lundi 21 mai 2012
Emilie Casale, vingt-neuf ans est infirmière psychiatrique au centre hospitalier Gérard-Marchant de Toulouse.
A même pas trente ans, Emilie Casale a déjà une vaste expérience. Fraîchement diplômée de l’école d’infirmières, elle s’est d’emblée dirigée vers la psychiatrie. “C’est une affaire de rencontre, due à une équipe qui a donné du sens à ma pratique, je me suis sentie utile”, se souvient la jeune femme, pour qui la psychiatrie a été une révélation.
Elle est embauchée en 2004 comme infirmière dans le service des admissions du centre hospitalier Marchant, à Toulouse, où arrivent les patients en crise, le plus souvent placés sous contrainte. “C’est un service difficile, parce que l’hôpital y reçoit les cas les plus lourds, contrairement aux cliniques privées, qui ne sont pas tenues d’assurer les urgences. C’est là que j’ai appris à reconnaître les « symptômes sentinelles » que sont notamment l’isolement, les troubles relationnels, du sommeil…”
Des progrès thérapeutiques considérables
Aujourd’hui infirmière au centre médico-psychologique (Cmp) Port-Saint-Sauveur de Toulouse, il lui arrive de soigner des patients “ stabilisés ” qu’elle a connus en crise. Ils sont souvent fiers du chemin parcouru et ont moins de tabous avec elle.
Emilie Casale considère qu’en quelques années les progrès thérapeutiques ont été considérables – tant dans les traitements (meilleure efficacité des neuroleptiques et diminution de leurs effets secondaires) qu’en ce qui concerne l’éducation thérapeutique ou l’annonce du diagnostic, “plus structurée” (par le biais de groupes de parole ou de livrets de témoignages, par exemple). La palette des alternatives à l’hospitalisation continue, toujours plus individualisées, s’est elle aussi beaucoup étendue.
Avant le Cmp, Emilie Casale a fait partie d’un pool intervenant au sein de plusieurs structures hospitalières : Cmp, hôpital de jour, lits de suite, centre d’accueil thérapeutique à temps partiel et cafétéria thérapeutique. “Cette polyvalence me permet aujourd’hui d’être plus cohérente dans les solutions que je propose aux patients.”
Au Cmp, elle assure des consultations sans rendez-vous, pour des personnes qui se présentent spontanément et pour lesquelles il faut évaluer l’urgence de la demande, et qu’il faut orienter vers un médecin le cas échéant. En parallèle, elle accompagne “ ses ” patients pour des entretiens et parfois dans leurs activités et leurs démarches au quotidien. “Prendre le bus comme aller chez le dentiste peuvent être une source d’angoisse terrible !”
Face aux vécus douloureux, aux situations difficiles à accompagner, il faut avoir un sacré mental, et elle reconnaît que son expérience de sportive de haut niveau l’y aide. Durant sa scolarité, elle a en effet joué au basket en Nationale 3 et au badminton, disciplines dans lesquelles elle a aussi puisé l’esprit d’équipe. Aujourd’hui, elle continue le badminton et pratique de la gym avec l’association sportive de l’hôpital.
Services regroupés, moyens diminués...
Elle voit d’un bon œil l’arrivée de travailleurs sociaux et d’éducateurs en psychiatrie adulte. “C’est grâce à notre conseillère en économie sociale et familiale que nous avons mis en place un service de domiciliation, à la fois pour aider des malades à louer un appartement et pour les accompagner dans leur réinsertion”, reconnaît-elle.
Emilie Casale est en revanche critique sur d’autres évolutions, telles que la mise en place des pôles (regroupement de plusieurs services) et la diminution des moyens. “Avant, on montait des projets et on obtenait les financements en conséquence. Maintenant c’est l’inverse ! ” S’agissant des lois sécuritaires votées ces dernières années, elle déplore leur effet délétère sur le regard porté par la société sur les patients. “Les personnes schizophrènes sont souvent considérées comme des criminels potentiels alors que ce sont majoritairement elles les victimes !”
[01.02.12]
Karine Pollet
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