lundi 21 mai 2012
A l’instar des "consom’acteurs" (consommateurs responsables), les épargnants peuvent décider de l’utilisation qui est faite de leur argent.
La croyance populaire semble encore tenace : l’argent déposé à la banque y dormirait bien sagement en attendant que l’on vienne le retirer. "Les gens ignorent la plupart du temps que leur argent circule", souligne Aude Sarda, co-auteure avec Nadia Dhaoidi de Épargner éthique. Pourtant, l’épargne des Français est bel et bien échangée sur les places boursières, prêtée à des particuliers, à des start-up ou à de grosses entreprises. Bref, elle contribue à financer activités et projets. Or l’épargnant a son mot à dire sur l’utilisation qui est faite de son patrimoine financier et peut choisir des placements respectant ses valeurs. Demandez à votre banquier d’investir dans un fonds éthique, choisissez celui qui vous convient et devenez ainsi " épargn’acteur".
Les placements solidaires
Ces placements sont directement destinés à des entreprises à forte utilité sociale, qui interviennent dans quatre domaines : le logement, l’emploi, l’environnement et la solidarité internationale. " On n’a jamais vu une entreprise solidaire mettre la clé sous la porte, donc le risque est limité. Mais le rendement aussi", précise Sophie des Mazery, directrice de l’association Finansol [1]. Placer son épargne sur ce genre de produits relève de toute façon plus de l’engagement que de la recherche de profit, même si ces investissements permettent des réductions d’impôts. Ce type de placement fonctionne de deux façons différentes : soit votre argent (entre 5 et 100 %) est prêté à des entreprises à très forte utilité sociale à des taux très limités, soit vous reversez tout ou partie de vos intérêts à une association. L’accès y est facilité pour les salariés depuis le 1er janvier 2010, puisque tous les plans d’épargne entreprise (Pee) ont l’obligation de proposer au moins un fonds "90/10", c’est-à-dire dont 10 % sont prêtés à une entreprise solidaire, les 90 % restants allant à des entreprises socialement responsables.
Afin d’y voir clair dans les placements existants, Finansol a créé en 1997 un label, attribué par un comité d’experts indépendants. Il garantit la transparence et le caractère solidaire des produits, pas leurs résultats financiers.
Les investissements socialement responsables (Isr)
Les Isr ne concernent que les entreprises cotées en Bourse. La démarche est sensiblement différente des placements solidaires, puisqu’il ne s’agit plus de soutenir de petites structures dont se désintéressent les banques, mais de choisir d’investir dans de grandes entreprises pour leur responsabilité sociale et/ou environnementale.
Sous forme d’actions, d’obligations ou de titres monétaires, votre épargne ira, au choix : vers l’entreprise jugée la plus responsable de son secteur (exemple : vous investirez dans telle compagnie pétrolière plutôt que dans sa concurrente parce que vous la jugez plus respectueuse de l’environnement ou de ses salariés) ; vers une entreprise qui ne se livre pas à des activités que vous réprouvez (exemple : vous exclurez les compagnies liées au tabac ou à l’armement) ; ou vers une entreprise dont vous souhaitez faire changer le comportement, en intervenant dans son conseil d’administration en tant qu’actionnaire. Un fonds Isr peut donc paraître socialement responsable à un épargnant et pas à un autre, tout dépend des sensibilités et des priorités de chacun. Il peut également être très respectable selon un critère et pas du tout selon un autre. Par ailleurs, comme pour tout titre échangé en Bourse, le rendement comme le risque peuvent être élevés.
Là encore, un label existe pour s’y retrouver : Novethic [2] a dressé une liste de 142 fonds Isr dont la gestion prend systématiquement en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (Esg) et qui se montrent transparents.
Les Cigales, pour une finance alternative
Depuis trente ans, de petits épargnants se réunissent pour proposer une vision plus humaine de la finance. Au sein de clubs d’investisseurs pour une gestion alternative et locale de l’épargne (Cigales), ils soutiennent des projets respectueux de l’homme et de l’environnement, habituellement boudés par les banques. Ils n’apportent que 2 000 euros par projet en moyenne, mais cela permet de rassurer les banquiers, ensuite plus enclins à prêter. Par ailleurs, les "cigaliers" se forment entre eux aux mécanismes financiers, afin de se réapproprier la destination de leur épargne. Leur activité reste toutefois marginale : ils sont environ 1 800 en France.
Depuis 2003, novembre est le Mois de l’économie sociale et solidaire. Et du 3 au 10, ce sera la Semaine de la finance solidaire.
Site Internet : www.lemois-ess.org
[02.11.11]
Elsa Maudet
[1] Finansol regroupe des acteurs de la finance solidaire et assure la promotion du secteur auprès du public. Elle fait également du lobbying auprès des pouvoirs publics.
[2] Novethic est une filiale de la Caisse des dépôts. Il s’agit à la fois d’un média sur le développement durable et d’un centre de recherche sur l’Isr et la responsabilité sociale des entreprises (Rse).
Epargner éthique, d’Aude Sarda et Nadia Dhaoidi, Lextenso éditions, 16 euros.
Dans cet ouvrage de 200 pages clair et pédagogique, les auteures présentent les différents placements éthiques existant aujourd’hui. Le test "Quel est votre profil d’épargnant éthique ?" vous aidera à faire votre choix.
Avec un taux d’épargne de 16 %, les Français sont les deuxièmes plus gros épargnants européens.
La France compte entre 700 000 et 900 000 épargnants solidaires.
L’épargne solidaire représente 3,1 milliards d’euros (+ 31 % entre 2009 et 2010). La moitié provient de l’épargne salariale.
En 2010, la finance solidaire a permis de créer ou de consolider 34 000 emplois, de loger ou reloger 2 500 familles, de produire des énergies renouvelables et de développer l’agriculture biologique [1].
D’après un sondage Eiris paru en octobre 2010, 42 % des Français souhaiteraient connaître les caractéristiques socialement responsables d’un produit financier avant de faire leur choix.
Les encours Isr détenus par les Français s’établissent à 68,3 milliards d’euros (+ 35 % entre 2009 et 2010).
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