En finir avec l'amiante et faire grandir les droits des victimes dans le monde
C'était la nouvelle du colloque et elle a donné un grand souffle d'espoir sur les participants, venus des cinq continents réclamer un monde sans amiante : le gouvernement québécois de Pauline Marois ne subventionnera pas une relance de la mine Jeffrey, l'une des plus vastes au monde. Celle-ci devrait donc fermer. Si les exploitants avaient obtenu le prêt de 58 millions de dollars promis par le précédent gouvernement de Jean Charest, le Canada serait redevenu, à terme, le 2e exploitant mondial d'amiante. Alors que, ces dernières années, sa production avait considérablement chuté au regard des très gros producteurs mondiaux que sont devenus la Russie, la Chine et le Brésil.
Autre nouvelle saluée par les participants au colloque : le gouvernement fédéral d'Ottawa, après des années d'obstruction unilatérale, ne s'opposera plus à ce que l'amiante chrysotile soit inscrit à la liste des produits dangereux élaborée par la Convention de Rotterdam.
Des avancées inestimables, si l'on se souvient que le Canada a été, durant de très longues années, à la pointe des exportations d'amiante et que le lobby des exploitants, très puissant, par le biais de l'Institut du chrysotile, a toujours soutenu mordicus que ce type d'amiante ne représentait aucun danger pour la santé de l'homme.
Recherche et droits des malades
Le colloque de vendredi dernier, à l'initiative de l'Association nationale des victimes de l'amiante (Andeva), a connu de grands moments riches en émotion. C'était la première fois que se trouvaient réunis de nombreux représentants associatifs de victimes, des quatre coins du monde, mais aussi des chercheurs, des élus.« L'internationale des victimes de l'amiante est en marche, a conclu en fin de journée Pierre Pluta, président de l'association nationale. Et rien ne l'arrêtera. »
Echanges d'expériences sur les différentes formes d'indemnisation (exemples de la France, de la Belgique ou des Pays-Bas), échange sur les difficultés des uns et des autres à faire reconnaître les droits des malades de l'amiante -que les pathologies soient dues au travail ou bien environnementales-, échanges sur les progrès de la recherche concernant le mésothéliome mais aussi sur les divers types de législation en vigueur selon les états : le colloque a permis un tour d'horizon assez complet de ce qui existait. Et a dévoilé de grandes disparités. Pendant qu'en Australie -pays qui a interdit l'usage de l'amiante-, on en est à mettre en place un Plan national pour éradiquer l'amiante dans les bâtiments, le Mexique, le Brésil bataillent à recenser le nombre de personnes malades car les gouvernements se voilent la face. Cependant, au Brésil aussi, la question de l'interdiction du minerai cancérigène a été mis en discussion devant le Tribunal suprême fédéral.
5 000 dans les rues de Paris
Le lendemain en début d'après-midi, malgré la pluie, ils étaient environ cinq mille à défiler dans les rues de Paris, pour exiger l'éradication de l'amiante dans le monde. Les délégations étrangères ont défilé en tête de manifestation, avec leurs banderoles et drapeaux. Devant l'Opéra de Paris, un camion podium avait été installé et les différentes délégations, très applaudies, ont été présentées au public. Comme chaque année, de nombreux adhérents des diverses associations et comités amiante membres de l'Andeva, avaient fait le déplacement. Parmi eux, l'Aper 69 (R-Vi), le Caper Bourgogne, le caper Ardèche, les caper Sud et Nord-Isère, mais aussi les veuves de Dunkerque et Allô-Amiante (cheminots de la région de Bordeaux). Guy Talès et Thierry Braillon représentaient la Fédération des Mutuelles de France, tant au colloque qu'à la manifestation.
Un réseau international est né
Le samedi matin, les diverses associations (1) s'étaient retrouvé pour élaborer une stratégie commune.« Nous avons défini des sujets sur lesquels travailler en commun et décidé de partager les outils mis en place dans certains pays, comme la France ou l'Italie, afin de pouvoir aider là où ils font défaut », confie Michel Parigot (Andeva). L'indemnisation, la recherche et le suivi médical, les démarches judiciaires sont des axes du programme discuté par les associations présentes. Il a également été convenu de se revoir, dans un avenir assez proche.

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