jeudi 9 février 2012
Les conseillers en environnement intérieur traquent les polluants et les allergènes dans nos maisons. Ces « ambulances vertes » viennent chez vous sur demande du médecin. Lancé il y a tout juste un an par le ministère de l’Ecologie, ce dispositif existe déjà depuis près de vingt ans en Alsace.
Dans sa jolie maison de la banlieue strasbourgeoise, Nadine, maman de Sidonie, quinze mois à peine, raconte : « Jusqu’à ses sept mois, tout allait bien. La petite dormait dans notre chambre. Depuis qu’elle passe ses nuits dans la sienne, c’est l’enfer. Elle a du mal à respirer, enchaîne rhinites, angines et toux asthmatique. » Martine Hot, conseillère en environnement intérieur (Cei), prend note.
Sur les conseils de son médecin, Nadine a fait appel aux services des « ambulances vertes » du Bas-Rhin, basées à l’hôpital civil de Strasbourg. Après un questionnaire précis sur le type de chauffage, la présence ou non d’animaux, de fumeurs, les revêtements de sol et muraux…, Martine Hot va passer à la loupe toutes les pièces de la maison.
Durant près de deux heures, la conseillère en environnement intérieur va traquer, capter et mesurer les polluants. « Les demandes d’intervention couvrent un large éventail de symptômes, comme l’asthme, les rhinites chroniques, les problèmes Orl, dermatologiques, les céphalées. C’est toujours un médecin qui fait appel à nos services. Dans 44 % des cas, la demande concerne un enfant de moins de 12 ans », explique la conseillère strasbourgeoise.
Les polluants chimiques les plus souvent identifiés sont le benzène (lié au tabagisme), les différents composés émis par les solvants (peintures, colles, produits d’entretien…), les terpènes (émis principalement par les désodorisants pour l’air), le formaldéhyde (provenant des bois agglomérés, matériaux de construction, produits cosmétiques…). Et 40 % des logements présentent des contaminations fongiques visibles. Si certaines mesures s’effectuent au domicile, des prélèvements sont étudiés en laboratoire.
« Nous rédigeons ensuite un compte rendu détaillé et proposons des conseils pratiques que nous envoyons au patient ainsi qu’au médecin prescripteur », précise Martine Hot. Un suivi téléphonique est assuré par les Cei trois à six mois après leur passage.
« Les conseils que nous donnons et le suivi médical permettent d’améliorer le bien-être et la santé des patients que nous visitons. Il est généralement indispensable d’ôter les plantes vertes, souvent allergènes et favorisant les moisissures, de mettre des housses pour faire barrière aux acariens, de supprimer les moquettes au profit de revêtement lavables. Mais, souvent, il suffit d’aérer le logement tous les jours pendant au minimum vingt minutes pour constater une amélioration », poursuit Martine Hot.
Lancées par la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, il y a juste un an, les « ambulances vertes » existaient déjà en Alsace depuis 1991. Le Pr Frédéric de Blay, chef du service de pneumologie à l’hôpital civil, avait créé un diplôme universitaire pour professionnaliser les Cei.
L’an dernier, 83 conseillers ont été formés à Strasbourg. Mais seulement la moitié ont trouvé un poste en France. Pourtant, la demande est croissante face à l’explosion du nombre de personnes souffrant d’allergie.
Depuis les années 1970 et la crise pétrolière, les logements sont mieux isolés mais, du coup, deviennent pratiquement hermétiques. A cela s’ajoutent les progrès de l’industrie chimique, qui met sur le marché des milliers de nouveaux composés dont les effets sur la santé sont encore mal connus.
L’appel d’offres aux Régions lancé par le ministère de l’Ecologie pour créer sur l’ensemble du territoire 10 à 13 postes, financés pour seulement trois ans, semble d’ores et déjà insuffisant. A Strasbourg, les deux conseillères, à mi-temps (postes financés par l’hôpital), effectuent plus d’une quinzaine de visites à domicile par mois dans tout le département du Bas-Rhin.
[01.03.10]
Céline Lutz
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