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Episiotomie : rengainez les scalpels  !

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A l’heure actuelle, près de la moitié des femmes subissent une épisiotomie lors de leur accouchement. Mais des études remettent en cause le recours systématique à cette intervention destinée à prévenir les incontinences.

« Voilà, je vous recouds, j’ai fait une petite épisiotomie... » Cette phrase, plus de 350 000 femmes l’ont entendue l’année dernière, ombre planante sur l’« heureux événement ». Près d’une femme sur deux (68 % de celles qui mettent au monde leur premier enfant) est encore soumise à cet acte qui consiste à inciser le ­périnée pour « â€‰faciliter  » le passage de l’enfant.

Pourtant, dès 1997, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) donnait comme objectif un taux de 10 %. En France, c’est dans les années 1970 que l’intervention s’est généralisée, en prévention des incontinences urinaires et fécales.

« On s’appuyait sur des avis d’experts, explique le Dr Henri Cohen, chef de service du ­département mère-enfant de l’institut mutualiste Montsouris, et il n’était pas question de laisser un périnée se déchirer. » Les experts pensaient qu’un ­périnée incisé de main de maître valait mieux qu’une déchirure, plus délicate à recoudre. Depuis, des études ont montré qu’une déchirure bien traitée cicatrise mieux.

Plus d’intervention systématique
En novembre, le Collège natio­nal des gynécologues et obsté­triciens français a rassemblé dans de nouvelles Recommandations pour la pratique clinique de ­l’épisiotomie les conclusions des études existantes : l’épisiotomie ne doit plus être envisagée systématiquement pour un premier enfant ou un gros bébé, ni si l’enfant se présente par le siège ou de face, ni même si le périnée semble sur le point de se rompre au moment de l’expulsion.
Dans ce dernier cas, si l’accoucheur s’empêche d’intervenir, la chance de préserver le périnée est multiplié par trois sans augmenter le risque de déchirure grave. Quand l’enfant est prématuré ou très petit, et même s’il présente un rythme cardiaque « non rassurant », l’épisiotomie ne s’impose pas. Mais alors  ? Tissus périnéaux très durs, périnée très court sont les seules indications systématiques que citent les maternités qui cherchent à limiter l’intervention.

Respecter le désir de la mère
« C’est l’accouchement qui doit être réfléchi autrement, insiste Blandine Poitel, mère de trois enfants et initiatrice d’un site* : accoucher sur le dos expose le périnée, une péridurale mal gérée empêche la femme de pousser efficacement... Aux Pays-Bas et en Suède, on fait moins de 10 % d’épisiotomies. »
Les femmes ont surtout l’impression de ne pas être entendues. « J’avais bien prévenu que je ne voulais pas d’épisiotomie, mais non, j’ai eu droit aussi à l’annonce après coup, dénonce Dorothée Guyot, maman d’un garçon de huit mois. La prochaine fois je demanderai à la maternité de s’engager par écrit. »

[03.03.06]

- Pascale Pisani

*www.episiotomie.info

Autres sites à voir :
www.fraternet.org/naissance/CIANE/
www.cngof.asso.fr

A SAVOIR
- Les maternités doivent donner leur taux d’épisiotomies.

- Les séances de préparation aident à assouplir le périnée.

- Se mettre sur le côté ou accroupie pendant la deuxième phase du travail réduit le recours à l’épisiotomie.

- En cas de bride ou d’induration, la cicatrice peut être reprise.

- Une épisiotomie bien cicatrisée peut aussi faire souffrir.

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