lundi 21 mai 2012
« Les cœurs de métier sont malmenés et le travail perd son sens »
Médecin du travail depuis trente ans dans la centrale nucléaire de Chinon, Dominique Huez [1] est de ceux qui, très tôt, se sont demandé : comment ça va, le travail ? Observateur actif, il fut le premier à déposer un droit d’alerte médical pour un collectif d’agents en souffrance psychique. Il mesure combien, depuis cinq ans particulièrement, les effets toxiques des modifications des organisations du travail atteignent la santé des salariés et des sous-traitants d’Edf.
Comment analysez-vous le fait que le travail induise de plus en plus fréquemment des désordres psychiques et qu’une entreprise comme Edf, où il existe pourtant une culture santé, soit aussi touchée par des gestes suicidaires ?
Plusieurs facteurs se conjuguent. Il y a les contraintes de surcharge, de densification du travail – pas tout à fait nouvelles –, mais elles s’articulent avec une construction managériale qui, volontairement, isole les salariés à coup de primes individuelles. Cette mise en concurrence est un a priori totalement idéologique qui n’imagine même pas que les salariés sont capables de travailler au mieux de leur compétence sans ces fameuses carottes. Cette attitude est renforcée par le fait que le management est de plus en plus coupé du travail concret et qu’on a affaire à des cadres qui sont des gestionnaires polyvalents dont la glorification est de traiter avec des salariés complètement interchangeables.
C’est donc les cœurs de métier qui sont malmenés, mais aussi le sens du travail. Aujourd’hui, on demande aux agents de répondre avant tout à des normes, avec des indicateurs vides de sens. Cela ne permet plus de faire du beau travail. D’où un sentiment de honte qui peut aller jusqu’à la haine de soi.
Isolement, insatisfaction, voire souffrance éthique… Peut-on venir à bout de ces piliers du mal-être au travail ?
Ce mécanisme de désolation peut être corrigé par les collectifs de travail. Sinon, les salariés seraient tous dans l’impasse absolue. J’ai fait mon premier rapport à la centrale de Chinon, où nous avions un système de veille médicale, en 1989. En 2004, j’ai vu les choses s’aggraver. En 2005, nous avons été confrontés à trois suicides, et depuis il y en a eu d’autres. Il faut, pour s’en sortir, qu’à un moment donné les collectifs et le management repensent ensemble, mettent en délibération le travail concret.
Que pensez-vous des cellules d’écoute, des numéros verts ?
Ce sont exclusivement des fausses pistes. Quant aux observatoires, ils peuvent permettre d’avoir des connaissances nationales pertinentes. Mais on a besoin de concret sur le terrain. Là, il faut produire des pistes de compréhension, de discussions collectives. Car la santé se construit aussi au travail.
[01.02.10]
Jacqueline Roz-Maurette
[1] Auteur de Souffrir au travail. Comprendre pour agir (éd. Privé, 2009, 17,50 e) et coordinateur de l’ouvrage collectif les Maux de la sous-traitance (éd. Octarès, 2001, 28 euros), ainsi que de nombreux articles professionnels.
Un stress violent a d’immédiates répercussions sur l’organisme. Sachez décrypter les signaux que le corps envoie.
1 Alarme
Dès la confrontation à une situation évaluée comme stressante, des hormones sont libérées par l’organisme. Elles ont pour effet d’augmenter la fréquence cardiaque, la tension artérielle, les niveaux de vigilance, la température corporelle, et de provoquer une dilatation des vaisseaux sanguins. Toutes ces modifications ont pour but d’acheminer l’oxygène vers les muscles et le cœur, et ainsi de préparer l’organisme à réagir.
2 Résistance Un autre axe neuro-hormonal (l’axe corticotrope) est activé, préparant l’organisme aux dépenses que nécessitera la réponse au stress. De nouvelles hormones sont sécrétées, qui augmentent le taux de sucre dans le sang pour apporter l’énergie nécessaire aux muscles, au cœur et au cerveau. Elles peuvent freiner leur propre sécrétion : des récepteurs du système nerveux central détectent et régulent la quantité d’hormones libérées.
3 Epuisement
Si la situation stressante se prolonge encore ou s’intensifie, les capacités de l’organisme peuvent être débordées : c’est l’état de stress chronique. Pour faire face, l’organisme produit toujours plus d’hormones. Le système de régulation de la résistance évoqué précédemment devient inefficient. L’organisme, submergé d’hormones, est en permanence activé. Il s’épuise.
Près d’un tiers des cancers pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation. S’il n’existe pas d’aliments magiques qui mettraient totalement à l’abri de cette maladie, certains d’entre eux ont de réels effets protecteurs. Les livres sur (...) [02.01.12] • Réagir

La Mutuelle des étudiants demande un accès aux soins pour tous« De nombreux étudiants doivent aujourd’hui choisir entre soigner une carie, consulter leur (...) [21.05.12]

Marisol Touraine, à la tête d’un grand ministère des Affaires socialesA cinquante-trois ans, la fille du sociologue Alain Touraine, diplômée de Normale sup, de (...) [21.05.12]

Les femmes se soucient de leur santéPrès des trois quarts des femmes (73 %) se disent préoccupées par leur santé, contre seulement 64 % (...) [16.05.12]

"A Fukushima, ce sont surtout les femmes qui se mobilisent"« De Tchernobyl à Fukushima », c’est le thème du forum sur la radioprotection qui s’est tenu à (...) [11.05.12]
Des experts américains proposent d’autoriser un antirétroviral en prévention de l’infection par le VihAux Etats-Unis, un comité d’experts a recommandé le 10 mai à l’Agence américaine des médicaments (...) [11.05.12]
Etats-Unis : 30 % des travailleurs manquent de sommeil Le site de l’European Trade Union Institute (Etui) rapporte que selon une enquête publiée par le (...) [14.05.12]
A quoi rêvent les jeunes entrepreneurs solidaires ?« Une partie importante des salariés de l’économie sociale et solidaire va partir à la retraite (...) [11.05.12]
"L’entrepreneuriat social est juste une évolution normale du capitalisme"Rencontre avec Lisa Barutel et Grégoire Delamare, deux étudiants de l’ESSEC qui ont choisi la voie (...) [11.05.12]

Areva reconnu responsable du décès d’un salarié de l’un de ses sous-traitantsAreva a été reconnu responsable du décès d’un ancien salarié d’une mine d’uranium, au Niger. Une mine (...) [11.05.12]

Agriculteurs : le lien entre pesticides et maladie de Parkinson dans les tableaux de maladie professionnelleUn décret, paru au Journal officiel du 6 mai 2012, reconnaît officiellement le lien entre (...) [09.05.12]