jeudi 9 février 2012
Le 9 septembre, Dominique Versini, défenseure des enfants, apprend par la presse que son poste est supprimé. Une décision qui choque alors que l’on célèbre le 20e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant.
La nouvelle est tombée comme un couperet : le poste de défenseur des enfants est supprimé. Le gouvernement prévoit de fondre l’institution dans un service confié à un « défenseur des droits » sans compétences particulières concernant les enfants. Ce service regrouperait également les missions de médiateur de la République, de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (Cnds) et celles de contrôleur général des lieux privatifs de liberté.
Une décision qui signe la fin de l’indépendance de la défenseure : « L’année même du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, c’est une mesure incompréhensible. J’ai appris l’information par la presse. »
Dominique Versini est nommée défenseure des enfants en 2006. Elle succède à Claire Brisset, qui avait occupé la fonction pendant six ans : « J’ai été choisie à la suite de l’action que j’avais menée en faveur des mineurs étrangers isolés lorsque j’étais au ministère de la Solidarité. »
Le social, la solidarité, est une vocation tardive pour Dominique Versini. Elle naît et grandit à Rabat, au Maroc, auprès d’une mère qui l’élève seule. En 1971, elle arrive en France, fait des études de droit et de sciences politiques, puis travaille dans un labo pharmaceutique.
En 1993, elle rencontre Xavier Emmanuelli. « Il travaillait pour Médecins sans frontières, il m’a ouvert les yeux sur un monde que je ne connaissais pas. Celui des gens de la rue. Le choc a été immense. Comment pouvait-il exister, dans un pays aussi riche que le nôtre, autant de gens à la rue ? »
Xavier Emmanuelli lui demande de l’aider à monter le Samu social de Nanterre. La même année, elle perd sa mère. En quelques semaines, elle démissionne de son poste et se lance dans ce pari risqué : « Cela a été une expérience fantastique. J’ai eu l’impression d’avoir fait ça toute ma vie. Etait-ce parce que j’avais grandi au Maroc, au milieu de la misère, certes, mais dans une société où la solidarité n’est pas un vain mot ? Sans doute. En tout cas, cela a réveillé en moi la volonté d’aider mon prochain. »
Son expérience du terrain lui vaut d’être nommée en 2002 secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre la précarité et l’exclusion. Elle crée des maisons-relais pour les gens de la rue, mais aussi un dispositif pour les jeunes errants isolés. Elle est confrontée aux premières familles de sans-papiers qui arrivent en France et se retrouvent entassés dans des logements insalubres.
C’est en travaillant sur les dossiers des mineurs étrangers que Dominique Versini rencontre Claire Brisset. Ensemble, elles tentent de trouver des solutions pour ces enfants qui risquent l’expulsion : « A cette époque, sous les gouvernements Chirac, j’avais carte blanche. Depuis, je suis bien obligée de constater que les politiques envers les enfants sont devenues plus répressives. »
Depuis sa nomination, Dominique Versini a fait avancer plusieurs dossiers : celui du statut des beaux-parents, celui de l’adolescence en souffrance, qui va permettre de développer les Maisons des adolescents. Elle a aussi émis des avis défavorables au placement des enfants dans les centres de rétention, aux tests Adn et au durcissement des mesures sur la justice des mineurs.
Ces prises de position ont-elles été jugées dérangeantes par le gouvernement ? Sans doute. « Ils n’ont même pas attendu que mon mandat se termine, en 2012. »
Les inquiétudes sont énormes. Les enfants, comme les parents, ne s’adresseront pas spontanément à un défenseur des droits qui n’aura pas une compétence spécialisée dans les problèmes liés aux enfants. Depuis sa création, l’institution a traité des réclamations concernant plus de 20 000 enfants. 20 % émanaient des enfants eux-mêmes.
L’institution, c’est aussi une équipe de 60 correspondants et de 32 jeunes ambassadeurs qui la représentent sur tout le territoire. Que vont devenir ces relais, essentiels sur le terrain ? Le projet de loi ne le dit pas. Il fait aussi renoncer au rapport remis chaque année au gouvernement sur la situation des enfants en France et qui présente des pistes de réflexion sur les questions de société concernant les mineurs.
Forte des 30 000 signatures de soutien qu’elle a reçues, Dominique Versini continue à travailler sans savoir quand sa mission s’arrêtera. En octobre, elle a été nommée pour un an présidente du réseau européen des défenseurs des enfants.
[01.12.09]
Anne-Marie Thomazeau
17 juillet 1954
Naissance à Rabat, au Maroc. Sa mère l’élève seule.
1971
Arrivée en France, dans une cité
de Gennevilliers.
1993
Elle crée le Samu social de Nanterre.
1998
Elue au conseil régional d’Ile-de-France sur
une liste Rpr.
2000
Publie le livre
La survie n’est pas
la vie (Calmann-Lévy). Elle y raconte son parcours
et son expérience auprès des Sdf.
7 mai 2002
Elle est nommée secrétaire d’Etat chargée de la Lutte contre la précarité
et l’exclusion.
28 juin 2006
Elle est nommée défenseure
des enfants.
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