lundi 21 mai 2012
En France, le principe de l’anonymat du don est la règle. S’il n’est pas remis en cause pour le don d’organes et de sang, en revanche, la question est posée pour l’anonymat du don de gamètes (sperme, ovocytes), et plus encore pour le don d’embryons surnuméraires à des couples stériles.
Quatorze pays (parmi lesquels la Suède, l’Autriche, certains Etats américains, le Royaume-Uni et la Finlande) se sont déjà prononcés pour la levée ou l’aménagement de la notion d’anonymat.
La polémique est née en 2006 de la revendication d’enfants – devenus adultes – issus du don de sperme et souhaitant connaître leur « transmetteur de gènes ».
Ils posent la question du droit à l’accès de leur origine et rejoignent en cela le combat des enfants adoptés.
Plus largement, ils interrogent une société qui dénie le droit à une catégorie de la population d’avoir accès à son histoire.
Certains donneurs de sperme ont accepté de les rejoindre (voir le témoignage d’Alain), s’estimant prêts à ce que le secret soit levé si des enfants ressentaient le besoin de connaître leur géniteur.
Si la question se pose moins pour le don d’ovocytes, c’est sans doute en raison du faible taux de don en France pour ce type de gamètes.
Un don d’hérédité
Les partisans de la levée de l’anonymat pour le don de gamètes, réunis au sein de l’association Pma (Procréation médicalement anonyme), estiment que « le don de matériel génétique est spécifique et ne peut être assimilé à un don de rein, de sang ni même de visage, au niveau tant légal que symbolique. Les donneurs de gamètes ou d’embryons ne font pas un don de cellules : ils font un don d’hérédité ».
Pour Pauline Tiberghien, sa présidente, « prétendre que notre patrimoine génétique n’est en rien responsable de notre morphologie, de notre capital santé ou même de certains de nos comportements est bien "pratique" et déculpabilisant. Mais cela n’est pas la réalité. La génétique ne définit pas un individu, mais participe à sa construction. Si la génétique n’est pas tout, il faut assumer qu’elle n’est pas rien ».
Quant au don d’embryons, la question de l’anonymat se pose de façon encore plus cruciale puisqu’il existe un risque pour un enfant né d’un don d’embryon de croiser un jour son frère ou sa sœur – même père, même mère –, et pourquoi pas d’en tomber amoureux.
Si les probabilités sont faibles – « mais de moins en moins quand on sait que les dons ont souvent lieu dans une même région », explique le médecin d’un centre d’études de conservation des œufs et du sperme (Cecos) –, elles ne sont pas nulles et posent une grave question éthique.
Pour l’enfant, le mieux c’est la transparence
Les partisans du secret comme de nombreux médecins ou l’Agence de la biomédecine craignent une baisse du don de sperme – déjà insuffisant – si l’anonymat était levé, et de ne plus pouvoir répondre à la demande des couples infertiles.
Il semblerait pourtant que dans les pays qui ont fait ce choix, les dons, après une période de baisse, remontent ensuite à leur niveau d’origine. Les députés de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, eux, sont plutôt favorables à la transparence au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant.
[11.12.08]
Anne-Marie Thomazeau
Témoignage
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