jeudi 9 février 2012
Le rapport de la chambre régionale des comptes d’île de France sur l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) continue à faire couler de l’encre et ses conclusions s’éventent peu à peu.
Dés sa parution, le Mouvement de défense de l’hôpital public – qui totalise 700 000 signatures sur sa pétition pour sauver l’hôpital public – en a contesté les conclusions. Les syndicats des personnels ont aussitôt réagi eux aussi.
La mise au point des syndicats
La CGT souligne que les personnels de l’AP-HP « pèsent plutôt moins » sur les dépenses de la masse salariale que dans les autres hôpitaux, « environ 10 % sur le budget annuel de 6 milliards d’euros des 37 hôpitaux », avec un taux d’absentéisme inférieur par rapport à d’autres CHU, l’établissement francilien se classant 11e.
Pour sa part FO estime que le rapport relève « d’une totale méconnaissance de l’hôpital et de l’organisation des services de soins », et dénonce la méthode employée qui consiste à comparer les établissements entre eux.
Sud-Santé dénonce dans son communiqué une « opération de communication téléguidée » avec des chiffres de sur-effectif « en complète contradiction avec le terrain ».
Il en va de même pour le poids de la masse salariale dans le budget de l’AP-HP, évalué à 63 % par le syndicat au lieu de 70 % dans les hôpitaux en général. En outre, la Chambre régionale des comptes n’a pas tenu compte du nombre d’emplois supprimés depuis 2007, chiffré à 3 500 par Sud Santé.
Enfin, concernant l’absentéisme, « si on retire le poids des congés maternités pour un personnel à 80 % féminin, les agents de l’AP-HP sont ceux qui s’arrêtent le moins des CHU après celui de Rennes », souligne SUD.
Une kyrielle d’inexactitudes
Les syndicats ne sont pas seuls à s’étonner de la date de parution du rapport qui tombe à pic alors que la contestation contre le plan stratégique monte à l’AP-HP.
Sous le titre « La drôle d’autopsie des hôpitaux de Paris », le Canard enchaîné écrit « Roselyne Bachelot en rêvait, la chambre régionale des Comptes d’île de France l’a fait. »
Le Canard relève surtout lune kyrielle d’inexactitudes. Ainsi le calcul concluant à la faible activité de Georges-Pompidou est dû au fait qu’ont été inclus les mois de fermeture de 70 lits après un incendie. Même erreur concernant l’embauche de 551 praticiens en plus pour 2007 : ces embauches ont été effectuées sur trois ans. Concernant l’absentéisme, « les agents de Paris sont ceux qui après Rennes font le moins l’hosto buissonnier. »
Comment on casse une équipe
Le rapport de la chambre régionale qui apporte de l’eau au moulin de la ministre ignore les désorganisations et gâchis en cours. Dans un témoignage adressé au Mouvement de défense de l’hôpital public le docteur Catherine Adamsbaum, chef du Service de radiologie de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul décrit la casse de son service, de son équipe, le désarroi des usagers.
Depuis de nombreuses années cette équipe répond à la demande en imagerie pédiatrique, néonatale et périnatale et aujourd’hui encore « le service fonctionne complètement, le nombre d’actes augmente même dans certains domaines ».
Cependant l’hôpital doit pourtant définitivement fermer au moment de l’ouverture du nouveau bâtiment sur le site Port-Royal. Ce bâtiment est destiné à accueillir la maternité et la totalité de la réanimation néonatale, mais la construction en est pour le moment bloquée du fait de la faillite d’une des entreprises.
La chef de service précise : « Certaines activités restent donc à Saint-Vincent-de-Paul (maternité, gynécologie adulte, neuro-endocrinologie pédiatrique et unité de néonatalogie) jusqu’en 2011 et nécessitent une activité d’imagerie sur place. Parallèlement, une partie des activités pédiatriques (dont la chirurgie) migre de façon anticipée vers l’hôpital Necker, a priori en août 2010, avant la construction d’un nouveau bâtiment. La fermeture du SAU sera accompagnée de la fermeture de la garde de radiologie, mais je n’ai à ce jour aucune notification officielle à ce sujet ».
Conclusion, « il existera donc une période « intermédiaire », pendant laquelle le service de radiologie de Saint-Vincent-de-Paul continuera à assurer sa triple mission sur place, écrêté d’ores et déjà d’un certain nombre de moyens ».
[08.04.10]
Maïté Pinero
En savoir plus :
www.sante.cgt.fr
www.sud-sante.org
www.fosps.com
Le site du Mouvement de défense de l’hôpital public :
www.mdhp.fr
Le docteur Adamsbaum souligne la déstabilisation qui mine son équipe : « Les points d’incertitude sont nombreux : Quels projets ? Qui part, comment ? Où ? Quelle sera la lisibilité de l’équipe ? Qui reste, et pour combien de temps ? L’inquiétude est aggravée par le ressenti de l’équipe médicale et paramédicale de la volonté de coupes-franches, qui n’est un secret pour personne… A ce jour, personne ne se sent attendu ni collectivement, ni individuellement, et tout le monde s’inquiète donc, à juste titre, de son avenir ».
Les ravages sont immenses dans ce « groupe médical et paramédical socioprofessionnel qui fonctionnait jusque là harmonieusement : démotivation, tensions internes, désir de fuite sont probablement les trois qualificatifs les plus adaptés. Le manque de vision à moyen terme, l’absence de projet clairement défini, détruit évidemment toute motivation. Les démarches individuelles, parfois contradictoires avec l’esprit d’équipe, se multiplient… »
Ainsi, des manipulateurs hors pair, spécialisés en pédiatrie depuis plus de 20 ans, « fuient en radiologie adulte devant cet avenir incertain. Peut-on se féliciter de ce résultat ? Les agents se mettent en compétition (qui sera gardé ?) et l’entraide sociale s‘altère. J’observe d’ailleurs un « turn-over » inhabituel des agents et aides-soignants »
La chef de service constate que « l’équipe d’encadrement s’épuise ». En effet, « les efforts déployés pour essayer de rassurer et de remotiver les personnels sont quotidiens et difficiles. Ils restent souvent vains. Le temps passé en réunion interne pour expliquer aux uns et aux autres ce qui est connu de la situation devient long, répétitif….et parfois contradictoire, en fonction des dernières informations ».
C’est tout le travail d’une équipe, la qualité d’un service qui se délite : « Vis-à-vis des patients, cette inquiétude collective se ressent particulièrement. La médecine et en particulier la pédiatrie nécessite patience et sérénité ». L’accueil téléphonique personnalisé, très apprécié des familles, mis en place depuis plusieurs années, nécessite maintenant une réactualisation quasiment hebdomadaire. L’« aquoibonisme » s’installe insidieusement…Les questions sans réponse des parents contribuent encore à l’instabilité des personnels. « Où serais-je suivi ? Où serez-vous ? Mon dossier suivra-t-il, quand… ? »
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