En Europe, les systèmes sociaux servent de variable d’ajustement budgétaire
Email | Imprimer
| Le forum de l'article
En Espagne, au Portugal, en Grèce, salariés et retraités se défendent contre les plans d’austérité sociale pris par leurs gouvernement au nom de la lutte contre la crise et de la réduction des déficits publics.
Une tache d’huile qui ne doit rien au hasard : les recettes proposées par ces différents gouvernements sont largement inspirées des logiques de la Commission européenne : préserver les équilibres budgétaires en réduisant les dépenses sociales.
Au Portugal, les fonctionnaires étaient hier massivement en grève contre le gel des salaires pour 2010 : écoles fermées, pas de ramassages des ordures, mouvements dans les hôpitaux...
En Grèce, les journées de manifestations se suivent. Celle d’hier, 4 mars, a rassemblé plusieurs milliers de personnes à Athènes et Salonique contre les mesures d’austérité annoncées : hausse des taxes sur l’essence, hausse de la TVA, baisse de salaires des fonctionnaires, gel des retraites... Ce matin, le pays tout entier est paralysé par une grève générale, y compris les forces de police.
Le quotidien économique la Tribune "traduit" ce matin en français le plan de rigueur grec. Appliqué en France, celui-ci se traduirait par 40 milliards de hausses d’impôts, 18 milliards de taxes supplémentaires, 1,7 milliards de moins pour le budget de l’Education nationale, 4 milliards d’investissements publics en moins...
En Espagne alors que le gouvernement vient d’annoncer une aide de 12 milliards d’euros aux promoteurs immobiliers surendettés, les Espagnols acceptent difficilement de voir relever l’âge de la retraite à 67 ans et le système de calcul des pensions modifié à la baisse. De nombreuses manifestations ont eu lieu ces dernières semaines dans tout le pays. Le gouvernement Zapatero a dû renoncer à passer en force mais son plan reste sur la table.
Dans nombre de pays, les mesures antisociales sont tout aussi dures. En Irlande, les salaires sont à la baisse et le gouvernement annonce même moins 15 % sur les salaires des fonctionnaires. En Allemagne, l’âge de la retraite à été relevé et sera de 67 ans en 2029, dans un pays où les chômeurs peuvent être contraints de travailler pour un euro de l’heure. Outre-Rhin, indique le site Mediapart.fr, les salariés qui ont un emploi travaillent aujourd’hui en moyenne 27,1 heures par semaine, faute de travail...
Vue de Bruxelles, la crise semble être comprise comme une possibilité de revoir nettement à la baisse les systèmes de protection sociale en Europe, avec la Grèce comme cobaye.
Et on peut donc craindre que cette logique s’applique en France. Les manifestations des retraités de la fin février, à Paris et à Marseille entre autres, pour une « retraite digne du 21e siècle » sont un premier signe. Déjà aujourd’hui, 4 millions de retraités touchent moins de 900 euros par mois, à peine plus que le seuil de pauvreté (817 euros).
Distillés depuis des mois, mais retardés jusqu’aux élections, les projets gouvernementaux de réforme du système de retraite s’inspirent des mesures prises dans toute l’Europe : recul de l’âge de la retraite, allongement des durées de cotisations, pressions sur les pensions...
Si l’on y ajoute les coupes faites sur la Sécu, sur l’hôpital, les réductions de postes dans l’enseignement, l’explosion du chômage avec son cortège de "fins de droits", les Français sont bien des Grecs comme les autres !
[05.03.10]