Société / Interne au centre de formation du Stade rennais, il allie foot et études

Dimitri, graine de champion

Comme Shiva avant lui, Dimitri, dix-sept ans, se prépare à vivre son rêve. Mais Dimitri, dont la famille est à la Guadeloupe, est très entouré et poursuit ses études, avant de devaenir, qui sait, le nouveau Lilian Thuram…

La fenêtre de sa chambre donne sur les tribunes du stade, qui s’enflamment lors des grands rendez-vous des «  Rouge et Noir  », l’équipe de football de Rennes. «  Oui, mon objectif, je l’ai là, sous les yeux, constate en souriant Dimitri Foulquier. Cet objectif, c’est signer pro et jouer le maximum de matchs avec le Stade rennais.  » Le jeune Guadeloupéen de dix-sept ans est interne depuis août 2007 au centre de formation du club breton, qui est quasi adossé au stade de la route de Lorient.

Dimitri avait été remarqué par le directeur du centre, Patrick Rampillon, lors d’un tournoi en région parisienne où il jouait dans la sélection de la Guadeloupe. Il a donc quitté sa région natale de Basse-Terre pour rejoindre l’école technique privée Odorico, sans hésitation. «  Je veux être footballeur professionnel depuis l’âge de dix ans. Comme beaucoup d’enfants, bien sûr  !, reconnaît-il. Mais mes parents ont vite compris que j’étais sérieux et vraiment déterminé.  » Le joueur qui le faisait rêver  ? Lilian Thuram. Le footballeur international le plus capé de l’histoire de l’équipe de France, avec ses 142 sélections, est guadeloupéen comme lui. «  Un jour, je l’ai rencontré par hasard à l’aéroport de Pointe-à-Pitre. On a échangé quelques mots  », ajoute-t-il.

Trophée du meilleur joueur

Dimitri dit s’être vite adapté à la vie au centre. «  On m’y a bien aidé, dit-il, et puis j’étais déjà interne en Guadeloupe.  » Ses deux grands frères habitent en banlieue parisienne et il passe les week-ends chez eux quand il n’a pas de matchs. La Guadeloupe lui manque-t-elle  ? «  J’y retourne pour les vacances, répond-il, et, dans deux semaines, mes parents viennent me voir.  » Conscient de sa chance de faire partie de la quarantaine de jeunes formés au centre (certains sont demi-pensionnaires), il ne ménage pas ses efforts pour réussir. Il vient de recevoir le trophée du meilleur jeune du centre de formation, qu’avaient reçu avant lui, notamment, Vincent Pajot, Sylvain Marveaux, Jimmy Briand, Gaël Danic, Anthony Réveillère ou encore Mikaël Silvestre. Un trophée qui récompense ses qualités footballistiques et humaines et ses résultats scolaires. «  L’ensemble de l’encadrement participe à cette élection, souligne Patrick Rampillon  : les éducateurs sportifs, le psychologue du centre, les professeurs ainsi que la gouvernante de l’internat, la “ seconde maman ” de tous ces jeunes.  »

Si le football tient une place prépondérante dans la formation, la pépinière du Stade rennais ne néglige pas pour autant la scolarité de ses jeunes pousses. Les résultats de ses élèves aux examens sont dans la moyenne nationale. Elle assure dans ses locaux, avec une vingtaine de professeurs, un enseignement général de la seconde à la terminale, ainsi qu’un enseignement professionnel jusqu’au Bep (qui deviendra bac pro l’an prochain). Quelques collégiens, trois cette année, vont dans un établissement voisin qui les libère à 16 heures pour l’entraînement.

100 % foot, mais après le bac

Après avoir fait partie de ces collégiens, Dimitri est maintenant en première S et bénéficie, comme ses condisciples, d’une inscription au Cned (enseignement à distance) et d’un suivi personnalisé de dix-neuf heures de cours dans des classes à petits effectifs (huit ou neuf élèves, voire moins). Les horaires sont aménagés pour permettre les entraînements  : cours le matin de 8 heures à 10 heures, puis l’après-midi de 14 heures à 15 h 30. «  Je veux avoir le bac, l’an prochain. C’est une sécurité. On ne sait pas ce qui peut arriver. Et puis la carrière d’un joueur est courte  », explique le sage jeune homme. Aller plus loin dans les études  ? «  Peut-être, mais pas tout de suite. Après le diplôme, je compte m’investir immédiatement à 100 % dans le football. Ensuite, on verra.  »

Les entraînements et les matchs ont lieu à la Piverdière, dans un quartier situé à une quinzaine de minutes à pied, qui est également centre d’entraînement de l’effectif professionnel du club rennais. Entraîneurs, préparateur athlétique, préparateur mental (pour conseiller les entraîneurs), médecin, kiné, utilisation de la vidéo… Ce centre se donne les moyens pour former des joueurs capables d’évoluer dans les dix premiers clubs de la ligue 1. Entre trois et six joueurs par classe d’âge parviennent à rejoindre l’élite. Dimitri, qui joue sur le côté droit – arrière ou milieu –, a bien l’intention d’être l’un d’eux.

Lire aussi Le prix du rêve de Shiva Star Nzigou

 

-  [01.06.10]   Sylvaine Frézel

On forme des joueurs et des hommes
Ces quatre dernières années, le Stade rennais est arrivé en tête du palmarès des 32 centres de formation des clubs professionnels, établi par la Direction technique nationale de football. Les critères de ce classement sont les contrats professionnels signés, les matchs joués en ligue 1 par les jeunes issus du centre, le nombre de sélections nationales, le taux de réussite sur le plan scolaire et le niveau de diplôme des éducateurs. Le club breton consacre environ 8 % de son budget à son école, dirigée depuis vingt-deux ans par Patrick Rampillon. Selon cet ancien joueur du Stade rennais, le centre a une triple mission  : repérer les talents prometteurs sur les terrains français, donner une formation footballistique aux jeunes et leur permettre de se construire comme individus.

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