lundi 21 mai 2012
La société québécoise pousse ses citoyens à s’engager dès le plus jeune âge. Un gros atout, selon Frédéric Lefret, de l’Office franco-québécois pour la jeunesse.
Frédéric Lefret est secrétaire général de l’Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) et expert au « Labo des engagements » de l’Agence pour le volontariat et la valorisation de l’engagement (AVE).
En matière de bénévolat, en quoi les mentalités et les modèles français et anglo-saxons sont-ils différents ?
Dans les pays anglo-saxons, l’engagement est naturel et culturel. Celui qui ne s’engage pas, notamment au Québec et au Canada, est plutôt mal considéré dans sa communauté. Alors qu’en France, si vous ne vous engagez pas, on ne vous dit rien, et on vous dit même parfois que c’est un peu délicat de s’engager sans être rémunéré. On le voit notamment dans l’engagement de la jeunesse : il y a énormément de jeunes qui participent à des associations, mais ils y sont en tant que consommateurs. C’est assez rare que, dans un club sportif ou culturel, les jeunes s’investissent dans l’encadrement.
Au Québec, le gouvernement a mis en place toute une politique de sensibilisation à l’entreprenariat, qui commence à la maternelle, et qui a pour objectif de rendre les jeunes le plus autonomes possible, qu’ils s’engagent.
Ce fort engagement des citoyens québécois ne vient-il pas pallier un manque d’implication de l’Etat ?
Non, pour les Québécois, il faut que le jeune soit le plus autonome possible et surtout le plus tôt. Ici (à l’Office franco-québécois pour la jeunesse, ndlr) on a encore des parents qui viennent inscrire des gamins de 22 ans ; là-bas non ! Un enfant de 14 ans qui va faire un week-end tout seul avec son copain en plein milieu de la forêt canadienne, ça ne choque personne. Il ne donne pas signe de vie pendant deux jours, ça ne choque personne. Parce que les parents considèrent qu’ils l’ont éduqué, qu’il a toutes les compétences, que normalement il doit savoir. En France, c’est quasi-impossible. Vous envoyez deux gamins de 14 ans tout seuls en forêt, le lendemain vous avez les gendarmes chez vous.
D’où viennent ces différences de mentalités ?
Le Québec est un pays jeune, qui a 400 ans, c’est un pays pionnier. Quand vous arrivez dans un pays vierge, il n’y a pas de structure, il n’y a rien, vous vous débrouillez par vous-mêmes. Ça, ça reste. Nous, on a le poids de toute la structure millénaire. Et on se dit « je paye des impôts, donc je ne vais pas donner encore plus ». Dans la société anglo-saxonne, vous êtes culturellement « obligé » de donner : la pression sociale fait que, si celui qui a de l’argent ne donne pas, il y a un problème.
Est-ce une bonne solution de « forcer » l’engagement ? Cette pression sociale ne dénature-t-elle pas la sincérité de l’engagement ?
Ah non, au contraire, c’est le seul moyen. Plus les gens sont sensibilisés petits, mieux c’est. Parce que vous comprenez que s’investir, ça permet de faire bouger les choses et d’aider les autres, et c’est mieux pour toute la communauté.
L’engagement des jeunes est-il uniquement reconnu socialement ou a-t-il une reconnaissance officielle (valorisation des acquis de l’expérience, par exemple) ?
C’est vraiment socialement. Il est reconnu par la communauté, et surtout par les entreprises. Pour elles, ce qui est important, c’est d’abord la compétence humaine. A partir du moment où vous êtes engagé jeune, ça veut dire que vous savez travailler avec les autres et que vous êtes dynamique et impliqué. Un môme qui n’a jamais été dans une association étudiante, qui n’a jamais fait de communauté (ici, terme québécois qui désigne l’association, ndlr), qui met « musique, télé » sur son CV, il est pénalisé dans le monde anglo-saxon.
La France tend-elle à aller vers le modèle anglo-saxon ?
On reste pour l’instant dans notre modèle. Dans les grandes écoles et certaines universités, on reconnaît dans votre cursus votre engagement, mais ça ne se fait qu’à ce niveau-là. Quand vous êtes engagé à 13 ans dans une association, il n’y a pas de reconnaissance.
C’est le regard des employeurs qu’il faut changer. En France, on est surtout sur le système de l’élitisme, c’est-à-dire le diplôme, le diplôme, le diplôme. Ce qui fait qu’on se retrouve avec une génération très diplômée, mais peu employée. C’est quand même paradoxal.
Le fait que les jeunes soient très engagés au Québec se perçoit-il clairement dans la société ?
Prenez un jeune Français de 18 ans et un jeune Québécois de 18 ans, il y en a un qui est vachement plus mature ! Parce que la société québécoise fait confiance aux jeunes. L’essentiel est d’essayer, si ça ne marche pas, on se sépare, ce n’est pas un problème. En France, on tient beaucoup la main aux jeunes – ce qui peut se comprendre pour X raisons – mais à un moment donné, quand on les cocoone trop, il n’y a plus de prise d’initiative, de prise de décision. Ils attendent que quelqu’un les aide à faire les choses ou les fasse à leur place.
N’y a-t-il donc que du bon dans ce modèle québécois ?
Il y a pas mal de décrochage scolaire, parce que beaucoup de jeunes ne souhaitent pas faire d’études supérieures. Quand ils habitent près de Montréal, à 18 ans, ils ont leur boulot, leur copine, leur appartement et leur voiture. Donc ils se disent « quel est l’intérêt de poursuivre en fac ? J’ai déjà trouvé un boulot ! » Les Québécois ont un problème d’encadrement maintenant. C’est un peu le revers de la médaille.
Mais je ne sais pas si c’est un problème. Il faut peut-être rendre plus attractif le fait d’aller en études supérieures, mais il vaut mieux avoir ce revers de la médaille-là que le nôtre. Parce qu’avoir des bac+6 au chômage, ça ne vaut pas le coup.
[08.04.11]
Elsa Maudet
Photo ©OFQJ
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L’année 2011 a été estampillée « année européenne du bénévolat et du volontariat ». En France, du moins, car l’expression originale, en anglais, se limite à « année européenne du volontariat ». Chez nous, il convient pourtant de distinguer les deux termes.
Le bénévolat est une activité non salariée, qui ne donne lieu à aucune rémunération. Le bénévole garde ainsi son statut initial : étudiant, salarié, chômeur, retraité ... Il s’engage auprès d’une association ou d’une ONG quelques heures par semaine ou par mois, sans que cette durée ne soit formalisée par un contrat. Il existe toutefois des conventions d’engagement pouvant être signées entre le bénévole et l’organisme.
On recense en France entre 10 et 15 millions de bénévoles associatifs.
Le volontariat est une formule hybride entre bénévolat et salariat. Le volontaire travaille dans des organismes à but non lucratif (en tout cas en France, car ce n’est pas forcément le cas à l’étranger) reconnus d’utilité publique et agréés, et touche en contre-partie une indemnisation. Cet engagement ne peut durer plus de deux ans dans une même structure. En tout, une personne ne peut être volontaire, pour un ou plusieurs organismes, plus de trois ans. La durée hebdomadaire de travail est inscrite dans un contrat et son activité offre au volontaire une couverture sociale.
Exemples de volontariat : le service civique, le service volontaire européen, le volontariat international en entreprise, le volontariat de sapeur-pompier, le volontariat de solidarité internationale ...
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