jeudi 9 février 2012
Les cancers du rein, de la prostate et de la vessie ne sont pratiquement jamais reconnus comme maladies professionnelles. Pourtant ils touchent des personnes jeunes, en activité, alors qu’ils ne surviennent généralement qu’à un âge avancé. Petite lueur d’amélioration pour le dépistage et la reconnaissance du cancer de la vessie comme maladie professionnelle. Mais les autres ?
« Si, en 2003, nous n’avions pas fait un foin médiatique autour de nos cancers du rein, ils n’auraient pas été reconnus en maladies professionnelles par la Cram Auvergne, raconte Christian Micaud, président de l’Association des malades de la chimie (Amc). Du reste, les cas déclarés depuis cette lutte ne le sont plus. C’est bien simple, seuls les cancers liés à l’amiante et 14 cancers du rein - sur 23 déclarés - sont aujourd’hui reconnus d’origine professionnelle ». Pour tous les autres, pas de reconnaissance, pas d’indemnisations.
Le cancer du rein ne figure pas dans le tableau des maladies professionnelles...
L’entreprise Adisséo-Commentry (Allier) n’est pas un cas isolé. Pour le cancer de la vessie, second cancer d’origine professionnelle chez l’homme, après le cancer du poumon, une soixantaine d’entre eux ont fait l’objet, en 2003, d’une déclaration. Et seulement trente ont été reconnus [1] .
Les expositions décrites dans les tableaux de maladies professionnelles concernent seulement deux types d’agents à l’origine de la maladie : les amines aromatiques et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (Hap). « Elles sont devenues complètement caricaturales », avoue Michel Héry, de l’Inrs.
Quant au cancer du rein et à celui de la prostate, ils ne figurent même pas aux tableaux des maladies professionnelles. Deux ans d’exposition à un agent cancérogène suffisent à déclencher, 20, 30 voire 40 ans après, un cancer de la vessie. Mais les études font défaut pour déterminer à quels agents ou à quelles combinaisons d’agents on a affaire.
Un retard considérable dans la recherche
Car les expositions sont de plus en plus souvent multifactorielles, reconnaissaient les médecins du travail, réunis en congrès à Lyon, début juin. L’exposition aux agents chimiques est l’une de leurs principales préoccupations. Il est ainsi de moins en moins rare, de voir un salarié développer plus d’une pathologie cancéreuse, ont-ils affirmé lors du congrès.
Des travaux et de timides intiatives sont en cours. C’est le cas en Provence-Alpes-Côte d’Azur (voir interview ci-dessous) ou en Haute-Normandie [2]. Dans ces deux régions où les cancers de la vessie sont nombreux, professionnels de santé et caisses régionales d’assurance-maladie commencent à se pencher sur le problème.
La prévention est pourtant efficace
« Les moyens ridicules accordés à la recherche sur les cancers professionnels, en France, nous limitent beaucoup », dénonce Henri Pézerat, toxicologue. En outre, les lanceurs d’alerte, sur le terrain, ne sont pas toujours pris au sérieux. Et pourtant, à Rhodia Saint-Fons (Rhône), c’est bien le syndicat ouvrier (Cgt) qui a alerté sur un agrégat de cancers (cluster), au sein d’un atelier de production. En cause, des diphénols (hydroquinone et catéchol).
« Le cancer de la vessie, précise Michel Héry, est le type même de cancers que l’on peut éviter, ou en tout cas relativement bien soigner en mettant en place dépistage et prévention ». Les tests de dépistage (hématurie, essentiellement) reviennent au plus à quelques dizaines d’euros, pour chaque personne.
L’aspect économique peut jouer en faveur d’une meilleure prévention en milieu professionnel. N’oublions pas que le traitement des cancers, chaque année, coûte à l’assurance-maladie près de 15 milliards d’euros [3]. « Il ne s’agit pas pour autant de pratiquer un dépistage sur n’importe qui, tempère Michel Héry. Mais nous pourrions cibler les professions à risque ».
Et, pourquoi pas, proposer aux salariés, à 50 ans, un bilan de santé professionnel.
[20.09.06]
Anne-Marie Boulet
[1] Pour le cancer de la vessie, le plus fréquent des trois, de 700 à un millier de cas sont estimés liés à l’activité professionnelle, d’après le rapport d’Hellen Imbernon (Invs, 2003). Mais, de tous les cancers, c’est celui de la prostate qui, chez l’homme, augmente le plus.
[2] La Cram de Haute-Normandie, suite à une étude débutée en 2003, poursuit un travail d’information auprès des médecins. Depuis, le nombre de cancers déclarés et reconnus a augmenté dans cette région. Site : www.haute-normandie.assurance-maladie.fr
[3] Selon l’Institut national du cancer (Inca)
A lire :
Les empoisonneurs, de Vincent Nouzille (Editions Fayard). Sous-titre de l’ouvrage : « Enquête sur ces polluants et produits qui nous tuent à petit feu » . 477 pages. 22 euros.
Voir l’interview du professeur Christian Coulange, urologue à l’hôpital Salvator de Marseille : « Il faut fournir des instructions techniques pour le dépistage »
Les expositions professionnelles constituent, selon l’Organisation internationale du travail (Oit) le second facteur étiologique du cancer de la vessie, après la cigarette.
C’est pourquoi l’Institut national de la recherche et de la sécurité (Inrs) invite, les 15 et 16 mars 2007, à un colloque à Paris, pour faire le point sur la situation française. « Ces journées sont ouvertes à tous, professionnels de santé, patrons, associations de malades, syndicats. Nous souhaitons laisser une large place au débat, souligne Michel Héry, coordonateur de ces journées, et, si possible, en tirer des recommandations pour faire évoluer la prévention ».
Renseignements : Inrs, journées « Prévention du cancer de la vessie ». BP 27. 54501 Vandœuvre-lès-Nancy Cedex.
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