Social / Champagnole/Mouvement humanitaire international

Des mères du Jura disent non à la guerre

A Champagnole, dans le Jura, l’organisation humanitaire Mères pour la paix, créée en 1994, réunit des femmes désireuses d’aider les victimes de conflits armés à reconstruire leur existence.

« Mères pour la paix », un nom qui illustre une vocation : celle de femmes qui aiment donner la vie et entendent la préserver. Citoyennes du monde, elles disent « non à la guerre, non à la violence », ces fléaux qui font des enfants et des êtres fragiles les premières victimes des conflits.
« A travers les siècles, les femmes n’ont participé que d’une manière extrêmement limitée aux processus décisionnels », confirme Françoise Dernoncourt, responsable de l’antenne de Champagnole, dans le Jura, et présidente pour la Franche-Comté de ce mouvement humanitaire international créé voici huit ans. « Aujourd’hui, poursuit-elle, elles refusent de faire partie du décor des guerres et, par le dialogue et la tolérance, elles veulent construire des ponts de compréhension, de justice et de paix. » L’origine de cette démarche repose sur l’action d’un groupe de mères serbes et bosniaques qui, en 1991, « se sont élevées contre les initiatives criminelles de l’armée yougoslave ». Ayant échoué dans leur tentative de mettre fin aux exactions, elles ont lancé un appel à toutes les mères du monde pour s’opposer à l’extermination de leur peuple, au viol ethnique de masse et à la destruction de leur pays.
Leur message fut entendu en Allemagne, au Canada et en Belgique. En France, c’est Nanou Rousseau – désormais présidente de la fédération nationale – qui, en 1994, a créé la première association, à Villeneuve-d’Ascq. « C’est ma sœur, confie Françoise Dernoncourt. Cette année-là, au mois d’août, nous sommes parties avec d’autres amies dans la région de Zagreb visiter six camps de réfugiés de Vukovar où les familles étaient entassées dans des containers ou des baraques de chantier. La prise de conscience fut terrible. »

Une aide aux victimes partout dans le monde
A leur retour, toutes les femmes qui avaient participé à ce voyage firent connaître dans leur entourage un reportage réalisé sur place. « En fait, une simple cassette de témoignages, explique Françoise Dernoncourt. Les gens, en découvrant cette vérité, étaient bouleversés et, très vite, la mobilisation a pris de l’ampleur et nous avons pu constituer un important réseau. »
A Champagnole, plus de 130 adhérents soutiennent les Mères pour la paix, dont « une trentaine sont des membres très actifs », se félicite-t-elle. Leur bilan, présenté à l’occasion de leur assemblée générale, début mars, est éloquent : 55 expéditions, à destination de l’Albanie, de la Bosnie, du Kosovo, de la Roumanie, de l’Ukraine, de l’Algérie, du Mozambique, de la Bolivie et de Bali, leur ont permis d’acheminer plus de 2 000 mètres cubes de produits de première nécessité. « Sans oublier la France », insiste Françoise Dernoncourt, en rappelant notamment l’aide envoyée aux victimes des inondations dans la Somme.
En partenariat avec d’autres organismes, multipliant les conférences, congrès et interventions en milieu scolaire, n’hésitant pas à recourir à l’envoi de pétitions et de courriers aux instances internationales, financées en partie par des dons et des subventions, ainsi que par les bénéfices de concerts et de manifestations culturelles, les Mères pour la paix croient aux vertus de la prévention et de la coopération.
« L’une de nos priorités, dorénavant, c’est la mise en place de microprojets économiques, afin de consolider durablement l’aide apportée dans l’urgence », insiste la présidente de l’antenne de Franche-Comté. Outre l’installation de serres pour la production de légumes et de fraises et l’extension d’une crémerie-laiterie afin d’approvisionner des camps de réfugiés en Bosnie et de favoriser le développement économique local, Françoise Dernoncourt et ses amies privilégient les programmes éducatifs et culturels dans ces zones meurtries par la guerre. « La reconstruction psychique et intellectuelle des victimes est aussi primordiale, estime-t-elle. La paix de retour, il faut que nul n’en soit l’oublié. »

 

-  [11.02.03]   Jean-Pierre Tenoux

Mères pour la paix, 6, rue Emile-Zola, 39300 Champagnole. Tél. 03 84 52 08 87 ou 03 84 52 15 42.
Mail : merespourlapaix39 @wanadoo.fr
Internet : www.merespourlapaix.org

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