Social

Des propositions concrètes pour améliorer la formation des jeunes handicapés


Jeune homme handicapé au lycee. ©Pierre BESSARD/REA. 2004.

La Fnaseph va remettre aux candidats à la présidentielle et au président de la République une liste de propositions visant à améliorer la scolarisation et la formation des jeunes handicapés. Des propositions qui ne demandent pas d’investissements supplémentaires, seulement une meilleure utilisation des moyens existants.

“Le handicap doit faire partie des projets de la campagne présidentielle”, martèle Sophie Cluzel, présidente de la Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap (Fnaseph). La Fédération organisait hier à Paris le Grenelle de la formation et de l’accès à la vie sociale des jeunes handicapés. Un rendez-vous qui a réuni 300 personnes et a abouti à l’élaboration de propositions précises à l’égard des candidats à la présidentielle et du président de la République.
Si le nombre d’enfants handicapés scolarisés augmente - 214 000 sont en milieu ordinaire, soit une hausse de 60 % depuis 2005 - “nous ne sommes pas du tout dans un accompagnement de qualité”, déplore Sophie Cluzel, la présidente de la Fnaseph.

Gros point noir mis en lumière par les participants : les disparités de traitement des enfants handicapés d’un département à l’autre, chaque maison départementale des personnes handicapées (MDPH) étant indépendante. La Fnaseph demande donc aux candidats de “faire un travail énorme d’harmonisation et de mutualisation des pratiques des MDPH” et que la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) soit chargée de coordonner le tout. Dans ce domaine, le “chantier prioritaire” sera de mettre enfin en place les projets personnalisés de scolarisation (PPS), censés prévoir pour chaque élève les ajustements nécessaires à son handicap, et établis par les MDPH. “80 % des PPS ne sont pas écrits”, déplore Dominique Leboiteux, administrateur de la Fnaseph. “Chaque MDPH développe des outils dans son coin, il faut impérativement un cadre national”, insiste Sophie Cluzel.

Deuxième axe du plan d’action proposé par la Fnaseph : former les enseignants. La Fédération demande que soit rendu obligatoire un module handicap au cours de leur formation et qu’une question sur le handicap soit inscrite dans les concours. Elle réclame également un temps de formation en binôme avec l’auxiliaire de vie scolaire (AVS).
Du côté des manuels scolaires, la Fnaseph demande à l’Education nationale de négocier avec les éditeurs l’accès aux versions numériques, plus accessibles à nombre d’enfants handicapés que les versions papier.

Le troisième chantier sur lequel les candidats devront s’engager concerne la création d’un métier d’accompagnant. Les enfants handicapés sont actuellement accompagnés par des AVS, dont la durée de contrat avec l’Education nationale ne peut excéder six ans. Ces assistants disposent d’une formation de 60 heures dispensée durant leur contrat, et non avant leur prise de fonction. “On ne peut plus supporter qu’ils arrivent devant les enfants sans avoir eu leur formation”, déplore Sophie Cluzel. La Fnaseph exige qu’ils suivent ces 60 heures avant leur première rentrée scolaire.
Elle réclame également la pérennisation de ces emplois et la reconnaissance de l’expérience qu’ils permettent d’acquérir. “Chaque année, 1 500 auxiliaires vont pointer au Pôle-Emploi, sans rien. Il leur faut au moins une certification de validation de leurs acquis. On a déjà perdu 3 500 AVS dans la nature et on repart avec des gens pas formés. Il faut que ce métier soit financé de façon pérenne, dans le cadre d’un service départemental”, avance la présidente de la Fnaseph.

“Arrêter de les envoyer vers des filières par défaut”
Les ministères de l’Education nationale et des Solidarités ont diffusé un communiqué commun dans lequel ils répondent aux critiques de la Fnaseph : il y a eu 20 % d’AVS supplémentaires entre 2010 et 2011. Certes, dit la Fnaseph, mais cela cache une réalité moins réjouissante : “Ils ont fait le choix de recréer de nouveaux emplois de contractuels et de ne pas pérenniser les AVS. Il y a plus de moyens, mais pour de la précarité”, attaque Patrice Fondin, administrateur de la Fnaseph.
L’Education nationale ne souhaitant pas que le métier d’auxiliaire soit exercé par des fonctionnaires, la Fnaseph demande que les associations puissent prendre le relai de l’Etat et employer elles-mêmes les AVS, comme c’est déjà le cas dans certaines zones de France. La Fédération des pupilles de l’enseignement publique, qui le fait déjà ponctuellement, se propose pour reprendre le flambeau à grande échelle.

Enfin, dernier volet du plan d’action issu du Grenelle : mieux assurer l’accès des jeunes handicapés au marché de l’emploi. Et ainsi cesser d’orienter le gros des troupes en bac professionnel comptabilité, une voie bouchée. “Il faut arrêter de les envoyer vers des filières par défaut et faire en fonction des projets du jeune”, souhaite Sophie Cluzel. L’enjeu est de taille puisque le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population. La Fnaseph demande la création de services d’accompagnement à la vie professionnelle.
Elle propose également des incitations fiscales pour les entreprises de moins de 20 salariés qui embauchent des travailleurs handicapés (seules les entreprises de plus de 20 salariés sont soumises au quota de 6 % et au versement d’une contribution financière si elles ne l’atteignent pas).

Dans leur communiqué commun, les ministères de l’Education nationale et des Solidarités mettent en avant les efforts pécuniaires fournis au cours des dernières années : “Les moyens financiers consacrés à la scolarisation des enfants handicapés seront passés de 754 millions d’euros en 2007 à 1,3 milliard d’euros en 2012, soit une hausse de 73 %”.
La Fnaseph ne conteste pas ces chiffres – “les efforts sont indéniables” – mais juge qu’“avec l’afflux d’élèves handicapés, ils ont répondu avec des moyens, mais pas en termes de besoins. Il faut raisonner en termes qualitatifs et plus quantitatifs”. Et Sophie Cluzel de préciser : “Tout ce qu’on réclame, c’est à moyens financiers constants !” En d’autres termes, l’argent est là, il faut simplement mieux le dépenser.

 

-  [26.01.12]   Elsa Maudet

A noter que l’Association des paralysés de France (APF) fait ce jeudi une tournée des QG de campagne des candidats pour leur offrir un fauteuil roulant siglé du logo de chaque parti politique. Une fois la liste des candidats à la présidentielle arrêtée, l’APF demandera à chacun de prendre des engagements en faveur du handicap.

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Les Français se sentent concernés
D’après un sondage IFOP pour la Fnaseph et 20 Minutes, 67 % des Français considèrent que la place des jeunes handicapés à l’école et en entreprise est un thème prioritaire de la prochaine élection présidentielle. 84 % jugent que la place des jeunes handicapés est à l’école et non en centre spécialisé, mais 95 % estiment que cela doit se faire avec un accompagnement adapté.
Aux yeux de 73 % des sondés, les jeunes handicapés restent trop à l’écart de la vie en société, mais 54 % pensent que leur situation s’est plutôt améliorée depuis cinq ans.
21 % des sondés ont un jeune handicapé dans leur environnement proche.

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