale des toxicités à très long terme et des multiexpositions potentielles pour lesquelles il manque actuellement un certain nombre de connaissances précises (...), note l’Afssaps.

Un rapport sans véritable réponse
Pour Olivier Toma, directeur du Comité pour le Développement Durable en Santé (C2DS), ce rapport est un non-rapport.
« C’est intolérable. Nous n’avons pas été reçus par l’Afssaps durant cette enquête, nos courriers sont restés sans réponse, y compris du ministère de la Santé. Nous ne savons pas non plus qui sont les experts dans cette affaire. Il y a un mépris total des professionnels et des usagers ».
Pour lui, surtout, le rapport ne répond pas à la question posée : les cosmétiques sont-ils dangereux ou non pour les bébés ? « Le rapport conclut que les produits sont conformes à la réglementation mais nous le savions déjà. Le problème, c’est de savoir si elle suffisante pour protéger les bébés des risques liés aux multiexpositions ».

Des perturbateurs endocriniens en veux-tu en voilà
Avant de lancer son cri d’alarme, en septembre 2008, le C2DS avait fait analysé le contenu des mallettes de produits offerts à la maternité. On y retrouvait plusieurs substances chimiques (parabènes, etc.), parfois à des doses importantes.
« Certains sont des perturbateurs endocriniens qui peuvent avoir une action spécifique sur la santé, déclare André Cicollela, président du Réseau Santé Environnement (Res). L’Afssaps n’en parle pas. Il y a une carence grave par rapport à la réalité scientifique. Or, un bébé exposé aux parabènes l’est aussi au Bisphénol A et à plein d’autres molécules chimiques qui interagissent ».

C’est d’autant plus préoccupant pour le C2DS que la peau d’un enfant n’est pas celle d’un adulte. « Dans ses études de médecine, un pédiatre apprend que la peau d’un bébé est une membrane très perméable sur laquelle il faut éviter de mettre de la bétaïne, par exemple, au risque d’engendrer des troubles de la thyroïde, explique Olivier Toma. Au lieu d’affirmer qu’il n’y a pas de risques comme le fait l’Afssaps, on aurait aimé qu’une vraie expertise soit mise en place et que, tant que l’innocuité des produits n’est pas prouvée, le principe de précaution soit appliqué ».

A défaut, le C2DS a décidé de publier, en janvier prochain, un guide d’information pour les femmes enceintes et les jeunes mamans sur le modèle de ce qui se fait déjà en Suède et au Canada. Sauf que là-bas, ce sont les ministères de la Santé qui ont pris l’initiative.

 

-  [29.10.09]   Brigitte Bègue

Le site du C2DS :
www.c2ds.com
Le site du Réseau Santé Environnement :
www.reseau-environnement-sante.fr

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