lundi 21 mai 2012
Que faire des embryons surnuméraires
congelés...
et inutilisés par les couples ayant eu recours à une aide médicale à la procréation ? Les Cecos en hébergent environ 200 000, et leur nombre augmente de 20 000 par an.
Aujourd’hui, trois possibilités existent : les détruire – soit à la demande du couple, soit parce que la loi de 2004 oblige les centres d’assistance médicale à la procréation à éliminer au bout de cinq ans les embryons dont les parents ne se sont pas manifestés (environ 17 %) –, les donner à la recherche ou à un autre couple.
En la matière, les débats font rage. Certains estiment que le don d’embryons à d’autres couples devrait être interdit – et plus encore quand il est fait de manière anonyme – au regard du risque (minime mais réel) pour les enfants de croiser un jour, sans le savoir, leur frère ou leur sœur.
Que se passerait-il aussi si le couple donneur perdait son enfant ? Ne pourrait-il alors avoir le désir légitime de retrouver l’enfant né de l’embryon abandonné ? Et que faire encore si un jour un enfant, qu’il soit du couple donneur ou du couple receveur, avait besoin d’une greffe que seul un frère génétique pouvait lui permettre de réaliser ? Les parents de l’enfant malade ne risqueraient-ils pas de remuer ciel et terre pour retrouver son frère ou sa sœur ?
Aux Etats-Unis, les embryons congelés sont devenus les sujets d’une croisade pour les religieux intégristes. Les femmes de ces communautés se font implanter ces embryons menacés de décongélation pour éviter qu’on les détruise. En la matière donc, la plus grande pagaille règne.
Insémination artificielle post mortem
Les lois espagnoles et britanniques sont les seules qui permettent l’insémination artificielle et le transfert d’embryons post mortem. La France interdit les deux pratiques. Cependant, des voix s’élèvent aujourd’hui (voir l’interview de Claude Sureau) et demandent la levée de cette interdiction.
Recherche sur l’embryon, on arrête ou on continue ?
La loi du 8 juillet 2004 rappelle que la conception in vitro d’embryons humains à des fins de recherche est interdite. En revanche, la recherche sur les embryons surnuméraires (ils existent déjà dans les frigos des Cecos, et ne sont donc pas fabriqués spécialement pour la recherche) a été autorisée « à titre exceptionnel » pour une durée de cinq ans.
Il s’agit de prélever les cellules de l’embryon (et donc de le détruire) pour fabriquer des cellules souches à visée thérapeutique.
La nouvelle loi devra confirmer cette autorisation ou, à l’inverse (cela semble peu probable), faire marche arrière. Si la loi confirmait la possibilité de continuer les recherches sur les embryons surnuméraires – autorisées en Angleterre depuis 1990 –, elle devrait s’accompagner d’une définition plus précise de l’embryon, qui n’a pas de véritable statut juridique en France, par exemple en inscrivant dans le Code civil la notion de « préembryon », plus appropriée pour qualifier les embryons surnuméraires dont seront dérivées les lignées de cellules souches embryonnaires.
Parce qu’ils ne feraient plus l’objet d’un projet parental, qu’ils ne pourraient être considérés comme des êtres humains en devenir, ils pourraient donc être définis, au stade préimplantatoire, comme des préembryons.
[11.12.08]
Anne-Marie Thomazeau
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