lundi 21 mai 2012
La situation sociale des malades influence aussi la survenue des cancers.
Nous ne sommes pas égaux face au cancer. Une étude de l’Institut de veille sanitaire (Invs), publiée en septembre dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, montre même que les différences se creusent depuis trente ans.
Si certains cancers (pancréas, vessie, rein, ganglions, moelle osseuse) touchent des personnes de toutes les catégories socioprofessionnelles, d’autres, comme ceux des voies aérodigestives supérieures et du poumon, frappent majoritairement les personnes situées en bas de l’échelle sociale.
Les ouvriers de moins de 65 ans ont actuellement deux fois plus de risques de mourir d’une de ces tumeurs que les cadres supérieurs et les membres des professions libérales.
En cause, les modes de vie, l’exposition à des polluants sur le lieu de travail, mais aussi la précarité. Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais, où le taux de chômage est élevé, la mortalité des ouvriers atteints d’un cancer des voies aérodigestives est supérieure de 60 % à celle des ouvriers d’autres régions. L’écart n’est que de 20 % pour les catégories intermédiaires et de 5 % pour les cadres supérieurs.
A ces inégalités s’en ajoutent d’autres. On sait, par exemple, que les catégories socioprofessionnelles élevées sont plus perméables aux messages de prévention que les autres.
C’est pareil pour le dépistage. Ce n’est donc pas un hasard, par exemple, si c’est chez les femmes les plus précaires que le cancer du col de l’utérus est aujourd’hui le plus fréquent, alors qu’un frottis permet de le dépister.
Les disparités s’accroissent aussi en ce qui concerne la prise en charge. Si les femmes diplômées sont celles qui sont le plus touchées par le cancer du sein, elles ont aussi le meilleur taux de survie.
De leur côté, les hommes cadres supérieurs atteints d’un cancer colo-rectal ont une durée de survie double de celle des chômeurs. Pour la même affection, les citadines gagnent 25 % de survie par rapport aux campagnardes.
Rien de très étonnant au vu des études menées au Chu de Caen et soutenues par l’Arc (Association pour la recherche sur le cancer), qui révèlent que les membres des catégories sociales inférieures s’adressent moins aux centres de soins spécialisés, l’éloignement géographique constituant un handicap majeur pour bénéficier d’un bon diagnostic et des traitements optimaux.
[05.11.08]
Brigitte Bègue
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