Social / Maisons pour adolescents

Des lieux ouverts pour redonner la joie de vivre

« Quand ça va pas, t’y vas. » Ce slogan est en train de devenir celui des Maisons pour adolescents, qui ont ouvert leurs portes à Bordeaux, au Havre et à Marseille. Des maisons de santé dispensant une médecine adaptée à ceux qui ne relèvent plus de la pédiatrie et pas encore des services pour adultes. Des maisons ouvertes dans lesquelles les consultations sont gratuites, anonymes et sans rendez-vous.
D’autres Maisons de santé pour adolescents devraient bientôt se créer dans toute la France. Les deux petites dernières ont vu le jour il y a quelques mois en région parisienne : l’une, vitrine de prestige, en plein cœur de Paris ; l’autre, plus modeste, à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Deux lieux pour soulager le mal-être. Deux projets pour tenter de réduire les souffrances et de redonner la joie de vivre.
Deux maisons auxquelles on n’a, cependant, pas tout à fait donné les mêmes moyens. Dommage. A la Casita (Bobigny) - elle a coûté 1,6 million d’euros -, le système D et l’imagination prévalent. A l’espace Solenn, le budget de 26 millions d’euros - pharaonique - « aurait pu permettre de construire une Maison pour adolescents dans chaque arrondissement de Paris », regrette un pédopsychiatre exerçant dans un centre médico-pédagogique de l’Est parisien. Chez lui, dans ce quartier défavorisé, il faut attendre plusieurs mois pour espérer obtenir un rendez-vous. Y aurait-il ado et ado ? C’est bien l’impression ressentie par Kamel, Mathieu et Mallory après leur visite de l’espace Solenn.

A Bobigny : avec les moyens du bord
Olivier Bricou et Benoît Dutray, médecins à la Maison des adolescents de Bobigny, la Casita, sont émus. Elle s’appelle Shaïna. Jamais un espace ne portera son nom. « Elle a été hospitalisée pour une tentative de suicide. Je pense qu’elle a avalé une bonne dose de tranquillisants. Je vais passer la voir. Peut-être sera-t-il possible de renouer le dialogue », dit Benoît Dutray. Ils avaient souvent reçu cette adolescente de seize ans. Victime de tournantes, placée en famille d’accueil, elle avait trouvé à la Casita une écoute. Mais son mal-être a repris le dessus. _En Seine-Saint-Denis, où un tiers de la population a moins de 20 ans, les attentes des ados en matière de santé sont immenses. Beaucoup présentent une grande souffrance psychologique, associée à des difficultés scolaires, des conduites à risques, des troubles du comportement et des tentatives de suicide.
_Des ados, Benoît Dutray, le coordinateur de la Casita, en voit beaucoup. « Si on ne les prend pas en charge, les répercussions à l’âge adulte seront lourdes. Ça vaut le coup de tenter d’intervenir, puis de les accompagner pour les aider à construire leur avenir. » Mais la pénurie de structures et de pédopsychiatres est criante. « Tant que les consultations de psychologues ne seront pas remboursées, l’accès aux soins des ados sera compromis », affirme Benoît Dutray.

A Paris : la vitrine de prestige
Bernadette Chirac en avait rêvé. Et le Tout-Paris était là pour inaugurer l’espace Solenn (du prénom de la fille de Patrick Poivre-d’Arvor, anorexique, décédée à l’âge de dix-neuf ans), la Maison des adolescents de Paris, qui a ouvert ses portes le 6 décembre dans l’enceinte de l’hôpital Cochin.
Au détour du boulevard de Port-Royal, la façade de verre surgit, prestigieuse. Au rez-de-chaussée : le hall, de 600 mètres carrés, au plafond cathédrale. C’est l’espace santé dédié à la prévention.
A l’étage : les consultations. Fauteuils design, ordinateurs dernier cri... Plus haut encore, le service des hospitalisations, les chambres et les salles d’activité : studio d’enregistrement, tisanerie, espace cuisine, salon de beauté, salle de musique, de danse, médiathèque. Sur le toit, une terrasse panoramique. Kamel, Johanne et Loralie, ados d’un collège réputé difficile, étaient conviés à l’inauguration. Dans la salle de danse c’est presque l’émeute : « T’as vu, ils donnent des fringues Ikks et Chipie. C’est trop, ça ! » « Ouah ! c’est ouf, le studio d’enregistrement et la radio » « Même si on n’est pas malade on peut venir ? » demande Kamel.
Jean-Pierre Benoit, pédopsychiatre, tempère les ardeurs : « C’est pour les enfants hospitalisés. Pour vous, il y a des associations de quartier. » « Dans mon quartier, y’en a pas, des assoces pour faire d’la radio », lance un ado. Loralie remarque : « Il va y avoir des ordinateurs dans toutes les chambres ! Dans mon collège, y en a pas un qui marche. C’est pas normal quand même. » « C’est bien que les enfants malades soient gâtés, mais, personne ne pense à nous », confie Johanne. Et si elle avait raison ? Et si la prévention commençait là-bas, dans les quartiers, bien en amont des portes de l’hôpital, par la création de lieux d’écoute, d’associations, d’espaces verts, de maisons de quartier, de postes d’infirmières scolaires, elle serait pas plus belle, la vie ?

 

-  [21.12.04]   Anne-Marie Thomazeau

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