Des morts et des malades par dizaines chez les anciens verriers, mais (toujours) pas de maladies professionnelles

Anne-Marie Boulet
Jusqu'en janvier 2003, date de fermeture de l'entreprise BSN Glasspack, à Givors (Rhône), les verriers ont respiré et manipulé des produits toxiques. Aujourd'hui, cancers, problèmes cardiaques, insuffisances respiratoires, rénales et morts subites sont leur lot. Depuis deux ans, l'association qui réunit quelque 650 anciens salariés, s'active à faire reconnaître leurs pathologies en maladies professionnelles. Et se heurte aux murs d'un déni unanime.

Les anciens verriers de BSN-Glasspack (aujourd'hui O-I Manufacturing) ont entrepris le même type de démarche que les dockers de Nantes [<1> Lire : [ et

]]. Cinq ans après la fermeture de la verrerie givordine, ils s'inquiètent du nombre de maladies graves et de décès autour d'eux, parmi leurs anciens collègues.

Ils se lancent alors dans une succincte enquête de santé, à partir d'un questionnaire envoyé à 645 personnes. 208 leur sont retournés et ils découvrent 127 malades ou décédés, totalisant quelque 195 pathologies.

Les pathologies multiples sont assez fréquentes. Un très grand nombre de cancers (92 sur 127), des pathologies cardiaques (35), des insuffisances respiratoires (14), des affections ORL (15) mais aussi 11 morts subites et dix décès indéterminés1.

Laurent Gonon, Givordin de longue date et docteur en gestion, aide alors l'association2 à monter un dossier élaboré regroupant non seulement les résultats de l'enquête de santé mais synthétisant également tous les types de produits employés au quotidien, dans les différents ateliers.

Un état des lieux environnemental, dressé grâce à la collaboration de la municipalité de Givors qui, elle, se bat toujours pour la remise en état de l'ancien site industriel, très vaste, complète le document.

Mais malgré diverses démarches et courriers au dernier employeur et aux services de l'Etat (Direction du travail, Carsat....), nulle attestation d'exposition n'est à ce jour délivrée, aucun suivi post-professionnel pour ces anciens verriers n'a été consenti et surtout, pas de reconnaissances de maladies professionnelles. Un seul des salariés s'était vu attribuer une reconnaissance en maladie professionnelle. Il était atteint d'une pathologie due à l'amiante et est décédé depuis.

Un dossier placé sous le signe de toutes les injustices

Le cas de cette verrerie symbolise toutes les limites de la législation actuelle – qui pourtant spécifie que l'employeur a obligation de délivrer une attestation d'exposition dans tout cas d'exposition à des produits cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques (Cmr) – et tous les freins rencontrés par les salariés dans leurs démarches.

Non seulement il y a là « déni d'empoisonnement mais aussi déni de justice », rappelait récemment Laurent Gonon, lors d'une soirée de soutien aux anciens verriers. Maître Karine Thiébault (barreau de Lyon) a entrepris plusieurs démarches au nom de l'association et de l'un de ses membres, Christian Cervantès, vice-président de l'association des anciens verriers, atteint d'un cancer du pharynx.

Le Tass de Lyon devrait dans les mois à venir réexaminer son recours pour sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Elle a également déposé, auprès du procureur de la République de Lyon, au nom de l'association, une plainte en pénal à l'encontre du dernier employeur.

Les sols sont pollués mais les hommes seraient indemnes

« Les services de l'Etat sont incapables de dire quels process ont pu amener des cancers chez les ouvriers de la verrerie, a remarqué Gilles Gabert, secrétaire du Chsct de la verrerie de Veauches (Loire), au cours d'une soirée de témoignages organisée le 12 maidernier. Mais ils peuvent nous fournir, pratiquement au centimètre carré prêt, l'état de la pollution du site de la verrerie de Givors, et à cause de quel produit. Ils sont drôlement plus performants pour les sols que pour la santé des hommes ! »

Pourtant, l'enquête réalisée par l'association révèle un taux de cancers très nettement supérieur à toutes les statistiques et études réalisées jusqu'à présent (enquête Sumer 2003, étude Esteve de l'Ined).

Mais on sait aussi par ailleurs que l'origine professionnelle des cancers est très largement sous-estimée. L'enquête Sumer de 2003 estimait que plus de 2 millions de personnes sont exposées à des produits CMR. Cependant seuls à peine 2 000 cancers par an sont aujourd'hui reconnus comme tels.

Mais le dossier, suite à cette soirée de témoignages et à l'intervention, à différents niveaux (Assemblée nationale, Sénat, courriers à des ministres dont Xavier Bertrand), d'élus, semble avancer un peu. Des représentants de l'association devraient prochainement être reçus à la Carsat Rhône-Alpes (nouvelle dénomination pour la Cram). L'association poursuit néanmoins ses actions. L'idée d'organiser, à l'automne, un rendez-vous encore plus conséquent que celui de mai, fait son chemin.

  • 1. Chiffres arrêtés à septembre 2009.
  • 2. Pour joindre l'association des anciens verriers :

    Association des anciens verriers de Givors, 60 rue du Moulin à Givors (69700).

    Permanence à partir de 9 heures, tous les vendredis matins.

    E-mail : assoverriers@orange.fr

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